Rencontre – « Welcome au pays de la teranga » : Mamy Mbaye, la voix musicale de Dakar 2026

Choisie parmi une centaine de propositions pour écrire, composer et interpréter Teranga, la chanson officielle des Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026, Mamy Mbaye porte désormais la voix musicale d’un rendez-vous historique : le premier événement olympique organisé sur le sol africain. Entre fierté, responsabilité, souvenirs personnels et désir de rassembler, l’artiste sénégalaise raconte la naissance de cette chanson et le message qu’elle souhaite transmettre aux jeunes athlètes du monde entier.

Quelle a été votre toute première réaction lorsque vous avez appris que vous étiez choisie pour écrire, composer et interpréter la chanson officielle des Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026 ?

Quand on m’a appelée pour me l’annoncer, j’étais en train de dormir ! Je n’ai donc pas eu tout de suite une réaction de « waouh ! », parce que j’étais très fatiguée et que je n’étais pas vraiment consciente de ce qu’on venait de m’annoncer.

C’est après, une fois bien réveillée, que je me suis dit : « Attends, on vient de m’annoncer une grande nouvelle ! »

C’était beaucoup de joie, beaucoup de fierté surtout. C’était vraiment un honneur. Ça a été une très belle journée, déclenchée par cette nouvelle.

Dakar 2026 sera le premier événement olympique organisé sur le sol africain. Avez-vous ressenti, dès l’annonce, le poids symbolique et historique de cette responsabilité ?

Oui, forcément. Être la voix des Jeux Olympiques de la Jeunesse 2026, c’est représenter tout un pays, tout un peuple et même tout un continent. C’est donc une lourde tâche, avec beaucoup de responsabilités.

On a envie de bien faire, de bien accomplir cette mission et de la porter comme il se doit.

Le concours national a réuni une centaine de propositions. Pouvez-vous nous raconter comment s’est déroulé le processus de sélection et à quel moment vous avez compris que Teranga avait été retenue ?

Je ne l’ai compris que lorsqu’on m’a appelée. Avant cela, je n’avais aucun écho. Je ne savais pas comment les sélections allaient se dérouler, ni qui avait proposé quoi.

Moi, j’ai déposé ma chanson et je suis retournée tranquillement à mes activités. J’avais presque oublié que j’avais participé, parce que cela a pris un peu de temps.

Pour moi, j’avais fait ce que j’avais à faire et je me disais : « Que le meilleur gagne ! » Je n’ai donc découvert le résultat que lorsque l’on m’a appelée pour m’annoncer que j’avais été choisie.

Le mot « teranga » est au cœur de l’identité sénégalaise. Comment avez-vous cherché à traduire musicalement cette notion d’hospitalité, de générosité et de partage ?

J’ai simplement essayé de me concentrer sur l’essentiel : cette hospitalité dont nous devons faire preuve envers nos invités, envers tout ce monde qui viendra assister à ce qui va se passer au Sénégal.

Comme on connaît le Sénégal comme le pays de la teranga, c’était quelque chose de naturel à intégrer dans la chanson. Il fallait simplement faire appel à la Sénégalaise en moi, extérioriser cela et parler de cette teranga sénégalaise qui va montrer toute sa beauté à ses invités.

Vous évoquez dans la chanson les stades, les supporters, la fête collective. Avez-vous assisté à des événements sportifs ou vécu des moments particuliers qui ont nourri cette inspiration ?

Quand j’étais beaucoup plus jeune, j’allais parfois voir des matchs, notamment ceux que l’on organisait dans les quartiers, les navétanes. C’était surtout quand j’habitais aux Parcelles, avec l’équipe du quartier, Bocke Dieuf. J’adorais supporter mon équipe.

J’ai aussi vécu un événement beaucoup plus douloureux. Une fois, je devais aller dans un grand stade pour assister à un événement sportif avec un ami. À la dernière minute, je n’ai pas pu me libérer. Il y est donc allé seul. Il a eu un accident et il est décédé.

Cela m’a beaucoup choquée et, depuis, je n’avais plus vraiment essayé de retourner dans des événements sportifs.

Y a-t-il une phrase de Teranga qui résume particulièrement le message que vous souhaitez transmettre aux jeunes athlètes du monde entier ?

La phrase que je dirais, c’est : « Pincez tous vos koras, welcome au pays de la teranga. »

Quand je dis « pincez tous vos koras », c’est comme tirer une sonnette d’alarme. Tout le monde sait que cette phrase s’adresse aux Sénégalais puisqu’elle fait référence à notre hymne. C’est notre touche à nous.

Et « welcome au pays de la teranga », ça veut tout dire. Cela signifie que nous accueillons des athlètes et des invités venus du monde entier et que nous allons les accueillir comme il se doit.

Ils arrivent au pays de la teranga et vont trouver en chaque Sénégalais un frère, même si nous sommes dans le cadre d’une compétition.

Quel rapport personnel entretenez-vous avec le sport ? A-t-il occupé une place importante dans votre enfance ?

Oui, le sport a occupé une grande place dans ma vie. À l’école, je pratiquais le handball, que j’aimais beaucoup et que ma mère avait elle aussi pratiqué. Elle avait participé à des tournois, à des championnats…

Malheureusement, je n’ai pas continué cette discipline. Par la suite, j’ai longtemps pratiqué les arts martiaux, notamment le karaté et le kung-fu. Le sport a donc toujours fait partie de ma vie. Et puis il y avait aussi la danse.

