Longtemps considéré comme « un simple jeu de café », le baby-foot est pourtant une discipline exigeante qui demande stratégie, précision et maîtrise émotionnelle. Vice-championne des World Series 2026 et membre de l’équipe de France, Alexia Depagne a découvert cette passion dès l’enfance. Aujourd’hui, elle œuvre également pour le développement de la pratique féminine au sein de la Fédération française de baby-foot et à travers un projet associatif dédié. Rencontre avec une joueuse qui n’a jamais cessé de croire au potentiel de son sport.

Pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas encore, comment aimeriez-vous vous présenter ?
Quand je demande à mes amis de me décrire, ils répondent souvent : « Alexia ? Elle joue au baby-foot. Elle ne fait que ça et elle n’arrêtera jamais. » J’ai pratiqué plusieurs sports dans ma vie, mais c’est vraiment ce qui me caractérise le plus aujourd’hui.
Comment cette passion est-elle née ?
J’ai découvert le baby-foot lors des foires où j’allais avec mes parents. Je jouais contre mon père et j’ai tout de suite accroché. Plus tard, mes parents m’ont offert un petit baby-foot Smoby. Puis, à l’école primaire, nous avions accès à un baby-foot pendant la pause méridienne. On pouvait choisir différentes activités, mais moi, je passais mon temps à jouer. J’avais déjà développé des stratégies à l’âge de sept ans. C’est là que j’ai compris, sans vraiment le formuler, que ce n’était pas seulement une question de hasard ou de réflexes.
À quel moment avez-vous compris que le baby-foot pouvait devenir un sport de haut niveau ?
Je pense que je l’ai compris inconsciemment très jeune, justement grâce à cette dimension stratégique. Ensuite, au lycée, où nous avions plusieurs baby-foot à disposition, on m’a parlé d’un club à Nice. J’y suis allée à 17 ans et je n’en suis jamais repartie. C’est à partir de là que la compétition a commencé à prendre une place dans ma vie.
Comment êtes-vous passée du club à l’équipe de France ?
Entre mes 17 et mes 25 ans, je jouais surtout pour le plaisir. Je participais à quelques compétitions avec mon club, principalement pour retrouver des amis et découvrir d’autres joueurs. Puis, en 2017, j’ai été sélectionnée en équipe de France pour la Coupe du monde multitable. Honnêtement, je ne m’y attendais pas du tout. Je n’étais pas particulièrement présente sur les circuits français ou internationaux. Pourtant, j’ai disputé des matches importants jusqu’à la finale, et nous avons remporté le titre mondial. Cette expérience a marqué un tournant. Depuis, je suis régulièrement sélectionnée et nous préparons désormais la Coupe du monde 2028.
Vous avez également terminé vice-championne des World Series 2026. Quel bilan en tirez-vous ?
C’est une année un peu particulière parce que je me suis volontairement éloignée de l’entraînement pour me consacrer à d’autres projets. J’ai très peu joué, avec seulement deux séances avant les Championnats du monde. Malgré cela, nous avons terminé deuxièmes avec l’équipe de France et j’ai également décroché une deuxième place en simple féminin. Je suis donc très satisfaite de ces résultats et j’ai l’intention de revenir encore plus forte l’année prochaine.
Quel regard portez-vous sur votre parcours ?
Je ne prends pas souvent le temps de regarder derrière moi. J’avance une compétition après l’autre, une saison après l’autre. Avec les années, ma vision du baby-foot a évolué. J’essaie surtout de ne jamais oublier que, malgré l’aspect compétitif, cela reste avant tout un jeu. Mon principal objectif est d’être satisfaite de ce que je produis sur la table et de me sentir bien avec moi-même. Le reste est secondaire.
Le grand public associe encore souvent le baby-foot aux cafés. Quelles idées reçues aimeriez-vous voir disparaître ?
La plus répandue est sans doute celle qui consiste à penser que nous jouons en buvant un verre. En compétition de haut niveau, ce n’est absolument pas le cas. Nous sommes des sportifs avec une préparation, une alimentation adaptée et une vraie concentration. Le baby-foot est un sport extrêmement technique et stratégique. Ce n’est pas simplement taper dans une balle en espérant qu’elle entre dans le but.
Vous êtes particulièrement engagée pour le développement du baby-foot féminin. Quelle est aujourd’hui la place des femmes dans ce sport ?
Elle reste encore limitée. En France, nous sommes moins d’une centaine de licenciées sur plus de 2 000 pratiquants. Beaucoup de femmes ne sont pas suffisamment accompagnées lorsqu’elles arrivent dans un club. Certaines subissent également des remarques ou des comportements qui peuvent être décourageants. Cela complique parfois leur intégration.
Comment faire évoluer cette situation ?
Les clubs devraient désigner des personnes référentes pour accompagner les nouvelles joueuses. Il faut aussi que les femmes osent exprimer ce qu’elles ressentent lorsqu’une remarque ou une blague dépasse les limites. Si personne ne dit rien, les choses ne changent pas.

