On en rêve partout en France : une école de la seconde chance, où le sport révèle, pour grandir professionnellement, socialement, et individuellement. Diandra Tchatchouang l’a fait avec le parcours Take Your Shot. Immersion.
Par Léa Borie, Extrait de Women Sports magazine n°38 octobre-novembre-décembre 2025
Nous étions il y a quelques mois à la Courneuve pour un évènement spécial. Take Your Shot a organisé un Girls Talk, en recevant la jeunesse en grande pompe. Les jeunes femmes du 93 invitées ont pu entendre le témoignage de Grace Wembolua, basketteuse paralympique franco-congolaise, venue raconter son parcours hors du commun. À chaque mot, elles hochent la tête : oui, on peut se reconstruire, même quand la vie vous a cassées. C’est comme ça qu’on a découvert cet accompagnement par le sport. On vous embarque dans cette école pas comme les autres. Pas besoin de stylo, pas de notes, pas de sanction : ici, il suffit d’oser se relever.
Take Your Shot, La vraie école de la seconde chance, grâce au sport !
La vraie école de la seconde chance, grâce au sport ! Nous voici en Seine-Saint- Denis, en banlieue parisienne. Dans le complexe sportif Jean Guimier à La Courneuve, l’ambiance est électrique : une quinzaine de jeunes femmes en survêt’ rient, soufflent et s’encouragent à chaque burpee. La coach, Alexandrine, enchaîne les consignes : « Encore dix secondes, vous pouvez le faire ! » Les filles grimacent, mais ne lâchent rien. Puis vient le moment du relâchement, allongées au sol, un sourire aux lèvres. Fières. Elles le sont, c’est certain. Que de chemin parcouru aux côtés des intervenants de Take Your Shot… Oui, on vous l’a dit, c’est une école toute particulière.
Une école… qui n’en n’est pas une ! Et c’est bien aussi
Take Your Shot n’a pas commencé comme une ‘‘école’’. En 2017, Diandra Tchatchouang, alors joueuse professionnelle de basket et internationale française, imagine une journée d’initiation pour les adolescentes de son quartier, à La Courneuve. L’idée est simple : donner aux jeunes filles une chance d’approcher le sport, de prendre confiance et de s’inspirer de modèles féminins. Mais très vite, l’événement grossit. « J’ai grandi ici, raconte Diandra. À l’époque, je voyais trop de filles disparaître des terrains. Entre stigmatisation, manque de confiance et pressions sociales, beaucoup abandonnaient. Je me suis dit : de quel événement aurais-je eu besoin moi, à 14 ans ? »
En 2022, lorsque la basketteuse met un terme à sa carrière – ponctuée d’une médaille olympique à Tokyo – elle décide de transformer ce rendez-vous annuel en un programme plus ambitieux. Enfin, plutôt, d’ajouter une démarche très ambitieuse. Take Your Shot devient une école gratuite de quatre mois, destinée aux jeunes femmes de 16 à 25 ans déscolarisées, sans emploi, parfois isolées. Un public invisible, particulièrement vulnérable : selon l’Observatoire national des territoires, une fille issue des quartiers populaires a deux fois plus de risques d’être inactive qu’un garçon, et nettement plus qu’une fille vivant ailleurs.
Face à ce constat, l’école se fixe une mission claire : offrir une seconde chance à celles que la société a laissées au bord du chemin. Ici, on ne promet pas de miracle, mais une méthodologie fondée sur trois piliers – sport, éducation, insertion professionnelle – et sur des valeurs essentielles : dépassement de soi, sororité, confiance.
La vie à l’école façon Take Your Shot
On imagine d’ici, des jeunes femmes qui arrivent, timidement, rêveuses, ou en traînant un peu des pieds, casque vissé sur les oreilles, regard fuyant ou plein de défi. Certaines n’ont plus mis un réveil depuis des mois. « Le plus difficile, c’est souvent de franchir la porte », glisse Alexandrine. Mais une fois les baskets chaussées, le corps fait le reste. Squats, pompes, course par équipes : la sueur coule, les rires fusent. « Au début, elles doutent. Mais à la fin d’une séance, elles se rendent compte qu’elles sont capables de choses qu’elles n’imaginaient pas », explique la coach.
Après le sport, place aux ateliers. Informatique, prise de parole en public, coaching en image, immersion en entreprise, suivi psychologique : l’idée est de reconstruire la confiance, pas seulement physique mais aussi intellectuelle et professionnelle. On veut qu’elles repartent avec des compétences concrètes, mais surtout, avec la conviction qu’elles ont de la valeur », précise Diandra la fondatrice.
