À 22 ans, la kayakiste française Emma Lacoste a signé en 2025 la plus belle saison de sa carrière : vice-championne du monde U23, deuxième du classement général des Coupes du monde seniors. Une progression fulgurante qui contraste avec une année 2023 éprouvante et qui s’appuie sur un travail mental profond, une organisation millimétrée et surtout une détermination sans faille. Rencontre avec une athlète lucide sur les défis d’un sport encore peu visible. PROPOS RECUEILLIS PAR VANESSA MAUREL. Extrait du WOMEN SPORTS N°39.

WOMEN SPORTS : 2025 EST VOTRE MEILLEURE ANNÉE EN CARRIÈRE. QUEL A ÉTÉ LE DÉCLENCHEUR ?
EMMA LACOSTE : Je pense que ça vient de ma saison 2023, qui a été compliquée. J’ai enchaîné les contre-performances, le moral a pris un coup et je suis entrée dans une période un peu sombre. C’était soit je me lamentais, soit je rebondissais… soit j’arrêtais le kayak. Finalement, j’ai trouvé des solutions, je me suis entourée des bonnes personnes et je me suis énormément remise en question. Le travail mental que j’ai fait depuis deux ans m’a beaucoup aidée. Aujourd’hui, je suis très contente de ma saison.
VOUS ÊTES VICE-CHAMPIONNE DU MONDE U23 ET DEUXIÈME DU CLASSEMENT GÉNÉRAL DES COUPES DU MONDE SENIORS. COMMENT S’EST PASSÉE LA TRANSITION ENTRE LES CATÉGORIES ?
Ça fait plusieurs années que je cours avec les seniors mais seulement sur les Coupes du monde. En 2025, à tout juste 21 ans, j’ai été sélectionnée en équipe senior et U23 en même temps. J’ai fait deux championnats du monde, U23 et senior, plus un championnat d’Europe et les Coupes du monde. Ça s’est fait naturellement. J’ai toujours voulu jouer avec les meilleurs, atteindre leur niveau. Cette saison, j’ai prouvé que je pouvais faire des chronos pour monter sur un podium international.
VOUS ÊTES EN RECHERCHE DE SPONSORS. POURQUOI EST-CE SI INDISPENSABLE ?
Le kayak est très peu médiatisé et la fédération manque de budget. On représente la France, mais on doit payer la majeure partie de nos déplacements internationaux. Et le matériel coûte très cher : un kayak de com- pétition en carbone vaut environ 3 500 euros, et il faut en avoir plusieurs. Sans financement, c’est extrêmement compliqué. Je démarche beaucoup, mais ce n’est pas évident. Je ne gagne pas ma vie grâce à mon sport : c’est de la passion pure.
COMMENT RÉUSSISSEZ-VOUS À GÉRER ÉTUDES, HAUT NIVEAU ET RECHERCHE DE PARTENAIRES ?
C’est difficile. Il faut être très disciplinée et avoir une organisation millimétrée. Je me fais des programmes à l’avance. Entre entraînements, soins, préparation men- tale, déplacements, partiels, stages et recherche de sponsors, on a parfois l’im- pression qu’il n’y a pas assez d’heures dans une journée. Mais je me suis prouvée l’an dernier que je pouvais y arriver. Il faut juste être déterminée.
AVEZ-VOUS DÉJÀ DÛ RENONCER À CERTAINS PROJETS SPORTIFS FAUTE DE MOYENS ?
Oui. Pendant longtemps, je faisais deux disciplines, une olympique et une non olympique. J’ai dû arrêter l’une d’elles, principalement pour des raisons financières et de fatigue. Faire deux disciplines, c’était le double de stages, de compétitions, de déplacements. Cela coûtait trop cher et demandait trop d’énergie.
LE MANQUE DE VISIBILITÉ MÉDIATIQUE FREINE-T-IL LE DÉVELOPPEMENT DE VOTRE SPORT ?
Je suis persuadée que oui. Beaucoup de gens ne connaissent pas ma discipline. Ils associent le kayak à ce qu’ils voient aux JO, alors que c’est une petite partie du sport, et pas forcément ma discipline. Pourtant, le kayak est hyper visuel, pratiqué en pleine nature, dans des rivières magnifiques. Si c’était plus médiatisé, on verrait la beauté des sites, mais aussi la réalité de certains lieux très pollués. Plus de visibilité aiderait le sport et les athlètes, notamment pour la recherche de sponsors.
POUR TROUVER DES SPONSORS, ÊTES-VOUS ‘CONTRAINTE’ DE PERFORMER ?
Forcément. Les résultats attirent. Mais souvent, les partenariats viennent aussi de relations personnelles. Sur des dizaines de mails envoyés, il y a très peu de réponses. Je communique au mieux sur mes réseaux pour montrer mon quotidien, mes résultats et mes valeurs : le respect de l’environnement, le sport féminin, le dépassement de soi, l’humilité. Je pense que ça parle aux entreprises.
Des objectifs précis pour 2026, Emma Lacoste ?
« 2026 sera ma dernière année en U23. Il n’y a pas de mondiaux, juste un championnat d’Europe, et mon objectif est clair : décrocher le titre pour ma dernière saison. Ensuite, j’aimerais me requalifier en seniors et aller chercher une médaille mondiale. »










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