Sacrée championne d’Europe de parasurf, Solange Balay a construit une nouvelle vie autour du sport après un accident qui l’a laissée paraplégique en 2023. Ancienne aide-soignante, voyageuse et passionnée de pole dance, elle a progressivement découvert le parasurf, jusqu’à intégrer l’équipe de France et multiplier les performances. Championne de France en 2024 et 2025, championne d’Europe en 2025 et 4e des championnats du monde, elle revient sur son parcours, ce que le sport lui a apporté dans sa reconstruction, mais aussi sur ses ambitions et son rôle de marraine du Yaka Paddle Festival, les 29 et 30 août prochains à Larmor-Plage.

Après votre accident, comment le sport a-t-il pris une place aussi importante dans votre reconstruction ?
Il a fallu réapprendre énormément de choses et reconstruire un quotidien différent. Le sport a progressivement pris une place essentielle dans cette reconstruction. J’ai découvert le parasurf et assez rapidement, je me suis rendu compte que ce n’était pas simplement une activité que je pouvais pratiquer malgré mon handicap : c’était une discipline dans laquelle je pouvais réellement progresser et avoir des ambitions.
Petit à petit, les compétitions sont arrivées, puis les sélections en équipe de France. Je suis championne de Bretagne. En 2024 et 2025, j’ai remporté les titres de championne de France et en 2025 championne d’Europe, et j’ai également terminé 4e aux championnats du monde. Ce sont des étapes qui m’ont permis de prendre confiance et de me dire que je pouvais aller beaucoup plus loin que ce que j’avais imaginé.
Qu’est-ce qui vous a immédiatement séduite dans le surf et dans le parasurf en particulier ?
Ce qui m’a attirée dans le surf, c’est avant tout la sensation de liberté. Une fois dans l’eau, il y a quelque chose de très difficile à expliquer : on ne pense plus au handicap, au quotidien, aux contraintes. On pense simplement à la vague, à son placement, à son équilibre et à ce que l’on va faire. Je retrouve une sensation de liberté et de légèreté que je n’ai plus sur terre.
Le parasurf m’a aussi permis de découvrir que le handicap n’empêchait pas forcément de pratiquer un sport de haut niveau. Il faut parfois adapter les choses, trouver sa propre manière de faire, mais cela ne veut pas dire renoncer à la performance.
Et je crois que c’est justement cette recherche permanente de solutions qui me plaît. En parasurf, chaque personne a sa façon de surfer, son matériel, ses adaptations. On apprend à connaître son corps et à repousser ses propres limites.
Comment votre rapport au sport et à la compétition a-t-il évolué depuis votre accident ?
Le sport a toujours fait partie de ma vie de près ou de loin, mais je n’avais pas forcément imaginé qu’il prendrait une place aussi importante après mon accident.
Aujourd’hui, la compétition me pousse énormément. J’aime me fixer des objectifs, travailler pour les atteindre et voir que les efforts finissent par payer. Mais je pense que ma relation à la performance a évolué. Avant, j’aurais peut-être davantage considéré uniquement le résultat. Aujourd’hui, je mesure aussi le chemin parcouru pour arriver jusqu’à ce résultat.
Une victoire, ce n’est donc pas seulement une médaille. C’est toutes les séances d’entraînement, les moments de doute, les jours où le corps ne suit pas, les adaptations, les échecs et le fait de recommencer malgré tout.
Que représente pour vous ce titre de championne d’Europe, au regard de tout le chemin parcouru depuis 2023 ?
C’est difficile de résumer ça en un seul sentiment. Il y a énormément de fierté, évidemment, mais aussi beaucoup d’émotion.
Quand je repense à mon accident et que je compare la personne que j’étais à ce moment-là avec celle que je suis aujourd’hui, je me dis que je n’aurais jamais imaginé vivre tout ça.
Être championne d’Europe, c’est extraordinaire. Mais ce qui me touche peut-être encore davantage, c’est tout ce que ce titre représente derrière. Il représente les heures de travail, les moments où j’ai douté, les personnes qui m’ont accompagnée et surtout le fait d’avoir réussi à reconstruire quelque chose que je pensais parfois avoir perdu. Les bénévoles et la coach sans qui aujourd’hui je ne serais pas là où j’en suis !
Qu’est-ce que le parasurf vous a appris sur vous-même et sur votre façon de dépasser les difficultés ?
Le parasurf m’a appris que je suis capable de beaucoup plus que ce que je pensais. Qu’essayer de tout faire seule n’est pas une solution durable.
Après un accident comme le mien, on peut facilement se concentrer sur tout ce qu’on ne peut plus faire. Le sport m’a appris à regarder plutôt ce que je peux encore faire, et surtout tout ce que je peux encore apprendre.
