
Longtemps, Solène Callarec a cherché sa place sans vraiment parvenir à se fixer dans une seule passion. Infirmière, puis reconvertie professionnellement, elle a aussi multiplié les expériences sportives, de l’équitation à la gymnastique, en passant par le patinage artistique et la boxe. Jusqu’à ce qu’un saut en parachute, en 2015, change la donne. Ce qui devait être un simple saut en tandem pour son anniversaire s’est finalement transformé en première expérience en solo. Après plusieurs années d’interruption, elle reprend le parachutisme en 2022 et passe son brevet. Depuis, elle saute presque tous les week-ends et dès que les conditions le permettent. Entre adrénaline, liberté, vie de club et confiance en soi, elle raconte pourquoi elle a trouvé dans le parachutisme cette passion qu’elle n’avait jamais cessé de chercher.
Comment as-tu découvert le parachutisme ?
C’était en 2015. J’étais à Royan avec Léna, chez mon grand-père, et pour mon anniversaire, mon père voulait m’offrir un saut en tandem. On y est donc allées et, finalement, Léna (Situations – NDLR) a fait son saut en tandem. C’était aussi le premier jour d’une formation pour apprendre à sauter seule. Il fallait simplement rajouter une centaine d’euros pour pouvoir suivre le cours et, à la fin de la journée, sauter seule.
Du coup, c’est ce que j’ai fait. Ce qui devait être un tandem s’est transformé en premier saut seule. Ça s’appelle une PAC, une progression accompagnée en chute libre. J’ai fait ce saut et c’était génialissime. J’avais une vue sur la mer, c’était incroyable.
Mais je n’ai repris que plusieurs années après, en 2022, lorsque j’ai déménagé à Strasbourg et que j’avais terminé mes études. J’avais un salaire, ce qui m’a permis de m’inscrire à la formation complète, parce que c’est quand même un sport qui coûte assez cher quand on s’y investit beaucoup. J’ai donc repris à zéro et j’ai obtenu mon brevet de parachutisme. Ensuite, il y a plein de petits échelons pour apprendre des figures et progresser. C’est un peu comme en athlétisme, où tu peux faire du sprint ou du marathon : dans le parachutisme, il y a aussi beaucoup de disciplines différentes.
Ton premier saut s’est donc fait très rapidement. Est-ce que tu n’as pas eu peur de te dire que tu allais sauter seule dès le premier jour ?
Ça peut faire peur, c’est vrai. Mais les moniteurs sont vraiment là pour te rassurer et, finalement, c’est le processus normal. Tu te dis que si des professionnels te disent qu’en une journée tu es capable de le faire, tu prends quand même confiance en toi.
Et lorsque tu sautes, tu as deux moniteurs fédéraux qui sautent en même temps que toi et qui te tiennent de part et d’autre pour te stabiliser. L’un d’eux vient devant toi pour te faire des signes et te dire, par exemple, de positionner davantage le bassin ou de serrer les jambes.
Ils te guident également pour l’ouverture du parachute et te demandent de regarder ton altimètre pour connaître ton altitude. Et si tu oublies d’ouvrir ton parachute, le moniteur peut le faire pour toi.
Une fois sous voile, tu n’es pas seule non plus : tu as une oreillette et quelqu’un te guide depuis le sol.
Tu te souviens de ce que tu as ressenti lors de ce tout premier saut ?
Physiquement, j’étais là, mais mentalement, je n’étais plus vraiment là. Je pense que j’étais sous le choc. D’ailleurs, pour mon premier saut, ce n’est pas moi qui ai ouvert mon parachute, c’est mon moniteur.
Il y en avait un qui me stabilisait et un autre qui venait devant moi pour me faire les signes. Je pense que je le regardais vraiment dans le blanc des yeux. Il pouvait transpercer mon âme avec son regard ! Il n’y avait plus rien qui se passait dans ma tête.
Quand j’ai repris en 2022, ça allait quand même beaucoup mieux. Il y avait eu une très longue pause entre les deux, mais certains réflexes étaient restés. J’avais donc dépassé ce choc qu’on ressent lors du premier saut et j’ai ouvert mon parachute. Tout s’est bien passé.

Qu’est-ce qui te fascine aujourd’hui le plus dans le parachutisme ?
Avant tout, c’est un moment avec les copains. Maintenant, on peut sauter à plusieurs et c’est très rare que je saute seule. Je dirais que 99 % du temps, je saute avec quelqu’un. C’est le fait de sauter à plusieurs, de faire des figures et d’évoluer ensemble. Et puis le club dans lequel je suis est une association. On fait des barbecues ensemble, il y a vraiment une vraie vie de club. Ça, j’adore.
