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Il était une fois… Amélie Oudéa-Castéra

by Vanessa Maurel
15 mars 2026
in Femmes d'influence
Des pistes pour améliorer la maternité des sportives

Amelie Oudea-Castera - Photo by Icon Sport

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C’est l’histoire de la joueuse de tennis la plus prometteuse de sa génération, qui décide dès l’âge de 18 ans de mettre un terme à sa carrière sportive pour poursuivre une ambition différente, plus grande encore. Désormais présidente du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) après avoir été ministre des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques entre 2022 et 2024, Amélie Oudéa-Castéra est en train de marquer l’histoire du sport français. Lorsqu’on se penche sur son parcours, c’est tout sauf une surprise… PAR DAVID TOMASZEK. Extrait du WOMEN SPORTS N°39.

Championne de tennis dans les années 1990, brillante élève des grandes écoles au tournant des années 2000, haute fonctionnaire puis dirigeante dans le privé avant de revenir au cœur du sport français, Amélie Oudéa-Castéra a construit sa trajectoire par ruptures successives. Des courts aux cercles du pouvoir, son parcours raconte une même obsession : l’exigence. Et une même certitude, forgée dans l’effort : rien ne se subit, tout se choisit.

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Années 1990 : Meilleure joueuse du monde chez les Juniors, mais…

Le court est plein ce jour-là. Nous sommes en 1994, au tournoi Juniors de Wimbledon. Face à elle, la très jeune Martina Hingis, déjà considérée comme un phénomène. Une joueuse différente. Instinctive. Fluide. « La Mozart du tennis », nous dit Amélie Oudéa-Castéra, qui se souvient parfaitement de ce match. « Je me rappelle avoir tout donné », raconte-t-elle. « Physiquement, mentalement, tactiquement. »

Pourtant, deux ans plus tôt, Amélie Oudéa-Castéra avait remporté l’Orange Bowl, considéré comme le championnat du monde officieux des Juniors. Elle était clairement la joueuse française la plus prometteuse de sa génération. « J’avais été la deuxième joueuse française la plus précoce à entrer en 1ère série, après Mary Pierce, à 15 ans et demi. A l’époque, j’étais loin devant Amélie Mauresmo ». Mais ce match contre Martina Hingis est un révélateur. Très vite, quelque chose s’impose. Hingis anticipe tout. Elle voit avant les autres. Elle joue à un tempo supérieur. « Ce jour-là, j’ai compris quelque chose de fondamental », confie-t-elle. « Il existe un endroit où le travail, la rigueur, la volonté ne suffisent plus totalement. »

Ce n’est pas une humiliation. C’est une révélation. « Ce n’était pas de la frustration », précise-t-elle. « C’était une forme de lucidité très calme. » Cette défaite agit comme un miroir. Elle ne la détourne pas du sport immédiatement, mais elle plante une graine. « J’ai commencé à réfléchir autrement », dit-elle. « À me de- mander ce que je ferais si je ne pouvais pas aller plus loin. »

À l’âge de 18 ans, sa décision est prise. Un dernier match en double avec Amélie Mauresmo sera le dernier de sa carrière. « Cette défaite contre Hingis m’avait ou- vert les yeux sur le fait que je ne pourrai pas atteindre tous mes objectifs dans le tennis. Ce qui est à relever, c’est qu’Amélie Mauresmo n’a absolument pas eu la même démarche que moi. Elle a continué à progresser jusqu’à devenir la numéro 1 mondiale ! »

Quand la décision d’arrêter arrive, elle n’est pas brutale. Elle est mûrie. « Ar- rêter le sport, c’est perdre une identité », dit-elle. « Mais je savais que je pouvais en construire une autre. » Ce qui frappe, déjà, c’est sa capacité à basculer totalement. « Je ne sais pas faire les choses à moitié », reconnaît-elle. « Quand je ferme une porte, je passe entièrement dans la pièce suivante. »

1996 – Sciences Po, ou la reconversion totale

Là où d’autres sportifs tâtonnent, elle se fixe un objectif clair : Sciences Po. « Je me suis dit : maintenant, c’est ça », raconte- t-elle. « Un seul objectif. Pas de plan B. » Elle se replonge dans les manuels avec la même rigueur que dans les entraînements. Des journées calibrées. Des horaires stricts. « Je fonctionnais comme pour un tournoi », sou- rit-elle. « Préparation, répétition, concentration. » Résultat : après trois mois d’intense préparation, elle est major du concours d’entrée. « Le sport m’avait appris à ne pas me disperser », analyse-t- elle. « À accepter la solitude du travail. »

2001–2004 – L’ENA, avec un camarade de promotion nommé Emmanuel Macron

Après Sciences Po, elle enchaîne l’ESSEC et une maîtrise de Droit public en parallèle, puis l’ENA. Elle y retrouve ce qu’elle connaît bien : l’excellence sous pression.

