Décryptage : Les juges, arbitres de l’envol : lire des saltos comme on lit une partition

Un salto raté, un pied qui dévisse, un angle qui flanche… leur œil exerce une précision chirurgicale. Leur re­gard tranche le moindre trem­blement.
Par Léa Borie, Extrait de Women Sports magazine n°39 – janvier-février-mars 2026

Vêtus de noir et de blanc

Sentinelles en noir et blanc, ils étaient jusqu’à neuf par agrès au Moreau Sport Gym Paris. Les juges tiennent l’équilibre technique entre beauté du geste et rigueur du code. Car oui, le jugement se réfère à un code de pointage, un document élaboré par la Fédération internationale de gymnastique. On y découvre la valeur de chaque difficulté, les règles du jeu et protocoles qui régissent une compéti­tion. Côté féminin, près de 650 éléments sont consignés. Une formation par niveau, à recycler chaque année.

«Code» n’est pas une méta­phore. Pour gagner du temps, les éléments sont représentés par des dessins en bâton. Un salto avant, c’est un ruban à l’envers, un saut groupé un N à l’envers, un appui tendu renversé un I retourné ! Pour corser le tout, la GAM utilise sa propre grammaire graphique.

Les notes : accrochez-vous !

Le système traditionnel de notation sur 10 – note parfaite rarissime, souvenez-vous de Nadia Comăneci ! – a été remplacé en 2006. Désormais, la note finale combine une note d’exécution sur 10 (dont on retranche chutes et fautes) et une note de difficulté liée à la composition de l’enchaînement.

Chiffres FFGym

Le saviez-vous ? Quand les figures portent le nom des audacieux qui les ont inventées

• Cercles Thomas (arçons, sol) : dérivés du salto Thomas, interdit en GAF !

• Yurchenko (saut de cheval, poutre) : saut par renversement avec en 1er envol un flip arrière précédé d’un rondade sur tremplin, de Natalia Yurchenko

• Tkatchev (barre fixe) : figure de voltige exécutée pour la 1ère fois à la par le gymnaste soviétique Aleksandr Tkatchev en 1977

• Korbut (poutre ou barres) : flip arrière de la gymnaste soviétique Olga Korbut lors des JO de Munich en 1972

• Tsukahara (saut) : roue sur le tremplin avant de prendre appui sur le cheval en demi-vrille pour un salto arrière – a aussi vu le jour en 1972, grâce au gymnaste japonais Mitsuo Tsukahara

Petit lexique gymnique

On met de la magnésie sur les mains avant son passage aux barres. Pour éviter des «steaks» (paume de la main qui s’ouvre), on met des maniques. Au sol, on évolue sur un praticable, un 12mx12m rebondissant.

On dit cheval, mais on saute sur une table de saut – filles et garçons (à ne pas confondre avec le cheval d’arçons pour les garçons (les mêmes qui portent non pas des justaucorps mais des léotards !), bien souvent pour réaliser une lune ou un tsuk. Au début, pour sécuriser, on atterrit dans une fosse, un énorme tapis mousse. Mais ça, c’est réservé aux entraînements !

Quand le coach sécurise physiquement le/ la gymnaste, il s’agit d’une parade – d’autant plus complexe pour les acrobaties avec vrilles. Rien ne se fait au hasard. Même dans une «petite» compétition, il faut respecter l’ordre de rotation olympique dans lequel les gymnastes passent aux agrès.

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