Dans le sport lui-même, il y a évidemment l’adrénaline, la liberté, la sensation de voler. Et puis toutes les disciplines qui existent font qu’on ne s’ennuie jamais. Tu peux passer tes week-ends entiers à faire du parachutisme sans que ce soit redondant, parce que le matin tu vas faire un saut complètement différent de celui de l’après-midi. Et l’ambiance du club est tellement bonne que c’est vraiment un lieu de vie très agréable.
Le parachutisme reste pourtant assez méconnu du grand public. Qu’est-ce que cette discipline peut apporter à quelqu’un qui n’ose pas se lancer ?
Ça apporte énormément de confiance en soi. Quand tu te dis que tu es capable de faire quelque chose que tout le monde pense incroyable et inaccessible, finalement, tu te dis : « J’ai réussi. » Ça me donne vraiment beaucoup de confiance en moi, c’est assez impressionnant.
Je pense que les gens n’osent pas, notamment par peur et par ignorance de la discipline. C’est une discipline extrêmement bien encadrée et sécurisée. Finalement, je saute dans le vide, mais il y a beaucoup de sécurité. On a deux parachutes. La plupart des gens me disent : « Mais s’il ne s’ouvre pas ? » Si le premier ne s’ouvre pas, il y en a un deuxième. Et la probabilité que le premier ne s’ouvre pas est déjà extrêmement faible. Alors que les deux ne s’ouvrent pas, c’est encore autre chose.
Pourtant, tu dis avoir le vertige. Comment est-ce possible de faire du parachutisme dans ce cas ?
Oui, j’ai le vertige ! Je suis même incapable de faire un plongeon de cinq mètres. C’est assez fou de dire qu’on a le vertige quand on fait du parachutisme. Mais on m’a expliqué que le vertige, tu l’as lorsque tu touches le sol. Et l’avion, lui, ne touche pas le sol. Pour un plongeon, tu vois le sol et tu sais que tu vas le toucher, donc tu ressens le vertige. Dans l’avion, tu ne l’as pas.

On saute à 4 000 mètres, donc c’est quand même très haut. Au moment du saut, tu peux simplement ressentir pendant deux secondes la même sensation que dans certains manèges, ou lorsque tu prends un dos-d’âne : un petit haut-le-cœur. Mais très vite, tu te rends compte que le vent te porte et que tu voles finalement.
Ensuite, tu ouvres le parachute et là, c’est vraiment le retour au calme. En tandem, tu peux même parler avec ton moniteur. Tout est calme, tu profites de la vue, un peu comme en parapente, puis tu atterris tranquillement.
Quelle place occupe la sécurité dans ta pratique ?
Je me suis toujours sentie en sécurité, mais je pense qu’il ne faut surtout pas prendre trop confiance et se sentir complètement à l’aise. C’est comme en moto : quand tu n’as plus peur de ta moto, c’est parfois là que tu commences à avoir des accidents.
Il faut toujours avoir les règles de sécurité en tête. On apprend à se vérifier et on est vérifié quatre fois avant de sauter. Il y a vraiment des points très importants. Il ne faut surtout pas les oublier et ne pas penser qu’on est invincible.
C’est comme partout : dès qu’on prend un peu trop confiance, ça peut devenir dangereux.
Comment ton entourage a-t-il réagi lorsque tu leur as annoncé que tu faisais du parachutisme ?
Ils ne l’ont pas forcément mal pris. Déjà, mon chéri, je l’ai rencontré là-bas. C’est donc une passion commune que l’on partage. Lui, il a été champion du monde et pratique depuis plus de vingt ans. Il l’a fait à très haut niveau. Mon papa avait aussi déjà fait du parachutisme dans l’armée, à l’époque du service militaire. Il y en avait beaucoup qui en faisaient à ce moment-là.
Et ma maman sait que je suis quand même une casse-cou. J’ai toujours adoré les manèges et les choses comme ça. Donc ça ne l’a pas particulièrement choquée. En revanche, elle n’a jamais voulu faire de tandem. Elle a peur. Mais elle vient me voir, donc c’est déjà bien !
Elle sait aussi que je suis encadrée par Adrien, mon chéri, et je pense que ça la rassure beaucoup.
Le parachutisme reste tout de même un milieu plutôt masculin. Quel message aimerais-tu adresser aux femmes qui hésitent à essayer ?

C’est clairement plus masculin que féminin, mais il y a plein de nanas. Vraiment, je pense qu’il y a de plus en plus de filles qui pratiquent.
Il existe même des bourses pour les femmes. La Fédération française de parachutisme propose des bourses* pour les jeunes et pour les femmes.