Le programme s’ouvre à d’autres disciplines grâce à des invitées inspirantes. Il y a aussi les sports en équipe. Lors d’un match en fin de semaine, le ballon circule. Une joueuse ose, et marque. C’est exactement ça, Take Your Shot, pour ces joueuses en herbe : apprendre à saisir sa chance. Prendre le tir… et viser la vie avant tout.
Et puis, il y a les bonus hors programme. Les pépites. Comme ce “Girls Talk” auquel nous avons assisté. Les participantes ont ainsi rencontré Grace Wembolua. Rescapée d’un incendie dans son enfance, amputée des deux jambes, elle raconte comment le sport paralympique l’a révélée : « On a commencé à me voir comme une athlète, et non plus comme une handicapée. » Devant elle, les jeunes femmes boivent ses paroles. « Ce jour-là, j’ai vu des regards s’illuminer, se souvient Diandra. C’est exactement pour ça qu’on fait tout ça. »
Les histoires de transformation sont nombreuses au sein de l’école. L’équipe encadrante y repense souvent. Maeva, 20 ans, qui se pensait “bonne à rien”, est aujourd’hui en alternance en pâtisserie et a même remporté un concours animé par Norbert Tarayre ! Aïcha, passionnée de mode, a fait un stage auprès d’une styliste de la Fashion Week et vient d’intégrer une école de design. Patricia, qui ne sortait plus de chez elle depuis un an, a retrouvé le chemin des études et prépare une licence pour devenir interprète.
« Quand une fille retrouve confiance en elle, elle entraîne les autres avec elle », confie Alexandrine. Pour prolonger cet élan, les anciennes restent en lien avec les nouvelles via un groupe WhatsApp. « On veut créer une vraie communauté. La transformation ne s’arrête pas au bout de quatre mois. », ponctue la fondatrice.
Résultats et perspective de Take Your Shot : et la suite ?
Depuis sa création, Take Your Shot a accompagné une quarantaine de jeunes femmes. Les résultats parlent d’eux-mêmes : la plupart ont repris un emploi, une formation ou des études. Certaines ont même trouvé leur voie dans leur passion. « Notre objectif premier, c’est qu’elles repartent actives », rappelle Diandra. Mais le projet reste fragile financièrement. Les financements reposent encore beaucoup sur des appels à projets et le soutien des collectivités locales.
Pour se pérenniser, l’école doit séduire des partenaires privés. « On rêve grand, assure Diandra. Pourquoi pas une antenne dans chaque grande ville de France ? Le besoin est partout. » En attendant, on guette le début de la prochaine session de formation d’ici la fin de l’année, alors que l’évènement annuel auprès des plus jeunes a lieu le 12 octobre, autour de la journée internationale des filles.
Portrait croisé, Diandra & Alexandrine : transmettre, défier
Diandra Tchatchouang, 34 ans, n’a jamais cessé d’être une passeuse. Sur les parquets, elle distribuait des ballons. Avec une énergie dingue. Aujourd’hui, elle distribue des chances. Avec tout autant d’énergie. « Tomber fait partie du processus », aime-t-elle répéter aux jeunes femmes. « Le plus important, c’est de se relever. » Elle le sait mieux que quiconque : dans sa jeunesse, certaines de ses amies d’enfance n’ont pas trouvé les mêmes opportunités. Beaucoup ont vu leurs rêves stoppés par un accident de parcours, une grossesse non prévue, une absence de soutien… « Je veux qu’aucune ne se sente condamnée. » Son combat : pérenniser, essaimer.
À ses côtés, Alexandrine Antoine incarne l’autre pilier du projet. Ancienne basketteuse elle aussi, diplômée d’un BP JEPS, elle entraîne les participantes avec autant de rigueur que de bienveillance. « Je ne viens pas en formatrice, mais comme une grande soeur. Je veux qu’elles se sentent libres, qu’elles puissent parler sans tabou. » Les jeunes femmes voient en elle un modèle de résilience. Elle-même a connu des blessures, des traumatismes. « Je veux qu’elles comprennent qu’un mauvais départ ne définit pas toute une vie. » Elle arrive ainsi à créer autour d’elle une safe place pour ces filles, afin qu’elles gagnent petit à petit en confiance en elles et qu’elles se dépassent.
Entre la fondatrice visionnaire et la coach de terrain, la complicité est évidente. L’une trace la route, l’autre marche à côté des participantes. Ensemble, avec tous les bénévoles investis à leurs côtés, elles bâtissent une école où chaque victoire, même petite, est célébrée. Bien sûr, rien, ne serait possible dans l’association sans toutes ces âmes volontaires, une équipe complice, motivée pour faire changer les choses. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter.