Dans cette promotion de l’ENA, un étudiant attire l’attention. Un certain Emmanuel Macron. « Nous nous apprécions, mais nous n’étions pas spéciale- ment proches. » Une précision importante pour expliquer que ce n’est pas par « copinage » que le futur chef de l’État l’appellera quelques années plus tard pour l’aider à muscler sa politique sportive. « Il y avait une intensité intellectuelle incroyable », se souvient-elle. « On sentait que cette génération aurait des responsabilités. »

A la sortie de l’ENA, Amélie Oudéa-Castéra intègre la Cour des comptes. Mais lorsque l’on a connu l’intensité de la haute compétition, la haute fonction publique est un univers trop calme. « Ce n’est pas l’exigence de haute performance que j’ai connue » Les choses n’avancent pas assez vite. La jeune femme s’ennuie. Alors elle décide de tenter sa chance dans le privé.

Années 2000–2020 – Le privé, apprendre à trancher

Dans le privé, elle apprend la brutalité du réel. « Il faut décider vite », dit-elle. « Et accepter de se tromper. » Cette période affine son rapport au pouvoir. « Le leadership, ce n’est pas dominer », explique-t-elle. « C’est embarquer. » Pendant dix ans chez AXA, puis quatre ans chez Carrefour, elle fait partie des plus hauts cadres dirigeants, elle en- chaîne les expériences et cumule les mandats d’administratrice. D’ordinaire, les hauts fonctionnaires pantouflent dans la haute administration pendant 30 ans, avant d’aller vendre leur carnet d’adresse dans le privé. Elle fait exactement l’inverse : elle fait ses armes dans le privé, pour acquérir une expérience et un réseau différents.

Années 2020 – Revenir au sport, consciemment

La période du Covid marque un tournant pour Amélie Oudéa-Castéra. En charge de la digitalisation au sein du groupe Carrefour, elle est en première ligne de l’explosion du e-commerce liée au confinement de la population. Elle frôle le burn out tant la charge est lourde et remet une nouvelle fois sa vie en question. Après avoir refusé à plusieurs reprises la proposition de devenir Directrice Générale de la Fédération Française de Tennis, elle saisit finalement cette main tendue, en 2021.

Quand elle revient au sport, ce n’est pas par nostalgie. « Je me suis demandé où je pouvais être la plus utile », raconte-t-elle. Après trois premières « vies » (sportive, haute-fonctionnaire et cadre dirigeante dans le privé), Amélie Oudéa-Castéra commence alors sa quatrième : celle de dirigeante sportive.

2022 – Quand le sport entre en campagne

Fin 2021, le téléphone d’Amélie Oudéa-Castéra sonne. À l’autre bout du fil, l’équipe d’Emmanuel Macron, qui prépare la campagne de sa réélection à la présidence de la République. « On m’a appelée pour une mission très précise, raconte-t- elle : écrire le programme sport du candidat et mobiliser la société civile autour de ces enjeux. » Il ne s’agit pas d’un rôle décoratif. Ni d’un simple avis consultatif. « Il fallait structurer une vision », explique-t- elle. « Dire ce que le sport pouvait et devait apporter au pays. »

Donner une colonne vertébrale au sport dans le débat présidentiel

Très vite, Amélie Oudéa-Castéra se met au travail, avec enthousiasme. Réunions, consultations, allers-retours avec les fédé- rations, les acteurs du terrain, les experts. « Le sport est souvent traité comme un sujet périphérique », regrette-t-elle. « Là, il fallait en faire un enjeu central. »

Elle défend une approche globale : sport de haut niveau, sport pour tous, santé, éducation, inclusion. « Le sport, ce n’est pas seulement des médailles », insiste-t-elle. « C’est un outil de cohésion, d’éman- cipation, de transmission. » Ce travail la plonge dans le cœur de la campagne. « On est dans le temps court », dit-elle. « Chaque mot compte. Chaque arbitrage aussi. »

L’entre-deux-tours, moment de vérité

Puis vient le premier tour. Et immédiatement après, l’entre-deux-tours. Un moment de tension extrême, avec la menace de l’extrême-droite. Un moment politique majeur. « À ce moment-là, il n’y avait plus d’ambiguïté », explique-t-elle.