Est-ce que le coût de la pratique peut aussi être un frein ?
Ça dépend des clubs, mais la formation coûte environ 1 000 à 1 100 euros. C’est une semaine de formation. C’est un peu comme un permis : une fois que tu l’as, tu as ton permis.
Ensuite, le saut coûte entre 28 et 32 euros selon les lieux. Il faut également ajouter la location du parachute si tu n’en as pas, qui coûte environ 8 euros.
Une fois que tu as ton brevet, tu peux aller sauter ailleurs, à condition évidemment de payer le saut. On conseille quand même de rester en France et dans des clubs agréés par la Fédération française de parachutisme, parce que c’est elle qui nous protège et qui garantit notamment certaines conditions.
J’ai des copines qui sautent en Espagne, par exemple. Il faut vraiment être sûr du matériel et faire attention à l’endroit où l’on saute.
Le parachutisme dépend aussi beaucoup de la météo. Comment cela fonctionne-t-il pour vous ?
On dépend énormément du temps et du beau temps. On perd environ sept degrés tous les 1 000 mètres, donc à 4 000 mètres, ça fait 28 degrés de moins. S’il fait 10 degrés au sol, il fait donc très froid là-haut.
Il vaut mieux qu’il fasse beau et chaud pour sauter. C’est pour ça qu’on a vraiment une saison qui va à peu près de fin mars à fin octobre. Le reste du temps, on est davantage en pause. Personnellement, en novembre, je vais aller dans le sud de la France, vers Cahors, Montpellier, etc., parce qu’il y fera encore très beau. Je pourrai donc continuer à sauter là-bas.
Tu montres aussi beaucoup ton quotidien de parachutiste sur les réseaux sociaux. Est-ce une manière pour toi de faire connaître cette discipline ?
J’aime déjà en parler parce que je suis fière d’en faire et je trouve ça dommage que certaines personnes n’osent pas se lancer. J’ai donc plutôt envie d’être la personne qui les rassure, qui leur montre que tout est possible et que, si tu y crois, tu peux le faire. Il n’y a pas que moi qui peux y arriver.
Et être sur les réseaux m’aide aussi dans ma pratique. Maintenant, je fais des collaborations avec des marques autour du parachutisme. Franchement, être payée pour faire le sport que tu adores, c’est juste incroyable.
Est-ce que tu as justement des retours de personnes qui découvrent cet univers grâce à tes vidéos ?
Oui, clairement. Des gens me demandent combien ça coûte, si c’est possible, comment ça fonctionne. Il y en a même qui me demandent de sauter avec moi.
Mais si on sautait ensemble maintenant, je pense qu’on serait morts ! Pour pouvoir sauter avec quelqu’un, il faut passer un BPJEPS. Ce sont de vraies études, avec des examens, et il faut surtout avoir un minimum de 1 000 sauts. Moi, j’en suis encore loin. Aujourd’hui, j’en suis à environ 250 sauts.
Donc, sauter avec moi peut rassurer les gens, mais non, je ne peux pas encore porter quelqu’un.
As-tu déjà des objectifs pour la suite de ton parcours ?
Je ne me donne pas vraiment d’objectifs sur le long terme. Pour la saison prochaine, j’aimerais déjà accompagner des tandems et faire de la vidéo, c’est-à-dire être la personne qui filme les tandems. On vend le tandem avec une option vidéo-photo. J’aimerais être cette personne qui fait la petite interview au début, qui filme la personne en l’air et qui l’accompagne pendant son saut. Je suis actuellement en formation pour ça et je pense terminer l’année prochaine.
Ensuite, je veux continuer à évoluer, passer des brevets et être de plus en plus à l’aise en l’air. Pour ça, cet hiver, je pense aussi faire de la soufflerie. Dans les grands tunnels, il y a des baptêmes, mais c’est aussi un véritable entraînement pour les parachutistes. Une chute libre en extérieur dure environ 50 secondes, alors que dans un tunnel, tu peux faire, par exemple, une heure dans une journée. Ça équivaut finalement à énormément de sauts en termes de temps passé en chute libre. C’est donc un vrai entraînement.
Pour quelqu’un qui serait tenté mais qui n’ose pas franchir le pas, que lui dirais-tu ?
Il y a déjà des clubs partout en France. Il faut se renseigner et regarder quel est le club le plus proche de chez soi. Il y en a vraiment partout.
Je pense qu’il faut au moins venir ici et faire un tandem. On se rend compte que c’est accessible, qu’on peut y arriver et qu’on n’est pas des surhommes. Je ne suis pas une super-femme de faire ça. C’est possible pour tout le monde.








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