J’ai aussi appris à accepter les jours moins bons. La performance n’est jamais linéaire. Il y a des blessures, de la fatigue, des périodes où les choses avancent moins vite. Mais ça ne veut pas dire qu’on recule.
Aujourd’hui, face à une difficulté, j’essaie davantage de me demander : « Comment est-ce que je peux faire autrement ? » plutôt que « Est-ce que je peux le faire ? ». Et cette différence change énormément de choses.
Quel message souhaitez-vous adresser à celles et ceux qui hésitent encore à se lancer dans une activité sportive ou à repousser leurs limites ?
Je leur dirais simplement d’oser, de foncer. Pas forcément avec l’objectif de devenir champion ou de réaliser quelque chose d’extraordinaire. Juste de commencer. Se mettre en mouvement.
On a souvent tendance à attendre d’être prêt, d’avoir le bon niveau, le bon matériel ou les bonnes conditions. En réalité, on apprend en faisant.
Et surtout, il ne faut pas se comparer aux autres. Les limites de chacun sont différentes. Le plus important, c’est de voir jusqu’où soi-même on peut aller.
Le sport m’a énormément apporté et je pense qu’il peut être un formidable outil pour reprendre confiance en soi, quel que soit son niveau ou son handicap.
Quelles sont désormais vos ambitions sportives et les projets que vous souhaitez développer autour du sport et du handicap ?
Je n’ai clairement pas l’impression d’avoir fait le tour de mon histoire avec le parasurf. Mon objectif est de continuer à progresser, garder mon titre de championne de France et viser la 1ere place aux mondiaux.
J’ai aussi envie de continuer à développer mon projet autour du sport, du handicap et de la sensibilisation. Aujourd’hui, je partage beaucoup mon quotidien sur les réseaux sociaux et je me rends compte que cela peut avoir un véritable impact sur le regard porté sur le handicap.
J’ai donc envie de continuer à surfer, à gagner, à transmettre et à montrer qu’après un accident, on peut aussi construire une nouvelle vie avec de nouveaux rêves.
Au quotidien, que représente aujourd’hui le surf pour vous, au-delà des résultats et des compétitions ?
C’est clairement un peu tout cela à la fois.
Le surf est une passion, mais c’est aussi mon espace de liberté. Dans l’eau, mon handicap prend beaucoup moins de place. Je ne suis pas « la personne en fauteuil », je suis simplement Solange qui attend sa vague.
Le surf me vide la tête, j’entre à l’eau avec mes problèmes qui bourdonnent dans mes oreilles, je ne les entends plus en sortant.
C’est aussi un formidable moyen de me dépasser. Chaque session est différente et il y a toujours quelque chose à améliorer.
Et puis il y a une dimension que je n’avais peut-être pas anticipée : le surf m’a permis de rencontrer énormément de personnes et de construire une véritable communauté autour de cette passion. Aujourd’hui, il fait vraiment partie de mon identité.
Vous serez également la marraine du Yaka Paddle Festival, les 29 et 30 août à Larmor-Plage. Quel événement les participants et le public vont-ils découvrir ?
Le Yaka Paddle Festival, c’est avant tout un événement qui rassemble. C’est un week-end autour des sports de pagaie, mais pas uniquement autour de la performance.
Cette année, pour sa 5e édition, le festival devient notamment l’Open de Bretagne et propose différentes épreuves de paddle, mais aussi des activités accessibles, des initiations handi, une course pour les enfants, un challenge entreprise et de nombreuses animations et concerts.
Ce que j’aime particulièrement dans le Yaka, c’est cette volonté de mélanger les niveaux, les publics et les pratiques. On peut venir pour performer, pour découvrir le paddle, pour accompagner ses proches ou simplement profiter de l’ambiance.
Et surtout, il y a une vraie dimension solidaire et inclusive derrière l’événement, qui me tient forcément particulièrement à cœur.
Pourquoi inviteriez-vous le public à venir au Yaka Paddle Festival et qu’aimeriez-vous qu’il en retienne ?
Je leur conseille de venir parce que c’est typiquement le genre d’événement où tout le monde peut trouver sa place.
Que l’on soit sportif confirmé, débutant, en situation de handicap, enfant, adulte, spectateur ou simplement curieux, il y a quelque chose à vivre. Et c’est justement cette diversité qui fait la richesse du festival.
J’aimerais surtout que les personnes repartent avec l’idée que le sport est un formidable moyen de créer du lien. Il peut rassembler des personnes qui ne se seraient peut-être jamais rencontrées autrement.
Et si, au passage, quelqu’un se dit « pourquoi pas moi ? », « pourquoi je ne testerais pas ? » ou réalise que le handicap ne doit pas forcément être un frein pour pratiquer, alors ce sera déjà une très belle réussite.










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