Elle s’active. Contacte les fédérations, les dirigeants, les athlètes, les réseaux associatifs. « Le sport porte des valeurs très claires », dit-elle. « L’inclusion, le respect, l’égalité. Ce n’était pas neutre. » Elle parle d’un moment intense, lourd de responsabilité. « Ce n’était pas une posture », insiste-t-elle. « C’était un engagement. » Dans cet entre-deux-tours, elle mesure aussi la force symbolique du sport. « Quand des sportifs prennent la parole, ça touche autrement », analyse-t-elle. « Parce qu’ils parlent à tout le monde. »

Emmanuel Macron est réélu. Une expérience fondatrice

Cette séquence laisse une trace profonde. « J’ai vu ce que voulait dire être au cœur du pouvoir politique », confie-t-elle. « La vitesse, la pression, l’exposition. » Mais aussi la nécessité de rester alignée. « On ne peut tenir dans ces moments-là que si on sait pourquoi on est là », dit-elle.

À l’issue de la présidentielle, Amélie Oudéa-Castéra prend du recul. « Je ne voulais pas forcément m’installer durablement dans ce tumulte », explique-t-elle, rappelant qu’elle n’a jamais été engagée dans aucun parti politique. « Mais cette expérience m’a énormément appris et m’a plu ! »

Avec le recul, elle y voit une continuité. « Le sport m’avait préparée à ça », conclut- elle. « La pression, l’exposition, la nécessité de rester lucide : je connaissais déjà. » Et surtout, cette séquence agit comme un révélateur final. « Elle m’a confortée dans une idée », dit-elle. « C’est dans le sport que je pouvais agir sur le long terme. »

20 mai 2022 – septembre 2024 : Ministre, ou l’épreuve du réel

Le 20 mai 2022, Amélie Oudéa-Castéra entre au gouvernement : elle est nommée ministre des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques. Très vite, le tempo change. Ce n’est plus l’excellence en laboratoire, ni la performance dans un conseil d’administration : c’est l’État, dans sa nudité. L’urgence, le calendrier, les crises possibles, la moindre phrase susceptible de faire basculer un rapport de force. Quelques jours plus tard, le 31 mai 2022, elle fait sa première visite au COJO Paris 2024. Elle vient “faire le point sur tous les sujets”, au contact direct de Tony Estanguet et des équipes. Le décor est posé : Paris 2024 sera le cœur battant de son ministère.

Automne 2022 : la doctrine des Jeux, posée noir sur blanc

À l’automne, elle théorise ce qui devien- dra sa matrice : le “carré magique” — une boussole politique articulée autour de l’organisation des Jeux, de la performance sportive, de l’engagement populaire et de l’héritage (jeunesse, santé, inclusion). Cette grille de lecture est notamment exposée lors d’une audition au Sénat en octobre 2022.

« Réussir les Jeux, ce n’est pas seulement l’été 2024 : c’est ce qu’on change durablement. »

2023 : les “mesures phares” et l’ambition d’un sport plus central


En juillet 2023, elle présente un premier bilan et une trajectoire, avec un document structuré autour de “15 mesures phares”. Parmi les axes mis en avant dans ces présentations publiques figurent notamment : le développement de l’activité physique (dont les “30 minutes” à l’école, impulsées avec l’écosystème Paris 2024), l’accompagnement des sportifs de haut niveau et des chantiers de gouvernance/ éthique.

Dans le même mouvement, elle s’appuie sur des dispositifs de soutien à la pra- tique sportive : le Pass’Sport est reconduit pour 2023–2024.

2024 : Grande Cause Nationale, et la séquence la plus exposée

Fin 2023 et tout au long de 2024, elle porte l’idée d’une “révolution culturelle” autour de l’activité physique, avec la Grande Cause Nationale 2024 présentée par le ministère et déclinée en pro- grammes territoriaux. Dans la même logique “sport-santé”, l’État annonce un soutien financier de 12 millions d’euros pour 2024 en faveur des Maisons Sport-Santé.

Mais janvier–février 2024 ouvre aussi une période la plus délicate : elle cumule brièvement Sports et Éducation nationale, et se retrouve au centre d’une polémique sur la scolarisation de ses enfants au collège privé Stanislas et ses propos sur l’école publique.

C’est une séquence typique du pouvoir : un sujet personnel devient politique, puis national, en quelques heures.

Au printemps 2024, elle revient pleine- ment sur le terrain “Jeux” : elle s’exprime à l’Assemblée sur la préparation des JO le 9 avril 2024. Et dans le débat international, elle prend position sur les conditions d’accueil des athlètes russes et biélorusses sous bannière neutre, au début d’avril 2024.

