À 32 ans, Dounia Leghrairi, connue sous le nom de Dounia Lhr, est devenue la première femme au monde à réussir la croix de fer. Fondatrice de l’application Spaurt, dédiée à des routines professionnelles de force, de gymnastique, de conditioning et d’endurance, elle revendique un parcours autodidacte guidé par une seule idée : rendre le sport accessible à tous. Rencontre. PROPOS RECUEILLIS PAR VANESSA MAUREL. Extrait du WOMEN SPORTS N°39.

WOMEN SPORTS : VOUS ÊTES LA PREMIÈRE FEMME AU MONDE À RÉUSSIR LA CROIX DE FER. POUVEZ- VOUS NOUS EXPLIQUER CE QUE REPRÉSENTE CETTE FIGURE ET POURQUOI ELLE EST SI DIFFICILE ?
DOUNIA LEGHRAIRI : Je suis très honorée d’être la première femme à avoir réussi ce mouvement, que je veux désormais faire homologuer par le Guinness Book des records. Mon exécution a déjà été validée par la Fédé- ration internationale de Gymnastique, ce qui est un immense accomplissement en soi. Mais le Guinness impose des critères encore plus stricts, que je travaille en ce moment à atteindre. La croix de fer symbolise l’accès des femmes à des disciplines de force long- temps jugées hors de portée. Je suis fière de montrer que rien n’est impossible avec du travail, de la discipline et de la persévérance.
COMMENT AVEZ-VOUS VÉCU LE MOMENT OÙ VOUS AVEZ RÉUSSI LA FIGURE POUR LA PREMIÈRE FOIS ?
J’ai ressenti une immense fierté, mais aussi un grand soulagement. Des mois de travail sans rater un seul entraînement, une diète stricte, une récupération maîtrisée… Tout prenait enfin sens. C’était plus qu’une performance : un tournant dans ma carrière, une porte d’entrée vers le haut niveau et de nouvelles opportunités.
QU’EST-CE QUI VOUS A MOTIVÉ À VOUS LANCER DANS UN DÉFI JUSQUE- LÀ EXCLUSIVEMENT MASCULIN ?
Avant tout, la curiosité et la recherche du dépassement. J’aime découvrir de nouvelles capacités physiques et repousser mes limites. Cet exercice m’a surtout permis de me prouver que je pouvais atteindre un objectif considéré comme inaccessible pour une femme. C’est exigeant, ludique, et incroyablement gratifiant.
QUE SYMBOLISE CETTE RÉUSSITE POUR VOUS, EN TANT QUE FEMME ET EN TANT QU’ATHLÈTE ?
C’est une victoire personnelle, mais aussi symbolique. Cela représente l’ouverture d’une nouvelle voie vers des prouesses tech- niques jusque-là réservées aux hommes. Cette réussite me donne beaucoup d’espoir pour la suite, et j’espère qu’elle inspirera d’autres femmes à croire en leur potentiel.
COMBIEN DE TEMPS VOUS A-T-IL FALLU POUR ATTEINDRE CE NIVEAU ? POUVEZ-VOUS DÉCRIRE VOTRE PARCOURS D’ENTRAÎNEMENT ?
J’ai commencé à travailler la croix de fer en août 2024 et réalisé mes premières tentatives en décembre. De décembre 2024 à juin 2025, j’ai affiné ma technique pour répondre aux critères du Guinness Book. En juin, j’ai fait ma première tentative officielle à l’INSEP, un moment de grande fierté. Au total, c’est déjà un peu plus d’un an de travail, et je continue à peaufiner chaque détail pour la validation officielle du Guinness.
QUELS ONT ÉTÉ LES PLUS GRANDS DÉFIS PHYSIQUES ET MENTAUX RENCONTRÉS ?
Le défi majeur a été de maîtriser l’arrêt du mouvement au degré exact demandé. Pen- dant des mois, je n’arrivais pas à stabiliser la figure à la bonne hauteur. Cette incertitude était difficile mentalement, tout autant que l’exécution physique. Ce n’est que quelques jours avant ma première tentative que j’ai réussi à tenir l’angle parfait.
