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Women Sports
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Le sport perd-il les filles en route ? Comment développer la pratique sportive féminine… et la maintenir ?

by Léa Borie
9 septembre 2026
in Sport et société
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Une fille sur deux aban­donne le sport à la puberté. Et si le vrai problème était ailleurs ? À 6 ans, filles et garçons courent partout. À treize ans, l’écart apparaît brutalement. Et si parfois il se maintient, c’est un peu plus tard que la chute libre arrive. Quelles politiques publiques pour inverser la tendance ? Le combat pour garder les féminines en mou­vement.
Par Léa Borie.
Extrait du magazine WOMEN SPORTS N°41 juillet-août-septembre 202
6

Le sport, cet outil d’émanci­pation encore fragile… Les chiffres racontent toujours la même histoire : selon l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (Onaps), seuls 20 % des filles de 11 à 14 ans atteignent les recommandations d’acti­vité physique quotidienne, contre 34 % des garçons. À 15-17 ans, elles ne sont plus que 16 %. Depuis des années, on répète, « les filles décrochent ». Le sport de haut niveau n’est pas épargné. Mais une autre question mérite peut-être d’être posée. Et si elles n’abandonnaient pas le sport ? Et si c’était parfois le sport qui finissait par les repousser ?

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Pourquoi les filles quittent-elles le terrain ?

L’adolescence agit souvent comme un test de résistance géant. À la période 11-14 ans arrivent simultanément les règles, le développement de la poitrine et autres changements cor­porels, le regard (parfois pesant) des autres, la sexualisation, les contraintes scolaires… Pendant ce temps, l’or­ganisation sportive, elle, change ra­rement : mêmes shorts, mêmes horaires, mêmes entraînements, même fonctionnement. Résultat : beaucoup d’adolescentes racontent avoir soudain l’impression que leur corps devient un problème à gérer plutôt qu’un outil de performance.

Pourtant, réduire cela à une simple question de motivation serait une er­reur. Car près d’une adolescente sur deux ayant arrêté affirme avoir stoppé malgré elle. Le problème se niche ailleurs : manque de transports, horaires incompa­tibles, fatigue scolaire, ambiance du club, manque de confiance, infrastructures inadaptées. La ré­alité ressemble davantage à une accumulation de micro-obstacles. Et parfois, il suffit de quelques-uns pour décrocher…

Caroline Jouisse, nageuse olympique, participante aux JO de Paris 2024 « On parle trop souvent de commencer tôt et pas assez de durer »

On dit souvent à une jeune fille avec un bon niveau : « Dommage d’avoir commencé si tard, pour t’emmener plus haut, il aurait fallu démarrer bien plus tôt… ». Raconte-t-on mal la réussite sportive aux filles ?

Quand on regarde le parcours de Caroline Jouisse, difficile d’y voir le ré­cit sportif traditionnel. Pas d’équipe de France junior ni d’explosion précoce, et encore moins de trajectoire rectiligne. Ses premiers Jeux Olympiques arrivent à… 30 ans. Et c’est précisément ce qui rend son histoire intéressante. « La fédération (de natation) m’a déjà dit que j’étais presque trop expérimentée. Comme si passé un certain âge, on devait laisser la place. »

La nageuse en eau libre a pourtant construit l’inverse du modèle qu’on vend souvent aux jeunes sportives. Études étalées, suivies d’un départ aux États-Unis. À son retour, un travail à côté, en CDI chez Veolia. Une carrière longue, une pro­gression lente. Et surtout : une persévérance clé. « Si j’avais fait les Jeux à 18 ans, je n’au­rais probablement pas eu la même maturité. Peut-être que j’aurais arrêté. »

Chez elle, la question du cycle menstruel illustre aussi un change­ment profond. Participant au programme Empow’Her de l’INSEP*, elle découvre à 30 ans des choses sur son propre corps. « Pendant longtemps, on a vu le cycle comme un problème. Moi, aujourd’hui, je l’utilise presque comme une donnée d’en­traînement. » Il a fallu passer ce cap-là.

Pour elle, l’enjeu dépasse largement la physiologie. « Les filles arrêtent souvent quand arrivent les études, les copains, la vie sociale. Quand tout le monde sort et que toi, tu rentres d’entraînement en sentant le chlore. Tu te demandes forcément si tu rates quelque chose. »

Magali Waldet-Brisseault, entraîneure d’athlétisme à haut niveau « Les femmes ne quittent pas le sport pour les raisons qu’on croit »

Du côté de l’athlétisme, Magali Wal­det-Brisseault observe le phéno­mène depuis l’intérieur. Ancienne internationale, entraîneure de haut niveau, responsable perfor­mance et des structures d’accès au haut niveau en région PACA, elle accompagne depuis des années des athlètes hommes et femmes. Son constat surprend. Le décrochage qu’elle observe n’est pas toujours là où on l’imagine. « Dans mon environnement, je ne vois pas tant de car­rières qui s’arrêtent parce qu’on est une femme. Je vois surtout des études, des problèmes économiques, des difficultés à maintenir un projet de vie. Quel que soit le sexe. » Autrement dit : le problème n’est pas uniquement sportif. Il est structurel.