Septembre 2024 : la fin du chapitre ministériel

Le 21 septembre 2024, elle quitte le ministère ; Gil Avérous lui succède. La passation de pouvoirs a lieu dans les jours suivants. Son histoire, elle, n’en reste pas là : ce passage au gouvernement de- vient un accélérateur de crédibilité… et un prélude logique à son retour durable dans la gouvernance sportive.

Même si elle ne le dit pas clairement, il semble qu’Amélie Oudéa-Castéra ait été surprise par sa non-reconduction dans le gouvernement Barnier.

S’ensuit une nouvelle remise en question, une de plus, dans une carrière qui ressemble à tout sauf à un long fleuve tranquille. Après quelques temps de réflexion, la désormais ex-ministre se fixe un nouveau challenge : briguer la présidence du Comité international olympique et sportif français (CNOSF).

Elle a trois mois pour faire campagne. Une nouvelle mission « commando » comme elle les affectionne.

2025 – La campagne CNOSF, une nouvelle compétition

La campagne pour la présidence du CNOSF ressemble, à bien des égards, à un tournoi. « C’était une vraie campagne », dit-elle. « Il fallait convaincre, écouter, fédérer. » Elle sillonne la France, rencontre les fédérations, écoute les bénévoles. « Je savais exactement ce que je voulais porter », affirme-t- elle. « Une vision claire, structurée. » Quand elle est élue, elle ne parle pas de victoire, mais de responsabilité. Accueillie fraîchement par certains présidents de fédération qui l’avaient « affrontée » lorsqu’elle était ministre, Amélie Oudéa-Castéra construit lors de cette campagne une image rassembleuse, au point d’être finalement élue à l’unanimité ! Avec le recul, tout s’aligne. « La défaite contre Hingis, l’arrêt du sport, Sciences Po, le privé, le CNOSF… », énumère-t-elle. « Tout est lié. La détermination, ce n’est pas un mot. C’est une éthique de vie. »

2025 – Six mois pour reprendre la main

Quand Amélie Oudéa-Castéra prend la tête du CNOSF, au milieu de l’année 2025, le contexte est tendu. Le mouvement sportif sort fragilisé, traversé par des divisions internes, des crispations institutionnelles et une relation délicate avec les pouvoirs publics, lors de la préparation des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris. Elle le sait. Et elle ne s’en cache pas. « Je n’arrivais pas dans un système apaisé », confie-t-elle. « Il fallait d’abord recréer de la confiance. »

Réinstaller le dialogue, d’abord

Dès les premières semaines, elle multiplie les rencontres. Fédération après fédération. Dirigeants, bénévoles, acteurs de terrain. « J’ai passé énormément de temps à écouter », raconte-t-elle. « À comprendre les blessures, les attentes, les non-dits. » Ce travail de fond devient sa première priorité. « On ne dirige pas un mouvement sportif contre les gens », insiste-t-elle. « On le dirige avec eux. » Elle réinstalle un climat de dialogue interne, apaise les relations entre les instances, redonne de la lisibilité au rôle du CNOSF. « Le CNOSF devait redevenir une maison commune », dit-elle. « Un lieu où toutes les fédérations se sentent représentées. »

Redonner une voix forte au sport français

Très vite, elle s’attelle à un autre chantier : la parole du sport auprès de l’État. « Le sport doit parler d’une seule voix », martèle-t-elle. « Sinon, il est inaudible. » Elle renforce le rôle institutionnel du CNOSF, réaffirme sa place comme interlocuteur central des pouvoirs publics. « Le sport ne peut pas être uniquement un sujet événementiel », explique-t-elle.

« C’est un enjeu de société, de santé, de cohésion. » Dans un contexte marqué par la préparation des Jeux d’hiver Alpes 2030 mais aussi par le bilan des Jeux de Paris 2024, elle insiste sur l’héritage. « Les Jeux ne sont pas une fin en soi », répète-t-elle. « Ce qui compte, c’est ce qu’ils laissent au sport français. »

Remettre les bénévoles au centre

« Sans bénévoles, il n’y a tout simplement pas de sport. » Autre priorité immédiate : les bénévoles. « Ce sont eux qui tiennent le sport français à bout de bras », rappelle- t-elle. « Et trop souvent, on les oublie. » Sous son impulsion, le CNOSF remet la reconnaissance de l’engagement bénévole au cœur du discours. Elle parle de simplification, de valorisation, de respect. « Si on continue à compliquer leur quotidien, on fragilise tout l’édifice », avertit-elle.

