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Souad Rochdi : « L’athlétisme est une éducation additionnelle »

Depuis janvier dernier, Souad Rochdi est la nouvelle directrice générale de la Fédération française d’athlétisme (FFA). Salariée de l’instance depuis 2001, l’ancienne championne de France espoir du 5.000 m est l’une des rares femmes à occuper un tel poste dans l’Hexagone. Une fierté mais aussi un sacré challenge ! À la tête d’une équipe de 83 personnes, cette nouvelle dame forte de l’athlétisme tricolore entend bien redorer le blason de son sport-passion.

Propos recueillis par Floriane Cantoro
Extrait du magazine WOMEN SPORTS N.13 de juillet-août-septembre 2019

WOMEN SPORTS : Comment s’est passée votre prise de poste à la Fédération française d’athlétisme (FFA) dont vous servez les intérêts depuis plus de 18 ans ?

Souad Rochdi : Elle n’a pas été simple pour plusieurs raisons. D’abord, parce que la FFA a subi une deuxième réorganisation coup sur coup, un an seulement après celle de mon prédécesseur Frédéric Sanaur, nommé directeur général en janvier 2018 [ndlr, puis choisi en décembre de la même année par la ministre des Sports pour être préfigurateur de la nouvelle Agence nationale du sport dont il est devenu directeur général en mars 2019]. Ensuite, cela faisait un moment que j’étais détachée de la fédération, à la tête du comité d’organisation des Championnats d’Europe 2020, « Paris Athlé 2020 ». Même si je connaissais bien la fédération et ses 83 salariés que j’avais managés pour bon nombre d’entre eux au cours de ma carrière (voir encadré ci-dessous), il m’a fallu un temps d’adaptation. J’ai dû prendre une nouvelle posture et instaurer de nouveaux modes de management vis-à-vis du personnel mais aussi des élus et des membres de la DTN [ndlr, direction technique nationale]. Ce type de fonction implique une nouvelle hiérarchisation des rapports interpersonnel. Plus par réalisme que par nécessité, il y a forcément moins de proximité et un peu plus de distance. J’essaie donc de maintenir un management basé sur le partage au quotidien et la responsabilisation de mes équipes.

Vous êtes seulement la deuxième femme à prendre la direction générale d’une fédération sportive en France après Florence Hardouin, DG de la Fédération française de football depuis 2013. Quel sentiment cela vous procure-t-il ?

C’est une grande fierté d’avoir ce poste dans un milieu sportif majoritairement dominé par les hommes. Malgré mes 18 ans à la fédération, ma nomination n’était pas évidente car on en demande toujours plus à une femme, on s’interroge deux fois plus sur ses compétences et ses capacités managériales. Mais je ne pense pas que ce soit une promotion « quotas ». J’ai la chance d’avoir un président, André Giraud, qui, comme moi, est pour la parité à égales compétences. Il y a beaucoup d’investissement professionnel et beaucoup de travail derrière ma nomination.

« Je suis pour la parité à égales compétences. »

Depuis 15 ans, le nombre de femmes licenciées à la FFA est en constante progression. Au 1er mai 2019, 149.283 athlètes féminines ont été recensées pour un total de 314.284 adhérents, soit 47% des effectifs. Ces chiffres, cumulés à votre récente nomination au poste de DG, font de la FFA une fédération exemplaire en matière de féminisation, de mixité et de parité. Avez-vous une stratégie ou un objectif fédéral en ce sens ?

Ce sont des sujets qui nous ont toujours animés. La mixité est l’ADN de l’athlétisme, une des rares disciplines qui ne marquent pas la différence hommes/femmes : toutes nos compétitions sont mixtes. Nous sommes également le sport de la diversité par excellence. J’ai presque envie d’emprunter le slogan d’une célèbre enseigne de restauration rapide, « venez chez nous comme vous êtes ». Notre diversité se nourrit de la multitude des disciplines proposées : que vous soyez petit, grand, enrobé, sec, endurant, explosif ou une personne à mobilité réduite… il y aura toujours une activité pour vous. Mais c’est aussi une diversité d’athlètes, autant dans nos équipes de France avec des champions aux personnalités atypiques et aux parcours singuliers, que dans nos clubs où se côtoient des gens issus d’horizons très différents. C’est encore plus visible aujourd’hui, avec l’explosion du running et des activités Sport Santé, où tous les univers culturels et socio-professionnels se mélangent. L’athlétisme est à l’image de la société, finalement.

Quels seront les axes prioritaires de la FFA sous votre direction ?

