Elle a défié la gravité dans les half-pipes, enchaîné les succès aux JO (deux médailles d’argent), en Coupe du monde et aux X Games. Elle a aussi été consultante pendant les JO de Milan-Cortina sur France Télévisions, vous n’avez pas pu la rater ! Dernièrement, Marie Martinod a tenté un autre saut périlleux : la politique locale. Candidate aux Municipales à la mairie d’Aime-la-Plagne, en Savoie, elle n’a pas décroché l’écharpe de maire, battue au second tour avec 24% des voix. Mais elle a fait preuvre d’un engagement citoyen qui l’honore. Retour sur cette expérience. PAR RUBEN DIAS. Extrait du WOMEN SPORTS N°40.
Marie Martinod n’a pas at- tendu d’être adulte pour se lancer dans l’action. « Je suis cette nana qui était déléguée de classe de la sixième à la terminale. J’ai été conseillère générale jeune pour le département de la Savoie quand j’étais collégienne », raconte-t-elle avec cette manière de mélanger sérieux et spontanéité. Défendre les autres, organiser, ne pas rester spectatrice : voilà ce qui l’a toujours animée. « Je n’ai jamais supporté l’injustice. »
Et puis, il y a eu le ski. Le vrai, le spectaculaire. Elle commence à deux ans et demi, s’enflamme devant les épreuves d’Albertville 1992, et s’élance dans le half-pipe avec une énergie presque viscérale. La carrière est fulgurante : médailles, X-Ga- mes, globes de cristal. Puis, la maternité à 22 ans en 2007. Un bar à La Plagne, une parenthèse. Après l’annonce de l’entrée de l’épreuve de l’half-pipe au programme JO, elle se laisse convaincre par Sarah Burke, ancienne championne du monde, et rechausse les skis.
Le sport, école de la vie… et de la politique
Marie l’affirme, une carrière d’athlète de haut niveau forge une vision et des compétences pour la politique. « Il y a tout un côté management d’équipe que l’on sous estime… puis dans le sport tu fixes des objectifs. À court terme, à moyen terme, à long terme. C’est un exemple, mais moi, ça m’a beaucoup aidé dans toute la campagne. »
Elle sait s’entourer, répartir les rôles, féliciter, motiver, accepter la défaite. « Le sport, ça apprend à perdre autant qu’à gagner. » La comparaison avec la politique surgit naturellement : « En politique, tu ne peux que croire en ton projet et faire en sorte de délivrer le meilleur, en fonction du projet que t’avais décidé d’écrire. »
L’athlète devient citoyenne, mais la discipline reste la même : préparer, s’entraîner, livrer. « L’idée, c’est pas d’être élue. L’idée, c’est de proposer un projet, de l’expliquer du mieux possible aux gens. Et si c’est le bon projet, s’il match avec ce que les personnes attendent de leur futur, ils voteront pour nous et on gagnera. Mais ça sera la résultante. »
Et puis, il y a la sincérité. « Le sport, ça ne triche pas. Si tu gagnes, c’est que tu as été le ou la meilleur(e). Là-dessus, je porte des valeurs de sincérité et de vérité qui sont quand même appréciables en ce moment dans la politique. »
L’engagement sur le terrain
Depuis 2019, Marie est adjointe au maire et vice-présidente de sa communauté de communes. La montagne, dit-elle, n’est pas un simple décor. « Vivre en montagne est une chance, un bien-fait physique, moral, social et économique. C’est devenu une responsabilité phrases que j’ai entendues tout au long de la campagne. C’est une problématique énorme ici ». Des constats concrets qui forgent la conscience politique.
