Numéro 1 mondiale junior, vainqueure de Roland-Garros junior en 2020, Elsa a rapidement découvert que le succès attire autant d’admiration que d’exigences. Derrière chaque sourire sur le court se cache une gestion millimétrée de la pression, un équilibre entre ambition, patience et soutien. Rencontre avec une jeune joueuse qui a appris à transformer le poids des attentes en moteur de progression. PAR RUBEN DIAS. Extrait du WOMEN SPORTS N°39.
Elle parle doucement, parfois avec un petit rire. Mais derrière ce ton tranquille, il y a les traces d’un par- cours rapide, presque trop rapide, celui d’une joueuse passée du statut d’espoir à celui d’attendue. L’Australian Open approche. Début de saison, début de pression. Ou plutôt rappel : la pression ne l’a jamais quittée depuis 2020.
La maison Roland et les premières secousses
Elle avait 17 ans. Un masque sur le visage, époque oblige, mais des yeux qui brillaient. « C’était incroyable, surtout parce que c’était “à la maison”. L’ambiance, les émotions… tout était spécial. Il y avait énormément de positif, mais aussi plus de pression », confie Elsa. Gagner Roland-Garros junior, c’est une immersion directe dans un univers d’at- tentes. « Il y avait énormément de positif, mais aussi plus de pression. Avec le recul, je me dis que cette pression fait partie de ce qu’on aime dans ce sport. » Elle hausse les épaules. Cette victoire l’a projetée numéro 1 mondiale junior. Une étiquette brillante, un trophée à part entière.
L’excitation de la victoire s’accompagne rapidement d’une autre réalité : la nécessité de confirmer, de prouver que le succès n’était pas un hasard. « Très vite, je retourne à l’entraînement. J’étais fière, bien sûr, mais ce n’était qu’une étape. Le vrai travail commençait après ça. »
Les regards, les doutes, l’apprentissage
L’innocence du junior n’a pas duré. Le circuit pro, lui, n’a rien de tendre. « J’aurais pu mieux gérer la pression. Quand je suis arrivée, j’étais jeune et en avance sur ma génération, donc il y avait beaucoup d’attentes. Tu passes d’un monde où tu gagnes souvent à un circuit où les filles sont dures. Elles ne te laissent pas ta place. » Ce passage-là, elle l’a senti comme un courant d’air froid.
« Je devais prouver ma légitimité à chaque match. Dans le tennis, tu es sans arrêt observée, jugée, comparée. Quand tu es jeune, il faut apprendre à faire abstraction de tout ça. Ce n’est pas toujours simple. »
Elsa a cherché des appuis autour d’elle. Des gens solides. Les semaines où tout tangue : voyager, perdre tôt, recommencer, sourire parfois de force. « Le tennis est magnifique, mais très exigeant. Il y a des périodes de doute, et c’est dans ces moments-là que ton entourage est essentiel. »
A-t-elle voulu tout arrêter ? « Non, je ne me suis jamais dit ça. J’ai toujours aimé ce sport. » Une fidélité presque têtue. Elle reconnaît pourtant les secousses. « Chaque semaine, la majorité des joueuses perdent. Il faut s’en rendre compte de l’extérieur. Et pour nous, il faut accepter ça. Continuer à avancer. »
Comme le disait Roger Federer en 2024 : « Au tennis, la perfection est impossible. Sur les 1 526 matches de simple que j’ai joués au cours de ma carrière, j’ai gagné près de 80 % d’entre eux. Quel pour– centage de points pensez-vous que j’ai gagné dans ces matches ? Seulement 54 %. Même les joueurs les mieux clas– sés gagnent à peine plus de la moitié des points qu’ils jouent…. »
Transformer la pression
Quand la pression monte avant un match, elle ne s’isole pas. « J’aime bien passer du temps avec mon entourage. Ça m’aide à accepter la pression. Je ne cherche pas à la fuir, mais à la transformer en quelque chose de positif. »
Il y a aussi l’autre pression, celle du de- hors, qui colle parfois aux chaussures. «La pression médiatique, c’est quand on te dit que ton match sera ‘facile’. Ceux qui connaissent le tennis savent qu’il n’y a jamais de match facile. » Puis la sienne, qu’elle s’impose sans trop la décorer. « Je suis très exigeante, peut-être même un peu trop parfois ! », s’amuse-t-elle.
L’évolution entre 2020 et aujourd’hui ? Elle réfléchit un instant. « Le tennis m’a énormément fait grandir. J’ai gagné en maturité, en confiance, en lucidité sur- tout dans les moments importants. » On pourrait l’imaginer volcanique. Elle dit l’inverse. « J’ai du caractère, mais j’ai appris à mieux me canaliser. Aujourd’hui, je gère beaucoup mieux mes émotions. »
Elle rit quand on lui demande le message à laisser à son futur elle. « Pas facile comme question. J’ai longtemps été trop tournée vers le futur. J’ai appris qu’il fallait vivre dans le présent. C’est le présent qui construit le futur. Trop se projeter, ça peut te faire perdre l’essentiel. »





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