Nous souhaitons rendre l’athlétisme accessible au plus grand nombre et montrer qu’il s’agit d’une activité ludique. Je pense que l’athlétisme offre une éducation additionnelle, sans faire défaut à l’éducation parentale : on y apprend la pugnacité, l’esprit d’équipe, le dépassement de soi, la confiance en soi. Nous aimerions donner envie aux jeunes de faire de l’athlétisme. Pour cela, il faut leur montrer qu’il s’agit d’un sport amusant : on « joue » au football et au tennis, mais on ne « joue » pas encore assez à l’athlétisme. C’est un sport avec une belle notoriété, mais qui peut parfois sembler difficile et chronophage. Nous devons faire preuve de pédagogie avec les parents et mieux communiquer sur les bénéfices de notre sport.  Nous travaillons aussi beaucoup avec le milieu scolaire pour changer cette image un peu austère auprès des jeunes générations. Il n’y pas beaucoup de sports qui peuvent toucher naturellement un public aussi large. Nous devons aussi poursuivre le travail engagé dans le secteur du running. Pas seulement « pour faire de la licence » mais d’abord pour proposer un accompagnement et des services exclusifs que seuls notre fédération peut proposer. Pour cela nous montons des partenariats avec des organisateurs de courses, des start-up comme « Running Heroes » et surtout nous réinventons notre système d’adhésion, pour le rendre moins contraignant et plus en adéquation avec les envies et les possibilités des pratiquants.

L’athlétisme est entaché par des affaires de dopage, la dernière en date étant l’affaire Clémence Calvin [ndlr, soupçonnée de s’être soustraite à un contrôle antidopage]. Comment la FFA réagit-elle face à ce genre de scandales ?

La lutte contre le dopage est une priorité pour notre Fédération. C’est d’abord une question de santé publique mais c’est aussi la garantie d’un sport éthique et humain. Notre but n’est pas de former seulement des champions. Nous construisons aussi des femmes et des hommes. Cela fait des années qui nous menons ce combat. D’ailleurs, nous sommes une des premières fédérations à avoir créé une commission antidopage. Nous luttons contre ce fléau à tous les niveaux, que ce soit auprès de nos athlètes de l’équipe de France qui sont extrêmement encadrés, qu’à travers nos actions du quotidien : nos commissions, les colloques que nous animons, les contenus que nous développons auprès des clubs. Malheureusement il y a aura toujours des scandales, des tricheurs. Nous ne pouvons pas avoir les yeux partout. Les décisions prisent notamment au niveau international par l’IAAF et l’AMA, ainsi que l’AFLD en France, renforcent réellement la lutte contre le dopage. Les évolutions de la science nous obligent à nous adapter en permanence. C’est un investissement dans la durée, un travail éducatif à porter à tous les échelons. Cela va de pair avec notre travail sur l’accessibilité. Nous continuerons avec force cette lutte contre le dopage avec, à nos côtés, nos athlètes français. Car il ne faut surtout pas faire une généralité des cas isolés.

Pour finir sur une note positive, la France accueillera les Championnats d’Europe d’athlétisme 2020, ainsi que les Jeux olympiques en 2024. Que peut-on attendre de tels événements pour l’athlétisme français ?


Il y a quatre mois, j’étais encore à la tête de Paris Athlé 2020. C’est un événement que j’ai positionné comme une célébration : c’est à partir de là que nous pourrons commencer à communiquer sur les JO de Paris 2024 car ceux de Tokyo seront terminés. Tous les yeux vont donc être tournés sur Paris 2020 pour lancer Paris 2024, surtout que l’athlétisme est un des premiers sports olympiques. Ce sera une belle opportunité de mettre en valeur l’athlétisme et faire rêver toute une génération. Nous travaillons main dans la main avec Tony Estanguet et le Comité d’organisation des Jeux olympiques (COJO) pour que Paris 2024 ait un effet positif et durable pour le développement de notre sport. Il faut profiter de cette occasion pour lutter contre la sédentarité et l’isolement, c’est notre mission de service public.

Parcours professionnel


1996-2001 : Responsable Promotion Running et Fitness chez Reebok France
2001-2006 : Responsable Marketing Athlètes de l’Agence France Athlétisme Communication (structure exclusive à la Fédération française d’athlétisme)
2007-2009 : Directrice Promotion et Communication Événementielle à la Fédération française d’athlétisme (FFA)
2009-2014 : Directrice Département Événementiel à la FFA
2012 : CNOSF Scénographie club France Londres
2014-2017 : Directrice Département Communication et Marketing à la FFA
2017-2019 : Directrice générale déléguée du comité Paris Athlé 2020 et directrice générale adjointe de la FFA
Depuis janvier 2019 : Directrice générale de la FFA