Le Vestiaire : laboratoire de démocratie
Pour Marie, la politique, ce n’est pas juste des réunions ou des discours. C’est un lieu, concret, physique, où l’on se retrouve, échange et construit ensemble. Ce lieu, c’est Le Vestiaire. « Au départ, j’avais envie d’avoir un endroit qui nous ressemble, où on puisse travailler avec les colistiers. Et que ce soit ouvert à tous pour venir challenger nos idées. »
70 ou 80 m2 de murs recouverts de post-it, chaque mur un thème : logement, tourisme, culture, sport. Les idées se frottent, se confrontent, se complètent. « C’était notre cerveau. Et puis pendant les vacances de Noël, on a rédigé le programme en partant vraiment de ça. » Aujourd’hui, l’espace continue de vivre : réunions, rencontres,
discussions ouvertes. « Dans le vestiaire, le match se joue. Il y a des causeries qui galvanisent des gens, qui transforment des gens. »
Transmission, engagement, fair-play
Trois mots qui résument le parcours de Marie, qu’elle relie à son passé d’athlète et à son présent de politique :
Transmission : « C’est le truc le plus chouette que tu puisses vivre en tant que parent, professeur ou coach. Réussir à donner à quelqu’un d’autre ce que tu sais ou ce que tu as appris, parce que lui ça l’enrichit et toi ça ne t’appauvrit pas. »
Engagement : « C’est dans mon ADN. S’engager, c’est aussi ma façon de pas subir. C’est ma façon d’avoir pas de regrets. J’ai fait un sport à engagement, quand tu rentres dans le half-pipe et que tu balances des tricks, il faut s’engager physiquement. »
Sport : « Le sport, c’est l’école de la vie. C’est un plaisir de se dépenser, de donner une action à son corps, de faire. C’est hyper libérateur psychologiquement et psychiquement. »
Et puis, le fair-play : ce respect de l’adversaire et des règles qui traverse toutes ses vies. « On se permet jamais de faire ou dire des choses incroyables pour tirer sur l’autre. Moi, j’ai le fair-play. On reste dans la défense d’un projet de société. »
Une transition naturelle
La politique n’est pas un hasard pour Marie, mais une continuité. Elle le dit sans détour : « Il n’y a pas eu de conversion entre athlète de haut niveau et candidate. C’était naturel. Si je n’avais pas eu ma carrière de sportive, je l’aurais peut-être fait avant. C’est un parallèle avec le sport plus qu’une suite au sport. »
Et l’ancienne sportive voit son statut comme un atout… et parfois un défi. «Ça me permet de pousser des portes
intéressantes bien sûr. Quand ma signature indique double médaille olympique, j’ai forcément une oreille plus attentive. Mais parfois, dans ton propre pays, il y a des gens qui te mettent dans une case. Sport = incapable de traiter d’autre chose que le sport. »
L’expérience l’a appris : le plus souvent, c’est un avantage. Le sport a formé la personne, et la personne transmet maintenant son énergie au service de la collectivité. « Le sport t’apprend à être capable de délivrer le meilleur de toi à l’instant T. Et en politique, c’est exactement la même chose. »
Les montagnes à penser
Être élue en montagne, ce n’est pas gérer un village comme un autre. Les saisons, les flux touristiques, le travail et le logement : tout est amplifié. « Là où c’est compliqué c’est que ce n’est pas juste gérer une mairie de 4 500 habitants. C’est la gestion d’un endroit qui, en plein hiver, reçoit des millions de gens. »
Elle a rencontré les habitants, vérifié ses intuitions, construit des outils numériques et physiques pour faire participer les citoyens. « Proposer la participation citoyenne, c’est croire en l’intelligence collective. Se réunir, se comprendre et décider ensemble, c’est agir efficacement pour l’intérêt général. »
Il y a dans son parcours quelque chose d’inédit et d’intime à la fois. Un mélange de vitesse et de patience, de conquête et de respect. Sa vie d’athlète, de mère, de barmaid, de commentatrice, de politique locale. Chaque épisode nourrit le suivant. « J’ai plusieurs vies dans une vie. » Et dans chacune, le même fil : engagement, sincé- rité, transmission. Le ski l’a préparée à se relever, la politique lui apprend à écouter, comprendre, convaincre. Elle avance, sans se départir de ses valeurs, comme si le half- pipe de sa jeunesse continuait de vibrer sous ses pieds.
