2

Stéphane Pallez : « Les quotas ont fonctionné en politique, mais pour le sport je crois davantage à l’exemplarité »

PDG de la Française des jeux depuis novembre 2014, Stéphane Pallez est une femme engagée, qui s’est imposée dans la haute administration et à la direction de grandes entreprises. Passionnée de sport, c’est sans surprise qu’elle a fait sienne la cause du développement du sport chez les femmes en n’hésitant pas à impliquer la FDJ dans ce mouvement. Rencontre avec une femme déterminée et pragmatique.

Propos recueillis par David Tomaszek

Vous êtes très active en tant que présidente de la Française des jeux pour la promotion du sport féminin, mais aussi à titre personnel,en particulier sur la thématique de l’égalité hommes-femmes. Vous « tweetez » très souvent pour la « cause ». Pourquoi ce « combat » ?
Tout au long de mon parcours professionnel, j’ai été amenée à me mobiliser sur les questions d’égalité hommes-femmes. J’ai évolué dans un monde d’hommes et croyez-moi, j’ai vu les mentalités évoluer de façon très spectaculaire ! Il a fallu faire bouger les choses. Par exemple, lorsque j’ai rejoint Orange en 2004, j’ai découvert qu’il n’y avait pas de levier d’action sur le thème. J’ai voulu créer un «réseau femmes» et la première réaction de l’entreprise a été réservée. Je suis très heureuse de voir le chemin parcouru par le groupe depuis cette époque. J’assume complètement l’adjectif «féministe», si c’est ce que vous voulez dire. D’ailleurs, de nombreux hommes le sont aussi ! En arrivant à la tête de la Française des jeux, j’ai découvert avec grand plaisir que l’entreprise était impliquée dans la promotion du sport en tant que vecteur de transformation sociale. J’ai trouvé naturel d’en faire un axe explicite de la promotion du sport féminin et des femmes par le sport.

Le sport est-il aussi un hobby, une passion pour vous ?
J’aime le sport depuis toujours. Je pratique la natation, le tennis et la voile. Le sport fait partie de mon équilibre personnel mais aussi de ma tradition familiale. J’ai toujours suivi le Tour de France, notamment avec mes grands-parents qui m’ont transmis le «virus». Mon hamster s’appelait Poulidor ! Je suis admirative des sportives. Je pourrais citer beaucoup de grandes championnes comme Wendie Renard, capitaine de l’équipe de France de football et ambassadrice de l’UEFA Euro 2016, Sarah Ourahmoune, championne de boxe, très engagée dans l’économie numérique, ou Amélie Mauresmo qui a marqué l’histoire du tennis en tant que joueuse et capitaine de l’équipe de Fed Cup, et qui est devenue le coach d’Andy Murray, un joli symbole. C’est grâce à des personnalités de cette envergure que les mentalités évoluent.

Que pensez-vous globalement de l’exposition du sport au féminin et de la place des femmes dans le sport ? Quelle comparaison pouvez-vous faire avec les mondes de la politique et de l’entreprise ?
De toute évidence, il y a encore un décalage entre l’exposition médiatique du sport au féminin et ce qu’elle devrait être, tant les résultats sportifs mais aussi l’audience générée sont excellents. D’ailleurs, certains diffuseurs ont fait de très bonnes affaires en achetant certains droits pour une bouchée de pain et en réalisant de très belles audiences. Pour faire évoluer cette situation, il faut impulser un mouvement. Mettre en valeur nos sportives. La France passe par la norme et les quotas ont fonctionné en politique et dans le monde de l’entreprise avec un renouvellement des conseils d’administration. Mais pour le sport, je crois davantage à l’exemplarité. De grandes chaînes ont acheté les droits TV des compétitions de football féminin, c’est très bon signe. La candidature de Paris aux JO 2024 est également une belle opportunité de mettre nos sportives en avant, tout comme l’organisation de la Coupe du monde de football 2019 en France. Il faut que l’on poursuive dans cette voie, que l’on crée un cercle vertueux. Il faut que la société se rende compte et évolue. Hillary Clinton a dit: «Je suis heureuse d’être la première femme candidate à la présidence des Etats-Unis car toutes les petites filles se diront que c’est possible». Faisons la même chose avec le sport français.


Stéphane Pallez en bref
Née à Paris en 1959, Stéphane Pallez est diplômée de SciencePo et de l’ENA. Femme d’ambition et de chiffres, elle s’est battue tout au long de sa carrière contre un certain machisme des administrations et de la finance. Administratrice suppléante à la Banque Mondiale à Washington de 1988 à 1990, elle devient Conseillère technique en charge des affaires industrielles du Ministre de l’Économie et des Finances au cours des années 1990 au sein des cabinets de Pierre Bérégovoy puis de Michel Sapin. De 1995 à 1998, elle est sous-directrice « Assurances » à la Direction du Trésor, puis entre 1998 et 2000 sous-directrice chargée des « Participations de l’Etat ». En 2000, elle est nommée chef du service des affaires européennes et internationales. En 2004 elle rejoint France Télécom-Orange, dont elle devient directeur financier délégué. En 2011, Stéphane Pallez devient présidente directrice générale de la caisse Centrale de réassurance. Depuis novembre 2014, elle est présidente directrice générale de la Française des Jeux. Le sport est important à la FDJ, premier opérateur de paris sportifs, sponsor et partenaire de nombreux événements sportifs, et propriétaire d’une équipe cycliste. Stéphane Pallez insuffle un nouvel élan en engageant notamment la FDJ dans la promotion du sport féminin (voir page suivante).