À 29 ans, Mathilde Cournil est professeure d’EPS et arbitre élite au sein de la Fédération Française de Handball. Ancienne joueuse, elle s’est tournée vers l’arbitrage presque par hasard, avant d’en faire un véritable engagement, guidé par la passion du jeu et le goût des responsabilités. Rencontre avec une arbitre investie, à l’occasion du comité de l’arbitrage féminin, en partenariat avec La Poste.

Vous êtes arbitre élite aujourd’hui. Comment est née votre vocation pour l’arbitrage de handball ?
Je suis joueuse à la base et j’ai commencé à arbitrer tout simplement pour rendre service à mon club parce que lors des tournois et des matchs amicaux, il y avait souvent besoin d’arbitres. C’est comme ça qu’on s’est lancées avec ma binôme, pour rendre service à notre club. Et puis petit à petit, on s’est prises au jeu et on a continué comme ça à gravir les échelons.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans le fait d’arbitrer ?
Ce que j’aime dans le fait d’arbitrer, c’est les émotions qu’on va vivre sur le terrain. C’est vraiment être au cœur du jeu pour réussir à faire en sorte que les acteurs puissent évoluer dans un contexte positif et serein, tout en faisant appliquer les règles. C’est vraiment cette idée d’être au service du jeu qui me plaît dans l’arbitrage.
Vous êtes également professeure d’EPS. Est-ce qu’on peut vivre de l’arbitrage au handball aujourd’hui ?
Non, il n’y a pas d’arbitre professionnel au handball. On a tous un métier à côté, que ce soit les hommes ou les femmes.
L’arbitrage reste un milieu encore majoritairement masculin. En tant que femme, avez-vous rencontré des difficultés particulières pour vous imposer ?
Je trouve que ça évolue bien, dans le monde du sport et dans le monde du handball. Maintenant, quand on arrive sur les matchs professionnels, on n’est pas étiqueté comme arbitre femme ou arbitre homme, c’est vraiment l’arbitre qui est au centre du jeu. On n’a pas forcément été confrontées à de grandes problématiques par rapport à la place de la femme.
Je dirais que les défis se font peut-être avant, sur des niveaux un petit peu inférieurs. Là, on a pu rencontrer quelques réticences, de personnes peut-être moins alertes sur l’évolution de la place de la femme dans le sport. Mais au niveau professionnel, il n’y a aucune différence. Les joueurs et les joueuses sont très professionnels, très sensibilisés aux questions de mixité et de place de la femme, donc on n’a pas rencontré ce problème-là sur ce secteur.
Être arbitre élite implique des exigences très élevées. À quoi ressemble votre quotidien, sur le terrain et en dehors ?
On est arbitres élite et arbitres HF, ce qui signifie qu’on arbitre toutes les semaines sur les championnats deStarLigue, ProLigue et Ligue Butagaz Énergie en France. On est aussi amenées à se déplacer dans toute l’Europe pour des matchs de Coupe d’Europe.
Une semaine type, c’est minimum un match, généralement le vendredi, mais ça peut aussi être le week-end ou le mercredi pour le championnat féminin. À côté de ça, il y a l’entraînement physique, avec au minimum trois à quatre séances par semaine, que ce soit de la course ou du travail de musculation et de renforcement musculaire.
S’ajoutent également la préparation mentale, à raison d’une à deux séances par mois avec un préparateur mental de la Fédération française de handball, et le média training, que l’on fait tous les mois ou tous les mois et demi. Ce travail porte notamment sur notre communication sur le terrain et lors de l’utilisation de la VAR, dont on bénéficie depuis deux ans au handball.
Il y a aussi énormément de travail vidéo. Avant le match, on analyse les équipes que l’on va arbitrer, leurs styles de jeu et les points clés à retenir. Après le match, on réalise une auto-évaluation écrite et on séquence l’intégralité de la rencontre, en relevant les situations pertinentes pour progresser, que l’on met ensuite en ligne sur un espace dédié.
Comment parvenez-vous à concilier arbitrage, vie professionnelle et vie personnelle ?
Ça demande beaucoup d’organisation et d’anticipation pour ne pas se laisser déborder. On a la chance, avec ma binôme, d’avoir des métiers conciliants. Nos structures et nos responsables nous laissent pas mal de liberté tant que le travail est bien fait, donc on a beaucoup de chance de ce côté-là.
Notre famille, nos amis et nos conjoints comprennent aussi ce que l’on fait et nous soutiennent énormément dans nos projets. Cet équilibre est très important pour jongler entre la vie sportive, la vie privée et la vie professionnelle, et aussi pour s’accorder des temps de coupure afin de rester performantes tout au long de la saison.
L’arbitrage repose donc essentiellement sur la passion ?
C’est de la passion pure. On est rémunérées à hauteur du match, mais ça reste un défraiement pour le jour du match. On a match, on est payées ; on n’a pas match, on n’est pas payées. Il n’y a pas de salaire fixe.
Que représente pour vous le comité de l’arbitrage féminin, en partenariat avec La Poste ?
Le comité femmes et arbitrage, lancé par La Poste, permet vraiment de promouvoir l’arbitrage et l’arbitrage féminin. C’est essentiel parce que ça donne de la visibilité aux femmes arbitres, et cette visibilité peut susciter de nouvelles vocations.
Les jeunes filles qui voient cette communication peuvent s’identifier et se dire que c’est possible. Je pense que c’est comme ça qu’on avance : en montrant aux futures générations qu’arbitrer à haut niveau en tant que femme, c’est réalisable. Cela encourage et crée des vocations.
Ce comité permet aussi des échanges autour des problématiques que l’on peut rencontrer ou que l’on a rencontrées. Il y a eu un vrai partage d’expériences, et cette force collective peut vraiment faire bouger les lignes, les regards et les mentalités.
Avez-vous le sentiment que le regard sur les femmes arbitres a évolué ces dernières années ?
Oui, tout à fait, et en positif. Aujourd’hui, quand j’accompagne ou que je suis de jeunes arbitres, je vois que dans les salles, on ne dit plus : « aujourd’hui, c’est une femme qui arbitre ». C’est quelque chose qui s’est banalisé, dans le bon sens du terme, au sein de la Fédération.
Voir des femmes et des jeunes filles sur les terrains est devenu habituel, et ce n’est plus pointé du doigt. Il y a aussi beaucoup plus de femmes arbitres aujourd’hui. À une époque, dans certains groupes, on était peu nombreuses, puis ça s’est développé. Aujourd’hui, les filles se rendent compte qu’elles ne sont plus seules dans les groupes, et c’est très positif.

