Sport féminin : la médiatisation organisée rencontre enfin la performance d’audience

Pauline Ferrand Prevot (Photo by Stephane Pillaud/Icon Sport)

Alors que l’Arcom relance cette semaine l’opération « Sport Féminin Toujours », les audiences des événements de l’été 2025 confirment un basculement mesurable. Football, rugby et cyclisme féminins installent le sport féminin comme un actif média crédible pour les diffuseurs, les ayants droit et les marques.

La mobilisation institutionnelle en faveur de la visibilité du sport féminin trouve désormais un écho chiffré. Les audiences enregistrées à l’été 2025 sur les grandes compétitions féminines valident le pari d’une exposition renforcée et repositionnent le sport féminin dans l’économie des médias sportifs.

Coordonnée par l’Arcom du 24 janvier au 1er février, l’opération « Sport Féminin Toujours », campagne de mobilisation pour renforcer la visibilité et la représentation du sport féminin dans les programmes des médias audiovisuels, s’inscrit dans un temps long. L’enjeu dépasse la simple semaine de programmation dédiée : il s’agit d’installer durablement les compétitions féminines dans les grilles, mais aussi de diversifier les récits, les commentaires et les visages à l’antenne.

En associant ministères, CNOSF et CPSF, l’Arcom agit comme catalyseur d’un mouvement déjà engagé par les éditeurs. Internationale française de hockey sur glace et future olympienne à Milan-Cortina 2026, Sophie Leclerc est la marraine de cette édition. « La médiatisation joue un rôle capital dans cette évolution », souligne la joueuse, rappelant le rôle structurant de l’exposition médiatique sur l’accès à la pratique et la reconnaissance des disciplines.

Les audiences valident le pari de l’exposition

Les données Médiamétrie confirment que cette dynamique n’est plus seulement symbolique. L’Euro féminin de football 2025 a rassemblé 36,1 millions de personnes en couverture cumulée, avec une moyenne de 1,5 million de téléspectateurs sur France Télévisions. Les performances sont inférieures à l’édition de 2022 en Angleterre, avec une diffusion assurée par les groupes TF1 et Canal+. Un recul qui s’explique en partie par un parcours moins long des Bleues dans la compétition. Avec 4,9 millions de téléspectateurs, la défaite l’été dernier de l’équipe de France en quart de finale a été en effet moins suivie que celle enregistrée trois ans plus tôt en demi-finale, toujours face à l’Allemagne, devant 6,2 millions de personnes. Si l’édition 2025 reste en retrait par rapport à 2022, la tendance de fond est haussière depuis 2017, avec une féminisation progressive du public : les femmes représentent désormais 43 % de l’audience.

La Coupe du monde féminine de rugby franchit un cap encore plus net. Avec 34,6 millions de personnes touchées, l’édition 2025 multiplie par 2,5 les résultats de 2017. Même si les scores sont loin de ceux réalisés sur le Mondial masculin de 2023 (53,5 millions de téléspectateurs en contact, 4,8 millions en moyenne), l’épreuve a touché 3 fois plus de personnes qu’il y a trois ans. « La compétition signe un record aussi bien en audience moyenne qu’en couverture », observe Alyssa Normant, chargée d’études senior chez Médiamétrie, soulignant l’effet combiné de la ferveur autour du rugby et de conditions de diffusion favorables (la compétition était organisée en Angleterre cette fois après la Nouvelle-Zélande en 2022, ndlr).

Le Tour de France Femmes change d’échelle

Le signal le plus fort vient sans doute du cyclisme. Le Tour de France Femmes 2025 réalise sa meilleure édition depuis sa relance. Avec 2,7 millions de téléspectateurs en moyenne et un pic à 8,1 millions lors de l’arrivée victorieuse de Pauline Ferrand-Prévot, la course atteint des niveaux comparables à l’épreuve masculine. Ce succès dépasse la télévision. Le jour de la dernière étape, les médias sportifs en ligne ont totalisé 6,9 millions de visiteurs uniques, tandis que le site officiel Letourfemmes.fr a franchi la barre des 2,1 millions de visiteurs mensuels en juillet dernier. « Il est évident d’établir un parallèle avec la victoire de Pauline Ferrand-Prévot », analyse Catherine Poullet, directrice de la mesure d’audience Internet chez Médiamétrie.

Le lien direct entre « Sport Féminin Toujours » et les audiences de l’été 2025 est difficile à établir. Mais la régulation incitative portée par l’Arcom rencontre une réalité de marché : le sport féminin génère de l’audience, de la couverture et de l’engagement numérique, à condition d’être exposé dans de bonnes fenêtres et avec des moyens éditoriaux comparables.

Le sport féminin n’est plus un territoire d’image uniquement institutionnel ou RSE ; il devient un support crédible de visibilité, capable de fédérer des publics larges et identifiés. La semaine de mobilisation orchestrée par l’Arcom agit ainsi moins comme un déclencheur que comme un accélérateur d’une transformation déjà mesurable.

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