Quel message aimeriez-vous adresser à la jeunesse africaine à travers cette chanson ?

J’aimerais d’abord que l’on fasse preuve de fair-play dans les compétitions, en sachant qu’il y a forcément un gagnant et un perdant.

Quand on gagne, il faut être heureux, bien sûr, mais aussi avoir l’humilité de ne pas chercher à déstabiliser le perdant ou à se moquer de lui. Dans les tournois, cela peut toujours être nous les perdants, comme nous pouvons être les gagnants.

Il faut donc accueillir le résultat, quel qu’il soit, avec beaucoup d’humilité et garder cette ambiance de paix, de joie et de partage. L’objectif, c’est de créer un climat qui nous permette de garder de très bons souvenirs, et de continuer à parler des athlètes, de leurs performances et des échanges qui auront eu lieu pendant les Jeux.

Pensez-vous que la musique et le sport ont un pouvoir commun pour rassembler des personnes qui ne parlent pas la même langue ou ne viennent pas du même pays ?

Mais oui, évidemment ! La preuve, c’est que les personnes qui consultent aujourd’hui mes réseaux viennent de partout dans le monde. Certaines ne parlent pas wolof, d’autres peut-être pas français…

Nous avons tous déjà fredonné une chanson dont nous ne comprenions absolument pas les paroles. Ce sont les mélodies qui peuvent toucher les cœurs. Elles deviennent finalement les paroles de cette chanson.

La musique est une langue universelle. De la même manière, on peut admirer un sportif que l’on ne connaît ni d’Adam ni d’Ève, simplement parce que l’on aime ses performances.

Pour moi, la musique et le sport ont une force que beaucoup d’autres domaines n’ont pas. Ils peuvent rassembler des personnes qui ne viennent pas du même pays parce qu’il y a ce petit quelque chose qui touche chacun d’entre nous.

Votre parcours traverse la musique, la danse et le cinéma. En quoi cette diversité artistique influence-t-elle votre manière de composer et d’interpréter aujourd’hui ?

Je pense que chaque domaine artistique dans lequel j’évolue m’apporte une certaine expérience, bonne ou mauvaise. C’est tout ce condensé d’expériences qui me permet de m’inspirer de tel ou tel événement, de tel ou tel projet.

Cela devient une richesse qui me permet de diversifier mes textes, mes pensées, mes performances et même ma façon de travailler. Je puise dans mes expériences, mais aussi dans ce que je vois autour de moi, dans ce que je rencontre chez moi, chez les autres artistes de mon pays ou chez ceux qui vivent ailleurs.

Vous avez connu un succès important avec le groupe Alif avant de poursuivre une carrière solo. Qu’avez-vous découvert sur vous-même en devenant artiste solo ?

J’ai découvert une force cachée qui était obligée de sortir.

Quand on se bat seule, quand on se construit seule, quand on traverse certains moments difficiles et que des défis se présentent, on est obligée de puiser au plus profond de soi.

Il faut trouver une force pour surmonter les obstacles, se relever quand on tombe et persévérer pour atteindre ses objectifs. Je pense que c’est cette force-là que j’ai découverte : la résilience et cette volonté de toujours pousser pour aller de l’avant.

Après vos nominations au FESPACO et aux Sotigui Awards, puis votre retour musical avec Mounieul, avez-vous le sentiment de vivre une nouvelle étape de votre carrière ?

Oui. Je pense qu’à chaque consécration, on se dit que c’est une nouvelle étape. Parce qu’on reçoit un coup de boost, mais aussi parce qu’on se lance de nouveaux défis.

On se dit : « J’ai pu faire ça, maintenant je vise autre chose. Maintenant, je dois trouver les moyens de persévérer et d’aller plus loin. »

Donc oui, j’ai ce sentiment de vivre une nouvelle étape dans ma carrière, après le FESPACO, les Sotigui Awards, mes expériences dans le cinéma ou encore mon retour avec Mounieul.

Vous êtes la fille de Jimi Mbaye, figure majeure de la musique sénégalaise. Quels enseignements de votre père vous accompagnent encore lorsque vous montez sur scène ou entrez en studio ?

Je pense que sa force a toujours été dans le sérieux, la passion et l’humilité. Il donnait vraiment le maximum de lui-même.

J’essaie, tant bien que mal, de suivre ses pas, de garder ces mêmes valeurs et d’avancer avec elles dans ma carrière.

Donner le maximum de soi-même, ne pas attendre que quelqu’un fasse les choses à notre place, travailler, vraiment travailler, faire ce qu’il faut et ensuite récolter les fruits de ce travail.

Le 31 octobre 2026, lorsque les premiers Jeux Olympiques de la Jeunesse en Afrique s’ouvriront et que Teranga résonnera devant le monde entier, qu’aimeriez-vous ressentir à cet instant précis ?

J’aimerais voir tout un stade vibrer, chanter.

Pour un artiste, c’est un sentiment inimaginable et indescriptible. À chaque fois que l’on fait un concert et que le public interagit avec nous, chante avec nous, c’est un sentiment extraordinaire.

Alors, dans un stade avec autant de monde, je souhaite vraiment que cela me transporte très loin. Que toute cette fierté ressorte. Que ce soit une joie immense, inimaginable.

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