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Une jeune surfeuse dénonce le sexisme de son sport

Le surf féminin connaît un intérêt grandissant avec des compétitions qui se multiplient. Mais est-ce pour les performances des surfeuses dans les vagues ou pour leurs plastiques irréprochables ? Les athlètes sont souvent éclipsées par celles qui posent devant l’objectif, lors de séances de shooting en bikini. Un mélange des genres très prégnant sur les réseaux sociaux, où la course à la photo sexy Instagram est effrénée. Un sexisme dénoncé par une jeune surfeuse, Tessa Thyssen, qui pourrait prochainement perdre son sponsor et ses rêves d’atteindre un jour l’élite.

Tessa Thyssen n’a pas le palmarès de Kelly Slater. Et comment pourrait-elle l’avoir ? Elle n’a que 20 ans. Mais la Française fait preuve d’une maturité étonnante lorsqu’il s’agit d’analyser les mœurs de la discipline dans laquelle elle a remporté le titre de championne du monde junior en 2015.

La semaine dernière, à l’occasion du Martinique Surf Pro à Basse-Pointe (ndlr : première étape caribéenne des Qualifying Series – l’antichambre de l’élite mondiale – et la seule des Antilles Françaises), elle a dénoncé un sujet tabou : le sexisme dans le surf. «Notre relation [ndlr : avec son sponsor] s’est détruite il y a peu de temps. Ils m’ont dit que je m’y prenais mal pour faire leur publicité, que je ne me rendais pas compte de la chance que j’avais d’avoir un sponsor principal. C’est là qu’on m’a fait comprendre que ce serait plus économique pour eux de payer une fille sur Instagram qui a 28.000 followers, plutôt que de m’avoir à l’année avec mes 7.000 abonnés, rage-t-elle. Si j’avais posté plus de photos de mes fesses, ce ne serait jamais arrivé.» Pensant à son avenir sur le circuit, Tessa Thyssen s’est «mise à pleurer et [a] commencé à paniquer, car [son] avenir dépend d’eux.» D’autant qu’après le passage du cyclone Irma sur son île, la rideuse a perdu son autre sponsor, OceanCulture.

« Beaucoup de sponsors se basent sur la beauté de la surfeuse et non sur son niveau »

Mais l’ex-membre du pôle espoir de Guadeloupe n’a pas été préparée à ce diktat de la beauté. «J’étais ignorante par rapport à tout ça, car j’ai décroché mes premiers sponsors très tard, même si j’avais déjà vu sur les réseaux sociaux des photos provocantes et choquantes. Je n’ai jamais voulu ressembler à ces filles.» Pourtant, avec le temps, Tessa Thyssen a commencé à se fondre dans le moule, «car on se dit que ça fait partie du jeu, même si ce n’est pas normal. Ça ne m’empêche pas d’être copine avec certaines, mais c’est vrai qu’on se dit parfois que c’est injuste. Beaucoup de sponsors se basent sur la beauté et sur les formes de la surfeuse et non sur son niveau. C’est triste pour celles qui se donnent à fond.»

«Je ne sais pas si ce sont les marques qu’il faut incriminer, estime pour sa part Pauline Ado, championne du monde en titre, qui avait publié une vidéo il y a deux ans pour dénoncer le sexisme dans son sport. Il y a quelques années, certaines surfeuses se mettaient beaucoup en avant et confondaient parfois le surf avec le mannequinat. Mais la tendance actuelle est davantage de se recentrer sur la performance et c’est tant mieux.»

Les choses changent, en effet. Également en matière d’égalité hommes/femmes. Les dirigeants de la WSL, la ligue mondiale de surf, ont décidé d’octroyer davantage de moyens financiers et d’accroître la visibilité du surf féminin. L’une des mesures les plus symboliques a été d’encourager à ce que la récompense financière soit égale entre les femmes et les hommes. C’était le cas au Martinique Surf Pro, où chaque vainqueur (homme et femme) a reçu 12.000 euros.

Une femme nommée à la tête de la WSL

En juillet dernier, la WSL a envoyé un signal fort avec la nomination de Sophie Goldschmidt à sa tête. Cette Anglaise de 42 ans, qui a notamment travaillé pour la NBA et la WTA, tient à la parité. Avec l’arrivée de la discipline aux prochains Jeux olympiques de Tokyo en 2020, nul doute que le surf féminin va continuer à monter en puissance.