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Yoga et alimentation : on mange comment pour être zen ?

Dans une société qui nous pousse à être suralimentés mais mal nourris dans un rapport anxiogène à la nourriture, comment faire pour manger mieux, en conscience via une nourriture du bien-être ? Pour nous y aider,  on a fait appel à Yael Bloch, prof de yoga. Entretien et morceaux choisis du livre « Manger mieux, en pleine conscience ».

Par Léa Borie
Extrait du magazine WOMEN SPORTS N.13 de juillet-août-septembre 2019

Manger en conscience via une nourriture bien-être ? Si on se faisait aider d’une prof de yoga pour que yoga et alimentation se marient avec sérénité ?

Extrait du magazine WOMEN SPORTS N.13.

Spécial alimentation et yoga : cet été on respire !

Manger en conscience via une nourriture bien-être ? Si on se faisait aider d’une prof de yoga pour que yoga et alimentation se marient avec sérénité ?

Yael Bloch. DR/.

Yael Bloch est enseignante de yoga depuis près de 20 ans et prof de mathéma­tiques. Co-auteure de l’ou­vrage «Manger mieux, en pleine conscience», avec Ananda Cebal­los, elle pratique la méditation de pleine conscience, qu’elle applique à l’alimen­tation. Son objectif : nous faire découvrir l’application des fondamentaux du yoga et de la méditation, pour développer la « petite étincelle de conscience » qui est déposée en chacun de nous. Et si grâce à ça, on avait une meil­leure connaissance de soi et de son corps, qu’on arrivait à prendre du recul, à être conscient et présent, pour que ça devienne une manière d’être ? On vous y emmène…

L’acte de manger, l’éclairage de Lionel Coudron

En préface de leur livre, le médecin et prof de yoga Lionel Coudron nous ex­plique que l’action de s’alimenter nous replace au cœur de l’aventure du vivant car c’est un acte qui nous implique corps et âme. C’est une « alchimie magique qui transforme un élément extérieur à nous en partie de nous. Le fruit qu’il était hier sur la branche fera demain partie de notre chair ». D’après lui, le yoga (signifi­cation : relier) vise à réunir les différentes parties qui nous composent. Ainsi sont réconciliés notre raison, nos émotions et nos besoins, pour tous aller dans la même direction.

Apprendre à ressentir la faim

Plus encore, l’alimentation touche à notre identité profonde, elle déchaîne les pas­sions. Saliver, ressentir, sentir, mastiquer, observer… La méditation nous permet de faire une pause dans les moments de crises compulsives :

  • Adoucir : relâcher les tensions mus­culaires inutiles. Les parties en nous qui souffrent ont alors besoin d’être envelop­pées.
  • Apaiser : ne pas se faire des re­proches, cesser les hostilités avec soi-même mais plutôt écouter une voix qui susurre « Repose-toi cœur épuisé, car tout ce que tu recherches est déjà là ».
  • Accueillir : permettre à l’inconfort d’exister, accepter nos failles en adop­tant une attitude aimante vis-à-vis de soi-même.

Expérimenter pour reconnaître la faim

Comme l’a constaté Jan Bays, médecin pédiatre, c’est en gran­dissant que la fonc­tion nutri­tive remplit d’autres fonc­tions que celle, initiale, saine, vitale : calmer, distraire, pro­crastiner, abrutir, séduire, récompenser, punir… En cause notamment, un lien quasi permanent entre système nerveux central et tube digestif.

Selon Yael Bloch, on a tous un rapport complexe à la nourriture. Elle nous rappelle la théo­rie de l’attachement soulevé par Harry Harlow dans les années 60. « En tant que mammifère, dès notre naissance, la nourriture a un rapport avec l’affectivité. La détresse d’un bébé qui a faim est com­blée par le lait de la mère, mais aussi par le contact du bébé avec sa mère. » Tout ceci explique par exemple que nos yeux ou notre bouche a faim, mais que notre estomac est plein. En effet, il est facile de se tourner vers la nourriture lorsqu’on a un besoin affectif, car il y a quantité d’endroits dans le corps où l’on peut se demander si l’on a faim.

Mais alors, comment distinguer faim psychologique et réelle ? Eh bien justement, en apprenant à méditer, via le yoga ou la MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction). Ce type de pratique donne accès à une meilleure écoute de soi-même et de ses propres besoins, pour même plus de plaisir !