Quel message aimeriez-vous adresser aux jeunes filles qui hésitent à se lancer dans l’arbitrage sportif ?
Je leur dirais d’oser se lancer, parce que c’est avant tout une très belle aventure humaine. Elles vont faire de belles rencontres et créer des liens forts autour de cette passion. Je leur dirais de ne pas hésiter à prendre le sifflet et à se faire accompagner au début, que ce soit par les comités, les ligues ou la fédération.
Au handball, on a la chance d’arbitrer en binôme, donc se lancer avec un copain ou une copine rend l’expérience encore plus agréable et procure de très belles émotions. C’est vraiment une aventure humaine, donc il ne faut pas hésiter.
À titre personnel, que vous apporte aujourd’hui l’arbitrage féminin ?
L’arbitrage me permet avant tout de vivre des émotions sur le terrain. Ça m’a aussi apporté beaucoup plus de confiance en moi et appris à prendre des responsabilités. Ce sont des qualités très appréciées dans le monde du travail.
On en a beaucoup parlé dans le cadre de ce comité : le rôle d’arbitre est aujourd’hui très valorisé dans les entreprises. Sur le plan personnel, mais aussi professionnel, l’arbitrage permet de développer énormément de compétences, notamment autour de la pédagogie, de la gestion de groupe et du management. C’est quelque chose de très complet, qui apporte beaucoup au fil du temps.






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