Clarifier la gouvernance

Enfin, elle s’attaque à un sujet sensible : la gouvernance du mouvement sportif. « Il fallait remettre de la clarté », explique-t- elle. « Clarifier les rôles, les responsabilités, les modes de décision. » Sans révolution brutale, mais avec méthode. « Je crois beaucoup à la rigueur et à la lisibilité », dit-elle. « Quand les règles sont claires, les tensions baissent. » Ces six premiers mois donnent le ton. Pas d’effets d’annonce spectaculaires. Mais une ligne assumée : écouter, structurer, rassembler, peser.

Après Paris 2024 – Faire durer ce qui ne se voit pas

Quand les Jeux olympiques et paralympiques de Paris s’achèvent à l’été 2024, les images sont partout. Les stades pleins, les médailles, les cérémonies, l’émotion collective. Puis vient le silence. Celui d’après. Le moment où se pose la seule question qui compte vraiment : qu’est-ce qu’il en reste ? Amélie Oudéa-Castéra n’a jamais considéré Paris 2024 comme une fin en soi. « Les Jeux ne sont pas un aboutissement », répète-t-elle. « Ils sont un point de départ. » Cette conviction, elle l’a forgée bien avant d’être présidente du CNOSF. Ministre, elle en avait fait un axe politique. Aujourd’hui, elle en fait une responsabilité de gouvernance.

Un héritage qui ne se limite pas aux infrastructures

Pour elle, l’héritage n’est pas d’abord une question de béton. « Les équipe- ments sont importants, bien sûr », reconnaît-elle. « Mais ce n’est pas l’essentiel. »

Ce qu’elle vise est moins visible, mais plus structurant :
• des pratiques sportives plus ancrées dans le quotidien
• un lien renforcé entre sport, santé et éducation
• une place accrue pour les clubs et les bénévoles
• une gouvernance sportive plus lisible et plus unie.

« Si, dans dix ans, on fait plus de sport en France grâce à Paris 2024, alors on aura réussi », résume-t-elle.

Le CNOSF comme garant du temps long

Dans ses nouvelles fonctions de présidente du CNOSF, elle voit l’institution comme un gardien du temps long, là où l’État est souvent contraint par le temps politique. « Le CNOSF est l’en- droit où l’on peut inscrire les Jeux dans la durée » Elle parle de transmission, de continuité, de méthode. « Il faut éviter l’effet soufflé », dit-elle. « L’enthousiasme des Jeux doit irriguer le sport français, pas retomber. »

Transformer l’élan en culture

Ce qui la préoccupe le plus, ce n’est pas l’été 2024, mais la suite. « Un enfant qui a vu les Jeux doit pouvoir trouver un club près de chez lui; Une femme qui se remet au sport doit pouvoir continuer. » Là encore, la sportive parle. « Un élan, ça se travaille », sourit-elle. « Comme une progression sportive. » Elle veut que Paris 2024 ait changé durablement la manière dont la France regarde le sport : non plus comme un spectacle occasionnel, mais comme un outil de société.

« Durant ces 6 premiers mois, j’ai impulsé de nombreuses actions parmi lesquelles la feuille de route sur la reconnaissance de la compétence des bénévoles, la lutte contre les violences sexuelles, la contribution du mouvement sportif à la convention citoyenne sur les rythmes de l’enfant, la fête du sport, le plaidoyer du mouvement spor- tif pour les municipales… J’ai un mandat pour agir, j’ai une feuille de route sur 4 ans. Il y a une forme de convergence de tous les pans de ma trajectoire qui aujourd’hui se cristallise dans un projet qui me passionne et que je prends beaucoup de plaisir à porter. »

Une cohérence intime

À l’écouter, on comprend que cette question de l’héritage est aussi per- sonnelle. « J’ai toujours cherché à faire durer ce que j’entreprenais », confie-t- elle. « À ne pas me contenter du mo- ment. » De la défaite contre Hingis à Sciences Po, de la campagne présiden- tielle à la présidence du CNOSF, son parcours raconte la même chose : la capacité à transformer une épreuve, une fonction ou un événement en le- vier durable. « Ce qui compte, ce n’est pas ce qu’on traverse. C’est ce qu’on laisse. »

Paris 2024 appartient désormais à l’histoire. Son héritage, lui, reste à écrire. Amélie Oudéa-Castéra refait avec nous le compte de ses « vies » : « J’ai eu quatre vies : sportive de haut niveau, haute-fonctionnaire, cadre supérieure dans le privé, et dirigeante sportive. Quelle sera la cinquième ? » L’histoire n’est pas terminée

Tags: Amélie Oudéa-CastéraWOMEN SPORTS N°39
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