Dire merci

Un élément clé du yoga dont on peut s’inspirer pour un rapport plus sain à l’alimentation : la bienveillance. « En s’auto-flagellant, on n’avance pas. Re­merciez le soleil, la pluie… Traitez la Terre et traitez-vous avec respect. On a besoin de renouer avec cet acte sacré de se nourrir, car on a tendance à l’oublier dans notre société pleine d’abondance, mais l’alimentation nous maintient avant tout en vie », selon l’enseignante de yoga.

Nourrir les autres types de faim

En reconnaissant l’origine de la faim, cela nous permet de trouver la bonne façon de la satisfaire. Vivre plus saine­ment, prendre du temps pour soi, pour s’occuper de soi n’est pas égoïste. C’est nourrir suffisamment les autres plans de notre être qui en ont besoin pour conser­ver une bonne santé mentale et émotion­nelle.

Quelques exercices pour prendre le temps de manger

Pendant, avant, après le repas

  • Des exercices pendant ses courses

Connaître et identifier ses aliments re­fuges, réconforts, ou déclencheurs de l’ali­mentation automatique, car l’acte d’achat est moins compulsif que celui de manger.

  • Pendant le repas

– Mâcher davantage les aliments,

– Compter le nombre de mastications

– Reposer sa fourchette

– Attendre que sa bouche soit vide

– Utiliser la main non dominante pour manger, occasionnellement

– Regarder vraiment les aliments

– Réévaluer l’intensité de sa faim, prendre conscience de l’avant-goût

« Chaque repas devrait être un rituel. Le yoga est un état d’esprit. Ralentissez votre repas, faites le silence et éliminez les sources de distraction », expliquaient en 1962 Julien Tondriau et Pierre Réal. Avec cette notion importante : manger jusqu’à se sentir satisfait et non pas jusqu’à se sentir plein ! Car n’oubliez pas que man­ger au-delà équivaut à prendre votre corps pour une poubelle. Dans les textes du yoga, on lit qu’il faudrait laisser ¼ de l’es­tomac vide pour laisser l’air circuler, et ¼ pour l’eau.

  • Après le repas

Pratiquer le yoga postural 2h après man­ger. Une action bénéfique pour la sphère digestive et mentale grâce à ses capacités d’autorégulation, d’équilibre et de stimulation de la motrici­té gastrique.

Jeux pour tous âges

  • Décrire tour à tour un aliment après l’avoir goûté
  • Identifier les ingrédients « mystères » d’un plat
  • Se passer de la vue dans une dégustation
  • Travailler son goût et son odorat à travers des ateliers culinaires, de dégustation d’œnologie, de parfumerie

Voeux de la sportive du matin

Aujourd’hui, je veux me nourrir quand j’ai faim et honorer les signaux de satiété que mon corps m’envoie.

Aujourd’hui, je veux être attentive à com­ment je me sens, dans mon corps, et choisir les aliments qui me font sentir bien.

Aujourd’hui, je veux honorer une pratique sportive consciente et respectueuse, et gar­der une petite place pour le pranayama et la méditation.

Aujourd’hui, je veux m’accepter telle que je suis, et changer de schémas de pensée sté­réotypés sur la taille et le poids

Aujourd’hui, je veux faire preuve de plus de compassion, pour moi-même et pour les autres.

Les citations du livre qu’on aime bien…

« Avoir faim, c’est comme être amoureux : si vous ne le savez pas, vous ne l’êtes probablement pas », Geneen Roth.

« Sans moi, ce chocolat est un bloc de rien. Mais on le met dans ma bouche et il devient plaisir. Il a besoin de moi », Amélie Nothomb, Métaphysique des tubes.

La faim du cœur : « Il manquait quelque chose en moi. Je ne savais pas où chercher, alors j’ai commencé par le frigo », Melina Hoffmann, Faim de vie.

Autour de la nourriture :  « Etre attentif à soi, s’aimer, se respecter avec amour comme le ferait une bonne mère… pour pouvoir entendre à nouveau les sensations de faim et de satiété qui n’étaient plus audibles », Anne Clotilde Ziegler.

Manger mieux, en pleine conscience, Yael Bloch et Ananda Ceballos, Editions La Plage, avril 2019