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Sport et grossesse : Reïna-Flor Okori, athlète et maman

Cette semaine, on dédit nos conseils aux femmes enceintes ET sportives en évoquant ensemble les grands principes du sport pendant la grossesse, rappelant que sport & grossesse, loin d’être incompatibles, peuvent faire bon ménage, à condition de doser ses efforts. Surtout pour les sportives de haut niveau dont c’est le métier. On boucle l’édition hebdomadaire spéciale avec l’intervention de Reïna-Flor Okori.

Championne d’Europe du 100m haies à 19 ans, Reïna-Flor Okori a eu son premier enfant en fin d’année 2015. L’athlète revient sur ce moment fort de sa vie et nous dévoile sa vision de mère-sportive.

Women Sports : OÙ EN ES-TU DANS TA CARRIÈRE ?
Reïna-Flor Okori : Je suis au bon endroit au bon moment. J’ai eu une longue carrière, j’ai fait ce que j’avais à faire. Participer aux JO de Rio était un projet positif dans tous les cas. Avec un bébé, c’était la Happy End !
Pour la suite, je parlerais plus de transition que de reconversion. J’irai vers le marketing sportif… si je dois travailler un jour ! (rires)

W.S. : DANS QUELLES CIRCONSTANCES EST ARRIVÉ TON BÉBÉ ?
R-F. O : Ça a été une belle surprise, il est tombé comme un cheveu sur la soupe. Mais ça m’a permis de me régénérer. C’est pour ça qu’on a appelé notre garçon Lior : il a été une lumière. Cette pause était salutaire. J’ai 36 ans, l’envie d’avancer, d’avoir d’autres enfants, au maximum que je pourrai.
Ma première grossesse s’est si bien passée que ça ne me fait pas peur. Être athlète m’a aidé. J’ai abordé cette épreuve sereinement. Mon fils est arrivé comme une lettre à la poste. La sage-femme me demandait même de moins pousser.

W.S. : QU’EST-CE QUE ÇA A CHANGÉ ?
R-F. O : Avant, j’étais dans un nombrilisme total hors du moment présent. Maintenant, je suis plus passionnée. Pour les hommes sportifs ? Être père est une charge émotionnelle, mais tant que le bébé n’est pas là, il y a encore peu d’impact.

W.S. : COMMENT LA NOUVELLE A ÉTÉ PRISE ?
R-F. O : Je l’ai su quand j’ai pris des seins – chose trop étrange chez moi ! (rires) Ça a été difficile à accepter les premiers temps. Je devenais N°2 après blessure. Mais grâce à ma grossesse, j’ai pris du recul. Je le voulais en 2016, mais au fond de moi, j’étais prête. Ma famille l’a pris comme une bénédiction: à mon âge, après 15 ans de relation avec mon compagnon…
Mon entraîneur Patricia Girard a eu la meilleure réaction qui soit. Elle aussi a eu un enfant en pleine carrière. Je n’ai pas fait de bruit sur ma grossesse, j’ai toujours tenu à rendre de l’image, pas ma vie privée. Sauf exception comme la finale de l’Euro de football, quand j’ai posté sur Instagram une photo du maillot Griezmann porté par mon fils.

W.S. : ENCEINTE, COMMENT AS-TU ORGANISÉ TES ENTRAÎNEMENTS ?
R-F. O : J’ai continué à courir jusqu’à cinq mois que je ressente des vives douleurs. Avoir été blessée par le passé m’a été utile. Enceinte ou blessée, le corps n’est pas off, tu peux t’entraîner, différemment : lignes droites, marche, musculation avec poids du corps. Ça m’a aussi appris à ne pas paniquer. Je n’ai pas fait de préparation à l’accouchement à proprement parler mais du pilates, des exercices de respiration et ai vu un kiné. Je n’ai pris aucun médicament, que des vitamines et nutriments essentiels.

W.S. : COMMENT S’EST PASSÉ LE POST-ACCOUCHEMENT ?
R-F. O : J’ai pris 12 kg, perdus en quatre mois. Après, j’ai dû sécher : plus compliqué ! Sportivement, les trois premiers mois ont été durs. On a envie de se dépêcher, comme sur le terrain. Mais la rééducation du périnée, c’est six semaines, sportive ou pas. La première fois que j’ai voulu me remettre à courir, j’ai cru que mon plancher pelvien chutait ! Pendant un mois, j’ai fait de la marche avec la poussette. Finalement, c’est passé vite. Chaque jour, je progressais. C’est la façon dont on s’y prend pour revenir à niveau qui compte. De voir les autres athlètes revenir au top après grossesse m’a tranquillisé.

W.S. : UN CONSEIL À RETENIR ?
R-F. O : Profiter, car ce moment unique passe vite et… penser à son périnée !

W.S. : UN CONSEIL À DONNER ?
R-F. O : Ne pas être impatiente. Les exercices pour se renforcer sont primordiaux. Je les continue encore, bien après mon accouchement. Le retour du boomerang peut se faire longtemps après. Le corps a une mémoire…


Propos de @reinaflorreinaflorokori.usana.com, recueillis par Léa Borie.