Enquête : Quand la gym fait grandir les enfants… et les parents

Entendu à l’entraînement – Clarisse, 7 ans, s’écrie : « Je viens d’essayer un ‘‘maillot de record’’ ! » lors des essais de justaucorps avant compétition. La gymnastique est un sport magnifique… mais exigeant. Elle demande concentration, précision, courage, sang-froid, maîtrise et acceptation de son corps. Des qualités qui s’acquièrent au fil des heures au gymnase, parfois avant même d’avoir perdu sa première dent ! Le rôle de la famille est alors crucial.
Par Léa Borie, Extrait de Women Sports magazine n°39 – janvier-février-mars 2026

Être entraîneur, c’est accompagner les enfants… et leurs parents. Certains tentent d’aider leurs enfants par la fenêtre en leur mimant quoi faire, voire descendent carrément en salle. D’autres réclament que leur enfant fasse de la compétition… Alors il faut souvent expliquer : votre enfant ne pourra pas aller en compétition… même si sa copine de classe du même âge y va. Dans un groupe, certaines feront de la compétition, d’autres resteront en loisir avec quelques rencontres amicales. Cela peut créer de l’incompréhension. Pourtant, passer par des compétitions amicales aide à éviter la déception d’^^etre à la fin du classement.

« Ça nous laisse aussi le temps de travailler sur la peur », explique Florence, entraîneur. Suspendues sur une poutre ou aux barres à 2 m du sol, dès petites, les gymnastes doivent apprendre à se dépasser, à vaincre leurs appréhensions. Souplesse, puissance, grâce, précision : tout y passe.

La pédagogie, c’est toute l’année

« En cas de sanction d’une gym pour comportement dangereux ou inapproprié, on va toujours voir les parents après le cours, souligne Florence. C’est important qu’ils aient confiance en nous ». Les jeunes gyms oscillent entre excitation et maturité encore en construction. Pour les parents, c’est souvent un autre défi : comment encourager sans projeter ? Comment soutenir sans transmettre ses propres angoisses ? Accompagner, rassurer, gérer le trac sans en rajouter…

À chaque compétition, ils cherchent la «bonne pression» qui soutient sans étouffer, la place juste que la gymnastique – et tout sport de haut niveau – rend parfois difficile à trouver. Dans les gradins des compétitions GAF, on croise des familles entières qui vivent au rythme des challenges : doudou serré d’avant d’entrer sur le plateau, larmes d’appréhension qui supplient de rejoindre leurs parents, puis yeux brillants à la sortie. Des jeunes filles ensuite, excitées par la magie de ce sport et l’envie de progresser pour ressembler à leurs idoles.

Certaines mamans replongent dans leurs souvenirs en justaucorps. Comme Marie et sa fille Lucie, rencontrées en coulisses du Moreau Sport Gym Paris. La première reprend la gym adulte pour le plaisir, la seconde enchaîne les compétitions. Elles incarnent cet attachement transgénérationnel que peut créer ce sport. WS La gymnastique est un sport magnifique… mais exigeant. Elle demande concentration, précision, courage, sang-froid, maîtrise et acceptation de son corps. Des qualités qui s’acquièrent au fil des heures au gymnase, parfois avant même d’avoir perdu sa première dent ! Le rôle de la famille est alors crucial.

Interview croisée mère-fille passionnée

Elles ont vécu Bercy de l’intérieur : les échauffements, l’ambiance électrique, les agrès impressionnants. Marie et sa fille Lucie, 10 ans, écarquillent les yeux. Un moment rare offert à Lucie après un stage d’été avec Marine Boyer. C’est là qu’elle avait gagné sa place pour être dans la Golden Tour. Le duo illustre une question clé : comment accompagner un enfant passionné… sans jamais le pousser ?

La gym, de génération en génération

Comment en êtes-vous arrivée à la gym ?

MARIE : J’ai fait de la gymnastique petite, j’en refais même aujourd’hui en groupe adulte. Quand Lucie a voulu essayer, ça m’a replongée dans mes souvenirs. Je retrouve mes anciens coachs contre lesquels elle matche. Elle est dans un club rival de mon époque ! La gym, c’est un fil qu’on déroule entre générations.

LUCIE : Ça fait cinq ans que j’en fais maintenant, au sein du club L’Etelloise Gymnastique (club  FSCF), dans le Morbihan. J’aime surtout le sol, travailler des mouvements pour les compétitions, et être avec mes copines.

« On ne pousse pas… mais on accompagne »

Lucie fait de la compétition depuis toute jeune. Comment gérer ce que ça implique ?

MARIE : Je ne l’ai jamais forcée. Elle faisait déjà de la danse. On a essayé la gym pour elle, et ça a matché. Aux premières compétitions, elle était déçue si elle ne réussissait pas. J’ai dû expliquer que certaines filles s’entraînaient trois fois par semaine, quand elle n’en faisait qu’une. Avec le temps, elle a compris. L’accompagner, c’est surtout l’aider à gérer les émotions.

LUCIE : J’avais un peu peur au début des compétitions. Maintenant, je stresse moins. Notre coach nous dit de fermer les yeux et de penser à ce qu’on va réussir. Et puis on a une mascotte : un petit nounours en justaucorps ! Il vient avec nous sur le plateau. 

« Le stage avec Marine Boyer m’a fait grandir »

Ton stage de gym l’été dernier t’a aidé aussi à être plus à l’aise Lucie ?

LUCIE : Oui ! Cet été, je suis partie une semaine en stage de gym à La Rochelle. Je ne connaissais personne, mais je me suis fait plein de copines. Marine Boyer nous aidait à progresser : la rondade flip au sol, les bascules aux barres, la roue en poutre…

MARIE : Plus sûre d’elle : on a trouvé Lucie transformée. Elle est à un âge où il est compliqué de savoir comment on est perçue. Le stage l’a aidée à prendre confiance. 

« Une passion qui prend du temps, mais qui n’est jamais vécue comme une contrainte »

Cet investissement, c’est du temps. Comment gérez-vous ?

MARIE : Les compétitions prennent quelques week-ends, mais ça ne nous dérange pas. J’adore ce sport. C’est du temps en famille. Et je peux organiser mon planning de travail : j’ai ma propre entreprise, donc je m’adapte. Tant qu’elle aura plaisir à y aller, on suivra. Sans pousser. Juste en étant là.

LUCIE : Je ne sais pas encore ce que je veux faire plus tard, mais je veux continuer la gym le plus longtemps possible.

Quitter la version mobile