Entre bénévoles indispensables et jeunes en formation, la gymnastique française fait face à un défi : former suffisamment et mieux. Dans un sport où la précision se joue au millimètre, l’encadrement n’improvise rien. Plongée au cœur d’un système en mutation.
Par Léa Borie, Extrait de Women Sports magazine n°39 – janvier-février-mars 2026
Former celles et ceux qui font tourner les clubs : grand chantier, toujours ouvert, de la FFGym. Depuis un an, la formation passe à la vitesse supérieure ; nouveaux modules, exigences renforcées. Un mot d’ordre répété dans les couloirs fédéraux : professionnaliser. On ne peut maintenir un sport aussi technique sur un bénévolat majoritaire. Et pourtant, les bénévoles (au nombre de 8 500 rien qu’à la FFG !) sont cruciaux. Sur le terrain, les clubs jonglent entre entraîneurs diplômés (FFG/STAPS) et bénévoles passionnés. Dans un contexte marqué par les enquêtes internationales sur les violences, la Fédération place l’éthique en premier module de toute formation. Une évolution saluée.
Les diplômes d’État de gymnastique ouvrent les portes du haut niveau, mais demandent un investissement lourd, en temps et financier. Les formations fédérales des bénévoles introduisent vite à la vie du club, mais n’absorbent plus la demande. « Le vrai sujet, c’est qu’on manque d’encadrants », confie Jérôme Mainguy, directeur de la formation à la FFG. Entre professionnalisation nécessaire, bénévolat indispensable et attentes croissantes des familles, la filière avance en cherchant son équilibre. D’autant que tous les 4 ans, la brochure évolue, avec des changements à prévoir en septembre 2026.
Témoignage Manon, étudiante En BPJEPS
Ce que les parents ne voient pas : la pression de la sécurité et la charge mentale créative des entraîneurs nouvelle génération.
« J’ai commencé à entraîner à 15 ans, pour aider… Et puis, pour gagner de l’argent, j’ai voulu me professionnaliser. Aujourd’hui, je suis en BPJEPS AGA en alternance à la Convention Gymnique de Lyon, et dans mon club, l’ASLGC à Villeurbanne. Ce qui m’a surpris ? La sécurité et l’éthique sont omniprésentes. Un mot, un geste, peut être mal interprété. La fédération veut limiter à tout prix les accidents graves et les situations ambiguës. En plus de ça, il faut être créatif, en rendant les ateliers ludiques pour garder les enfants captifs. Le plus dur ? parler devant 30 élèves qu’on ne connaît pas et être claire de suite. Mais voir un enfant réussir, ça vaut tout. »
3 QUESTIONS À… Jérôme Mainguy, directeur de la formation & de l’emploi à la FFGym
« L’entraîneur doit accepter une remise en question permanente »
Quels profils recherchez-vous pour devenir entraîneur ?
La gym est une activité normée, chaque erreur compte. On cherche des personnes persévérantes, capables d’écouter leur athlète, d’analyser les gestes. La technicité impose une remise en question permanente.
Comment évoluent les formations au sein de la ffgym ?
Tous les quatre ans, le code change dans nos neuf disciplines. Et pour la première fois, on lance une formation continue pour nos 5 000 entraîneurs salariés. L’objectif : rester au niveau technique et éthique.
Quels sont les grands défis de la fédération ?
La demande dépasse l’offre. On renforce les parcours professionnels et la qualité de nos formations car une association fonctionne par projet collectif.
Reportage au plus près du terrain
Un samedi matin d’hiver, nous nous sommes rendus à un entraînement au complexe multisports Grands Champs à Sain-Bel, proche de Lyon. Ce complexe sportif est mis à disposition des associations sportives du territoire hors du temps scolaire. Plusieurs clubs s’y entraînent simultanément.
Nous y rencontrons Florence Senot, une quinquagénaire pour qui la gym n’a plus de secret. Même si elle n’entraîne pas ce jour-là, ses collègues entraîneurs viennent la solliciter. Il faut dire que Florence a commencé la gym il y a… 45 ans : à 5 ans, au sein du même club, l’ASC Savigny, au même titre que la présidente actuelle du club, Marilyne Granjon. Au lycée, l’envie d’entraîner l’appelle. Voilà plus de 30 ans qu’elle investit soirées, mercredis, weekends, pour faire vivre le club. La gym est une histoire de famille. Sa maman est trésorière du club depuis autant d’années ; sa fille Emy marche dans ses pas.
Ce qui la tient ? La force du collectif entre coachs. L’effet de groupe, elle le recherche aussi en accompagnant ses «gyms». « J’aime le double aspect individuel et collectif de ce sport. Mais pour moi, la cohésion d’équipe prime. C’est pourquoi je préfère monter des équipes homogènes ».
Ce qui la challenge ? Un niveau gymnique en constante augmentation. Heureusement, les équipements modernes (fosses, mousses, élastiques d’apprentissage…) facilitent le travail mais nécessitent de bien préparer les séances. Ça n’empêche gainage et jetés de bras : car pour Florence, pas de flip-salto sans fondations ! Son rôle dans le club ? Prendre les plus jeunes (mini-enchaînements de 6/7 ans, après babygym), pour les accompagner plusieurs années. « Par exemple, le groupe de jeunes filles de niveau 5 qu’on voit aujourd’hui, je les ai depuis leurs 5 ans, et cette année, elles fêtent leurs 10 ans ! » Mya, Cléo, Clem, Mayline, Alice, Lisana… ont déjà participé à un stage à Villefranche en compagnie de Coline Devillard, Ming Gherardi Van Eijken et Marine Boyer. La classe !
Formations professionnalisantes By FFGYM
- › CQP AAG animateur des activités gymniques – diplôme de branche 3 options : acrobatiques, expression, et éveil gymnique pour la petite enfance
- › BPJEPS AG niveau Bac
- › DEJEPS niveau Bac+2
- › DESJEPS niveau Bac+3, pour entraîner l’élite
L’AGF en chiffres
- L’Académie France Gymnastique, organisme de formation de la FFGym, s’est dotée d’un Centre de formation d’apprentis pour les jeunes.
- 1 500 bénévoles formés/an
- 300 professionnels en formation continue