Elle note aussi une évolution profonde. « Les nouvelles générations qui arrivent parlent beaucoup plus facilement des règles, du corps, du mental, y compris à des entraîneurs masculins. Finalement, parfois, ce sont davantage les coachs qui ont du mal à entendre ! », sourit-elle à demi-mot. Dans ces structures, le suivi menstruel commence désormais à être intégré, selon la conseillère technique de la Ligue. Pas comme une exception. « Si une athlète note ses cycles, qu’on adapte certaines charges ou qu’on comprend mieux certaines sensations, ce n’est pas superflu. C’est simplement mieux entraî­ner. » De quoi accompagner les jeunes filles, et limiter le risque de décrochage lors de cette transformation corporelle.

Mais pour Magali Brisseault, un sujet reste encore largement sous-estimé, en matière de décrochage notamment : les violences sexistes et sexuelles. « Au­jourd’hui, je n’arrive plus à dissocier com­plètement les questions de pratique fémi­nine et celles des violences. Parce qu’une sportive qui ne se sent plus en sécurité finit parfois par partir sans jamais expli­quer pourquoi. Or, une sportive qui arrête ne dit pas toujours qu’elle arrête parce qu’elle s’est sentie agressée, mal à l’aise ou pas en confiance. Mais ça existe.

Anecdote de terrain par Magali Waldet- Brisseault : « Il y a aussi des contre-exemples, de belles réussites de sportives accrochées ! »L’exemple ee Mélina Robert-Michon

« Pour Mélina Robert-Michon, que j’ai la chance de côtoyer très régulièrement, la compétition, c’est sa drogue. Tant qu’elle sera compétitive, elle continuera. Par contre c’est une contrainte. Elle l’a expliqué, du haut de ses 47 ans, à un de mes athlètes mas­culins de 34 ans. Elle lui a détail­lé sa routine quotidienne pour réaliser ses performances, ses entraînements pour durer dans le temps. Preuve que des choses évoluent, qu’on se pose davan­tage de questions, avec des sportifs qui durent sur le tard. Aujourd’hui, ce n’est plus si rare de durer après 30 ans. »

Le rôle immense des modèles

Le paradoxe est presque cruel. Le sport féminin n’a jamais été aussi visible. Pourtant, beaucoup de jeunes filles continuent de manquer de modèles immédiats. Moins d’entraîneures, moins de dirigeantes, moins de femmes «affichées» dans certains sports. Et surtout : moins de femmes visibles près de soi. Parce qu’à 10 ans, on ne choisit pas uniquement un sport. On choisit aussi une place. « Il y a trente ans, j’ai commencé le BMX parce qu’il y avait déjà deux filles dans le club. Sinon, je n’y serais probablement jamais allée », raconte Blandine Cottereau, ancienne pilote élite de BMX devenue entraîneure puis mé­canicienne cycle.

Pendant longtemps, elle a dû justifier sa présence dans une discipline historique­ment masculine. Quatre ans après notre premier entretien pour Women Sports, son regard a évolué. « Aujourd’hui, dans n’im­porte quel club, une petite fille a beaucoup plus de chances de trouver d’autres filles avec qui rouler. Ça change tout. »

Selon elle, la pratique féminine s’est trans­formée, moins par miracle que par accumu­lation : davantage de stages réservés aux filles, de groupes féminins, de compétitions visibles et médiatisées. « On a commencé à faire des stages 100 % filles, on était parmi les premières. Aujourd’hui, c’est de­venu normal », félicite-t-elle. Mais le sujet dépasse largement le BMX. Car la visibilité ne produit pas seulement des vocations. Elle produit aussi de la légitimité. « On voit aujourd’hui des filles très coquettes dans des sports très masculins. C’est peut-être bête à dire, mais ça a aussi permis qu’on les prenne davantage au sérieux », com­mente-t-elle tout en notant l’explosion du public auprès du football et du rugby fémi­nins. Pour Blandine, le changement majeur n’est peut-être pas là où on l’imagine. « Les femmes se sont battues pour obtenir des choses. En BMX, elles sont montées au créneau pour réclamer les mêmes primes que les hommes. Certaines ont dit : sinon on arrête de courir. » Un argument choc pour obtenir gain de cause. Et quand on lui demande ce qu’elle dirait aujourd’hui à une fille de dix ans qui hésite encore : « Il faut y aller », note-t-elle, avant d’ajouter, une once de nostalgie dans la voix : « Parce que les émotions que tu vis dans le sport, tu ne les retrouves nulle part ailleurs.

Alors quoi ?  Les solutions existent mais demandent souvent moins de révolution que d’adaptation

  • À l’école : il nous faudrait davantage de diversité dans les pratiques, et maintenir encore plus l’activité après la puberté.

Dans les clubs : nous pourrions réfléchir davantage aux horaires compatibles, à un encadrement féminin plus visible, et à poursuivre une meilleure prise en compte du corps féminin (item largement développé pages 40 à 44).

  • Dans les politiques publiques : il y a encore matière à faire en termes de transports, de sécurité, de lutte contre les VSS (on en parle plus en détail pages 46 à 51) et de soutien économique.

En réalité, beaucoup de sportives ont simplement cessé d’accepter un sys­tème qui ne les avait jamais totalement prévues. Et peut-être que la vraie victoire des prochaines années ne sera pas d’amener davantage de filles dans le sport avec des chiffres et des résultats rutilants. Mais de faire en sorte qu’elles aient enfin envie d’y rester.

* Empow’her – labos-recherche.insep.fr/fr/empowher

Tags: Caroline Jouissedévelopper le sport fémininMagali Waldet-BrisseaultMélina Robert-MichonSport au fémininSport FémininWOMEN SPORTS N°41
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