Dans le documentaire Trajectoire, la snowboardeuse Chloé Trespeuch raconte son chemin vers la maternité, entre doutes, PMA et retour au plus haut niveau. Un témoignage intime qui éclaire les défis encore peu visibles des sportives de haut niveau.
Pourquoi avoir choisi de raconter publiquement cette histoire très personnelle autour de la maternité ?
Au début de ma grossesse, j’étais pleine de doutes : comment continuer à m’entraîner, à quel rythme, sans risque pour le bébé ? Il y a très peu de recherches et presque aucun exemple, surtout dans mon sport. Ce qui m’a vraiment aidée, c’est d’échanger avec d’autres athlètes et des médecins spécialisés. Ça m’a libérée : j’ai compris qu’il n’y avait pas que des interdits.
Je me suis alors dit que si moi, j’avais autant manqué de repères, ce serait utile de partager mon expérience pour aider d’autres femmes à vivre ça plus sereinement.
Vous évoquez aussi un parcours médical long. Comment cela a-t-il transformé votre rapport au corps et à la performance ?
Voir son corps changer, alors qu’on le connaît par cœur, c’est déstabilisant… mais aussi très beau. J’ai réussi à concilier maternité et projet sportif, et ça m’a vraiment épanouie.
J’ai profité de chaque étape, pendant et après la grossesse. Être bien physiquement, c’était aussi une façon de transmettre quelque chose de positif à mon bébé. Finalement, ça m’a apporté un vrai équilibre.
Qu’avez-vous appris de nouveau sur votre corps ?
Que je ne contrôlais pas tout, surtout avec la PMA. Je pensais que tout reviendrait naturellement quand je serais prête… mais non. Ça m’a appris à lâcher prise.
Dans le sport, on maîtrise beaucoup de choses. Là, il faut accepter l’incertitude, la patience. Ce sont des apprentissages précieux, même pour la suite.
Quel message adresseriez-vous aux femmes engagées dans un parcours de PMA ?
Je me suis sentie très seule au début, presque coupable. On a l’impression d’être la seule à ne pas y arriver. En réalité, on est nombreuses.
Voir d’autres femmes vivre la même chose m’a donné de la force. Mon message, c’est : ne culpabilisez pas, faites-vous accompagner, essayez de prendre du recul, même si c’est difficile. Et surtout, restez soudés en couple. On a besoin de traverser ça à deux.
Revenir au plus haut niveau un an après une grossesse, c’est un défi énorme. Comment avez-vous adapté votre préparation ?
J’ai appris à respecter davantage mon corps, mes sensations. J’ai misé sur la qualité plutôt que la quantité.
J’ai aussi redécouvert mon corps, notamment toute la sangle abdominale, qu’il a fallu reconstruire en profondeur. L’objectif, c’était de revenir vite, mais surtout bien, sans brûler les étapes.
Êtes-vous satisfaite de la manière dont vous avez géré ce retour ?
Oui, même si tout ne se passe jamais comme prévu. Avec un bébé, il y a beaucoup d’imprévus. Il faut accepter de s’adapter, d’être plus souple.
Mais je suis très heureuse de cette période : j’ai réussi à m’épanouir à la fois comme maman et comme athlète.
La maternité vous a-t-elle rendue plus forte mentalement, comme le disait Mélina Robert-Michon ?
Oui, clairement. Ça donne une force supplémentaire. On relativise davantage les échecs.
Quand je rentre chez moi, je retrouve quelque chose de plus grand que le sport. Ça remet les priorités en place. Et puis il y a cette envie de montrer à mon enfant qu’il faut oser, essayer, sans avoir peur d’échouer.
Le regard sur la maternité dans le sport de haut niveau évolue-t-il selon vous ?
Oui, ça évolue, mais il reste du chemin. Le principal frein, c’est le manque de formation des staffs sur l’entraînement pendant la grossesse.
En revanche, les partenaires sont aujourd’hui plus ouverts qu’avant. Ils accompagnent davantage les athlètes dans leur globalité.
J’ai aussi eu la chance d’être bien entourée, et d’être aidée par l’Agence nationale du sport, notamment pour financer un préparateur physique adapté.
Si vous deviez résumer le message de Trajectoire en une idée ?
Oser. Même sans modèle, même dans l’incertitude.
Tenter, c’est toujours enrichissant. Je n’ai aucun regret : j’ai osé à 100 %.







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