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Séverine Desbouys : "Je voulais être la nouvelle Jeannie Longo"

La fin brutale de sa carrière de cycliste professionnelle à la suite d’une grave chute sur le Tour de France n’a pas entamé son tempérament volontaire et son goût du risque. Bien au contraire. Aujourd’hui, chef d’entreprise et témoin d’une reconversion réussie, Séverine Desbouys s’investit pour faire avancer le débat sur la reconversion des athlètes.

Ancienne championne de cyclisme et aujourd’hui chef d’entreprise, vous illustrez l’exemple d’une reconversion réussie. La reconversion des athlètes, un sujet que vous défendez ?
À juste titre. Le Comité sport du Medef m’a sollicité pour intervenir dans une commission pour témoigner en tant qu’ancienne sportive de haut niveau sur les thématiques de la reconversion et la retraite des athlètes. Nous devons faire avancer le débat sur ces questions et apporter des solutions concrètes en partenariat avec les instances sportives et les entreprises. On est athlète dans les us et les coutumes, mais il faut que ça évolue ! On peut être sportif et avoir sa place dans le monde en dehors du sport ! Il y a des conventions d’athlètes de haut niveau dans le sport. Alors, pourquoi ne pas mettre en place des conventions de reconversion professionnelles ? Quelques grandes entreprises en France proposent des programmes, soutiennent des formations à la gestion de carrière mais elles ne sont pas nombreuses. La reconversion doit passer par un accompagnement – avec une sorte de coach – qui en fonction du profil et du niveau d’études du sportif fera un bilan de ses compétences, lui expliquera les rouages du monde de l’entreprise et le guidera afin qu’il trouve sa voie professionnelle.

Qui devrait accompagner la reconversion des sportifs ?
Les fédérations ont un rôle à jouer mais aussi le prisme économique. Il faut établir des passerelles et une démarche pro active pour intégrer les athlètes dans le monde de l’entreprise et même au-delà dans la société. Le CNOSF et l’INSEP sont présents sur ces questions mais il faut encore progresser. Un athlète c’est comme un cheval de Troie, depuis Jean-François Lamour (homme politique et ancien sportif de haut niveau), il n’est pas assez reconnu à sa juste valeur à la différence des pays anglo-saxons, asiatiques.

Votre reconversion peut être citée en exemple…
Dans le monde du sport aujourd’hui, je suis plus considérée comme un chef d’entreprise qui transpose les méthodologies du sport à son métier qu’une ancienne sportive de haut niveau. Dès mes débuts dans le cyclisme, j’ai toujours voulu concilier sport et études. J’intègre l’équipe de France l’année de mon baccalauréat en 1991. Je poursuis des études en parallèle de mes entraînements. Je postule à l’Ecole supérieure de commerce Euromed à Marseille pour un MBA de management du sport. Mon diplôme en poche, la ville de Marseille m’embauche comme chargée de mission à la Direction générale du développement économique en charge du dossier Euro Méditerranéen – dont la candidature de Marseille pour la Coupe de l’America – pour cinq ans, avec un emploi du temps aménagé afin de mener de front mes carrières professionnelle et sportive.

L’année 2000 marque un tournant dans votre carrière sportive
Je remporte deux étapes au Tour de France féminin ainsi que le maillot à pois du meilleur grimpeur et l’étape de Coupe du monde Française. Je termine au 4e rang mondial ! Cette année-là, je m’étais mise en disponibilité pour consacrer 100 % de mon temps au vélo. En 2001, je signe comme leader dans la meilleure équipe mondiale du moment, Gas Sport Team (Italie). Je dois quitter la France pour devenir professionnelle. Je décide de prendre un congé sans solde et pars pour intégrer l’équipe italienne. Je gagne deux étapes au Giro, je suis à la 4e place au classement du Tour féminin où moment où je fais une chute fatale lors de l’étape de Bourges du Tour de France. Je me fracture le genou, la mâchoire… J’étais partie pour gagner le Tour de France, je voulais être la nouvelle Jeannie Longo. Tout s’écroule… Le jour de ma chute, je sais que ma carrière est finie.

Un an et demi après, vous remontez sur votre vélo
Ma rééducation a été une grosse épreuve à vivre sur les plans physique et mental. En tant que professionnel on fait des sacrifices ! Je me reconstitue doucement. En 2002, je fais une tentative, je réalise une saison en demi-teinte. Je savais que c’était une petite mort. Mais, cette épreuve me fait prendre conscience qu’il y a une vie en dehors du vélo !

Vous décidez alors de vous reconvertir ?
Je reprends mon activité professionnelle à la mairie de Marseille. Mais très vite, je me rends compte que je suis attirée par entrepreneuriat, j’aime prendre des risques, diriger, manager. Je définis alors mon projet autour des problématiques de stratégie, intelligence économique et lobbying et crée le 1er août 2003 ma société DSC. C’est une nouvelle aventure qui montre que dans le monde de l’entreprise on fonctionne comme un athlète. On définit sa valeur ajoutée, on se fixe des objectifs dont celui de remporter l’étape, remporter un marché.

Pascale Baziller
Source: Sport