Comment avez-vous réussi, de votre côté, à trouver votre place ?
J’ai eu la chance d’être accompagnée dès mes débuts par Sarah, que je considère comme une seconde maman. Elle m’a guidée et protégée lorsque je découvrais le milieu. Au club de Nice, nous avions également un encadrement très vigilant. J’ai ensuite occupé plusieurs responsabilités au sein du bureau, comme secrétaire, trésorière puis présidente. Dès qu’un comportement inapproprié apparaissait, il était immédiatement recadré.
Quel message souhaitez-vous adresser aux femmes qui hésitent encore à se lancer ?
Je leur conseillerais de se rapprocher de la commission féminine de la Fédération française de baby-foot. Elle a été créée récemment et nous sommes quatre à couvrir l’ensemble du territoire. Notre rôle est d’accompagner, conseiller et orienter les femmes qui souhaitent découvrir ou développer leur pratique. Nous voulons créer davantage d’événements féminins, renforcer la visibilité des joueuses et favoriser leur progression.
Vous développez également un projet associatif…
Oui, je suis en train de créer une association dédiée au développement du baby-foot féminin et du sport de haut niveau. L’objectif est de réunir des partenaires et des mécènes afin d’aider les joueuses, que ce soit sur le plan financier, en matière de visibilité ou dans leur suivi sportif. Nous voulons permettre à davantage de femmes de s’investir durablement dans cette discipline.
Quelles sont les qualités indispensables pour performer au plus haut niveau ?
La gestion des émotions est essentielle. Les sports collectifs que j’ai pratiqués auparavant, notamment le basket et le volley, m’ont beaucoup apporté dans ce domaine. Ils m’ont appris à analyser les situations, à prendre des décisions et à travailler en équipe. Aujourd’hui encore, cette expérience nourrit ma manière d’aborder le baby-foot, aussi bien dans l’aspect tactique que dans la gestion de la compétition.
Pour conclure, quel est votre principal souhait pour l’avenir du baby-foot ?
J’espère voir toujours plus de licenciés et davantage de reconnaissance pour notre discipline. Le baby-foot mérite d’être considéré comme un véritable sport, et chaque mise en lumière contribue à faire évoluer les mentalités.
Pour aller plus loin :
Le lien de la Fédération Française de Baby-Foot donnant accès à la commission féminine fraîchement créée, qui a pour but de développer la catégorie féminine en France par le biais de communications, de création de tournois et d’entraînements spécialement dédiés aux femmes notamment : https://ffbabyfoot.fr/federation/equipe
Je suis à l’initiative de la création de l’Association « Promotion du babyfoot féminin et du sport de haut niveau », qui est actuellement en cours de validation par la Préfecture, cette association a pour but de : encourager la pratique sportive féminine et la mixité dans le sport ;
d’organiser, soutenir ou participer à des événements sportifs, éducatifs, culturels ou promotionnels ;
de mener des actions d’initiation, de découverte, de démonstration et de sensibilisation autour du baby-foot ;
d’accompagner des sportives ambassadrices participant à ces actions ;
de favoriser le rayonnement du baby-foot en France et à l’international ;
de soutenir la participation de sportives.









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