Paola Green : « Aujourd’hui, je me sens pleinement à ma place dans l’univers des sports de glisse »

À l’occasion de la 4e édition des Antoine Albeau Series, qui se tiendra du 12 au 14 juin sur l’Île de Ré, Paola Green revient sur un parcours atypique qui l’a menée du Venezuela à la Charente-Maritime. Formée au journalisme et à l’événementiel, elle s’est installée en France il y a douze ans après sa rencontre avec Antoine Albeau, multiple champion du monde de windsurf. Aujourd’hui impliquée dans l’ensemble des projets qui entourent sa carrière, de l’école de voile familiale aux Antoine Albeau Series, en passant par l’organisation de conférences pour les entreprises, cette Rhétaise de cœur partage sa vision du sport, de l’engagement et de la place des femmes dans l’univers de la glisse.

@Mathieu Lavenu

Vous avez construit votre carrière entre le journalisme, la communication, l’événementiel et aujourd’hui la direction d’un événement sportif majeur. À quel moment avez-vous cessé de vous sentir « invitée » dans le monde des sports de glisse pour vous imposer comme une actrice à part entière de cet univers ?

J’ai le sentiment que lorsqu’on partage sa vie avec un sportif professionnel, on finit forcément par être plongé dans son univers, d’une manière ou d’une autre. Mais pour moi, tout s’est fait progressivement.

Lorsque je suis arrivée en France et que j’ai commencé à travailler au sein de l’école de voile familiale d’Antoine, j’ai découvert le monde de la glisse sous un autre angle. Je ne côtoyais plus seulement le sport de haut niveau, mais aussi les débutants, les familles, les enfants, les pratiquants passionnés de tous horizons. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à m’impliquer beaucoup plus profondément dans cet environnement.

Je n’ai pas un moment précis où je me serais dit : « À partir d’aujourd’hui, je ne suis plus une invitée. » Cette place s’est construite naturellement, au fil des années.

Aujourd’hui, je me sens pleinement à ma place dans cet univers. Tous les jours, j’apprends de nouvelles choses liées à ce monde. Je participe à l’organisation des Antoine Albeau Series, mais aussi à de nombreux autres projets professionnels autour de la carrière d’Antoine. Finalement, sans l’avoir imaginé au départ, ma formation en journalisme et mon expérience dans l’événementiel se sont révélées extrêmement complémentaires de son parcours sportif. Chacun apporte ses compétences dans son domaine pour faire avancer tous nos projets.

Les sports de glisse restent marqués par une culture historiquement masculine. Selon vous, les freins qui limitent encore la visibilité des femmes aujourd’hui sont-ils davantage sportifs, économiques ou culturels ?

J’imagine qu’il existe de nombreuses raisons, mais l’un des freins qui me semble important, même si je ne prétends pas qu’il soit le principal, est la question de la représentation.

Dans le windsurf aujourd’hui, les hommes sont encore beaucoup plus nombreux que les femmes, aussi bien au niveau professionnel que parmi les pratiquants amateurs. Cette différence crée naturellement un écart de visibilité qui finit malheureusement par avoir des répercussions économiques.

Pour prendre un exemple concret, le Défi Wind, qui est sans doute l’événement le plus emblématique du monde du windsurf, a réuni cette année environ 1 400 compétiteurs. Parmi eux, seulement une centaine étaient des femmes. Ce chiffre illustre simplement l’écart important qui existe encore entre la représentation masculine et féminine dans ce sport.

Ce qui me semble plus difficile à comprendre, ce sont les conséquences économiques qui peuvent en découler. Une sportive professionnelle a les mêmes dépenses qu’un homme pour participer à une compétition : les billets d’avion, l’hébergement, le matériel, les déplacements… Tout cela coûte exactement la même chose. Pourtant, les opportunités économiques ne sont pas toujours les mêmes.

En prenant les rênes des Antoine Albeau Series, vous êtes passée de l’ombre à la lumière. Quelles décisions avez-vous prises pour faire évoluer l’événement selon votre propre vision du sport et de son accessibilité ?

Je ne dirais pas que j’ai pris les rênes de l’événement, car les Antoine Albeau Series restent avant tout le projet d’Antoine. En revanche, nous avons très naturellement réparti les rôles. Antoine s’occupe principalement de la partie sportive, tandis que, de mon côté, je suis davantage en charge de toute l’organisation qui gravite autour de l’événement, de tout ce qui se passe en dehors de l’eau. Comme dans tout ce que je fais, j’y apporte aussi ma sensibilité personnelle et mon expérience dans la communication et l’événementiel.

Mais surtout, derrière les Antoine Albeau Series, il y a aussi une véritable équipe de femmes. Entre la communication, la presse, l’organisation et les bénévoles, elles apportent chaque année une contribution essentielle au développement de l’événement. Je peux dire très sincèrement qu’il y a beaucoup de femmes derrière les Antoine Albeau Series.

Quitter le Venezuela, reconstruire sa vie professionnelle à l’étranger puis diriger un événement sportif reconnu : qu’est-ce que votre parcours vous a appris sur la manière de transformer l’incertitude en opportunité ?

Lorsque je suis arrivée en France, ma principale préoccupation était de savoir comment j’allais pouvoir travailler, puisque je ne parlais pas un mot de français. C’était forcément la première étape pour construire ma vie ici et gagner mon autonomie : apprendre la langue, puis chercher du travail.

À cette époque, ma vie s’organisait déjà beaucoup autour de la carrière d’Antoine et de ses nombreuses compétitions internationales. Nous passions énormément de temps à l’étranger. Puis j’ai rejoint l’école de voile, avant de m’impliquer progressivement dans ses différents projets, dont les Antoine Albeau Series. C’est son événement, il le dirige, et je l’accompagne dans toute l’organisation.

Ce parcours m’a surtout appris que nos compétences sont souvent beaucoup plus transférables qu’on ne l’imagine. Finalement, j’ai réussi à faire ce que j’aime — la communication, l’organisation et le développement de projets — dans un univers que je n’aurais jamais imaginé intégrer un jour.

Pouvez-vous nous présenter les Antoine Albeau Series ?

Les Antoine Albeau Series sont une compétition de longue distance en windsurf et en wingfoil qui se déroule à La Couarde-sur-Mer, sur l’Île de Ré. Cette année, nous organisons la quatrième édition et l’événement accueille également le Championnat de France de longue distance en windsurf.

La compétition est volontairement limitée à 100 participants et réunit aussi bien des professionnels, des amateurs passionnés que de très jeunes compétiteurs qui découvrent leurs premières épreuves régionales, nationales ou européennes. L’idée est simple : toute personne qui a envie de naviguer et de partager sa passion est la bienvenue.

Cette compétition est avant tout le projet de cœur d’Antoine. Depuis toujours, il rêvait de faire venir sur son plan d’eau les riders avec lesquels il a partagé sa carrière internationale. Très attaché à l’Île de Ré et à la Charente-Maritime, où tout a commencé pour lui, il souhaitait créer un événement capable de rassembler les meilleurs riders, les pratiquants amateurs et la nouvelle génération sur une même ligne de départ.

À travers les Antoine Albeau Series, son ambition est de transmettre sa passion pour la longue distance et de contribuer au développement du windsurf pour les années à venir.

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