AVEZ-VOUS ÉTÉ ACCOMPAGNÉE PAR UN COACH OU UNE ÉQUIPE TECHNIQUE, OU AVEZ-VOUS CONSTRUIT VOTRE MÉTHODE SEULE ?
J’ai dû concevoir ma méthode seule, car je n’ai pas été acceptée dans les gymnases ni dans les sections masculines. J’ai eu quelques conseils ponctuels d’un coach en gymnastique artistique, mais toute la programmation vient de moi. Je me suis inspirée de nombreuses vidéos et ana- lyses sur YouTube, c’est d’ailleurs ce qui m’a poussée à rendre ces méthodologies accessibles via Spaurt.
COMMENT GÉREZ-VOUS LA DIMENSION PSYCHOLOGIQUE D’UN TEL EXPLOIT : LA PRESSION, LA PEUR DE L’ÉCHEC, LE REGARD DES AUTRES ?
Dès le début, j’ai choisi d’être totalement transparente avec mon public : progrès, difficultés, échecs… tout. Cette honnêteté a créé une forme de pression, car je ne voulais pas décevoir. Mais je n’ai jamais eu peur d’échouer. Je crois profondément que le travail finit toujours par payer. Quant au regard des autres, il ne m’a jamais frei- née. Avec du temps, de la rigueur et de la persévérance, on peut tout accomplir. La preuve.
Y A-T-IL EU UN MOMENT OÙ VOUS AVEZ PENSÉ À ABANDONNER ?
Jamais. L’abandon n’a jamais fait partie de mes options. Quand je me lance dans un projet, je vais jusqu’au bout, peu importe les obstacles.
RECEVEZ-VOUS DES MESSAGES DE FEMMES OU D’ATHLÈTES INSPIRÉES PAR VOTRE PARCOURS ?
Oui, énormément. Des femmes, des jeunes athlètes, des mères qui me disent que j’inspire leurs filles. Certaines m’écrivent qu’elles croient désormais que c’est possible pour elles aussi, et j’en suis convaincue. Beaucoup d’hommes me sou- tiennent également, ce qui montre que ce type de réussite dépasse largement la question du genre.
PENSEZ-VOUS QUE VOTRE PARCOURS PEUT CONTRIBUER À CHANGER LA PERCEPTION DE LA FORCE FÉMININE DANS LE SPORT ?
Absolument. Il est essentiel de montrer l’exemple, de prouver que la force fémi- nine n’a pas de limite autre que celle qu’on s’impose. Quand on travaille dur et qu’on s’implique sincèrement, il n’y a aucune rai- son d’échouer. C’est cette conviction que j’essaie de transmettre.
VOUS PRÉPAREZ UNE TENTATIVE DE RECORD HOMOLOGUÉE PAR LE GUINNESS BOOK. OÙ EN ÊTES- VOUS ?
Pour cette reconnaissance officielle, j’ai constitué un jury d’experts, dont un juge agréé de niveau 2 par la FIG. Mon mou- vement a été validé par ces spécialistes, mais le Guinness impose une version en- core plus exigeante : un angle exact de 90°, une précision atteinte par très peu d’athlètes. Je travaille donc à ce niveau de perfection. Cela demande une rigueur extrême : nutrition serrée, récupération optimisée, prévention des blessures, et surtout une gestion mentale solide. Je m’entraîne cinq fois par semaine, dont deux séances dédiées à la croix de fer et trois au renforcement. J’ai aujourd’hui ac- cès à un portique agréé FIG, ce qui m’aide énormément. Mon objectif est d’obtenir la validation avant Noël 2025 et je ferai tout pour y parvenir.
QUEL MESSAGE SOUHAITEZ-VOUS TRANSMETTRE AUX JEUNES FILLES, AUX SPORTIVES, ET À TOUTES CELLES QUI DOUTENT DE LEUR FORCE ?
De croire en elles, d’oser, d’avancer. Ma conviction m’a portée jusque-là. Avec du travail, de la patience et de la discipline, tout devient possible. Je vois ma progres- sion chaque semaine, et je suis convain- cue que de nombreuses femmes peuvent y parvenir. Le mental est la clé : lorsqu’on travaille son esprit, on ouvre réellement le champ des possibles.









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