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RÉTRO-SPORT 2018, dans les yeux de Maryse Éwanjé-Épée, la « Grande Gueule » du sport

Maryse Éwanjé-Épée est une des plus célèbres voix de la radio française. Sur les ondes de RMC, elle affiche ses convictions avec aplomb et ne défend qu’un seul client : le sport. Dans le «Super Moscato Show» comme dans les «Grandes Gueules du sport», la chroniqueuse ne mâche jamais ses mots. Nous sommes revenus avec elle sur quelques uns des sujets qui ont fait l’actualité du sport durant l’année écoulée, notamment du sport féminin. Il y a ceux qui l’enthousiasment, ceux qui l’inquiètent et puis ceux qui l’exaspèrent… Débatteuse plutôt qu’aboyeuse, l’experte nous a livré sa propre lecture du jeu. Une rétro 2018 truffée de punchlines !

Par Floriane Cantoro
Extrait du magazine WOMEN SPORTS N.11 de janvier-février-mars 2019

Retour avec Maryse Éwanjé-Épée sur quelques uns des sujets qui ont fait l'actualité durant l'année écoulée.Voici une rétro-sport 2018 truffée de punchlines.

Extrait du magazine WOMEN SPORTS N.11 de janvier-février-mars 2019.

Retour avec Maryse Éwanjé-Épée sur quelques uns des sujets qui ont fait l'actualité durant l'année écoulée. Voici une rétro-sport 2018 truffée de punchlines !



▶︎ 9-25 février / 9-18 mars

Jeux olympiques et paralympiques de PyeongChang. Les athlètes français remportent 14 médailles olympiques au lieu de 20 initialement annoncées. Les athlètes handisport collectent quant à eux 20 breloques.

« La bonne santé du sport français ne s’analyse pas au nombre de médailles gagnées aux Jeux olympiques. Il y a eu moins de médailles qu’attendues, et alors ? Martin Fourcade reste un immense champion qui a confirmé son statut de superstar mondiale et Marie Bochet est aujourd’hui la première égérie handicapée française du groupe L’Oréal. Des choses extrêmement positives ont émergé de ces Jeux.

Malgré tout, je reste assez pessimiste sur l’avenir des Jeux olympiques d’hiver. D’un point de vue climatique, d’abord, ça devient de plus en plus compliqué de les organiser. En 2014, pour les Jeux de Sotchi, les canons à neige avaient tourné à plein régime pendant des jours pour pouvoir assurer le maintien des compétitions. En terme d’empreinte écologique, c’est une catastrophe. Je ne suis pas persuadée que le message passe encore très longtemps auprès de la population internationale. Certaines candidatures sont même barrées par les citoyens eux-mêmes qui refusent d’accueillir les JO [ndlr, cela vient d’être le cas pour Calgary (Canada) dans la course aux Jeux d’hiver 2026].

Je ne suis pas non plus très optimiste sur l’avenir des Jeux olympiques de manière générale. Aujourd’hui, on s’aperçoit que ce sont soit des très grandes puissances internationales, soit des pays contestables sur le plan des droits humains qui se portent candidats pour les accueillir, ces derniers utilisant le sport pour redorer leur image et faire de la diplomatie internationale. La solution serait peut-être de mettre en place des candidatures qui ne soient plus des candidatures de pays, mais des candidatures de régions afin de revenir vers quelque chose d’un peu plus olympique. Par exemple, cela ne me choquerait pas d’avoir une candidature qui ne soit pas Paris 2024, mais Europe 2024 ou Écologie 2024. » 

Retour avec Maryse Éwanjé-Épée sur quelques uns des sujets qui ont fait l'actualité durant l'année écoulée.Voici une rétro-sport 2018 truffée de punchlines.

Médaille des Jeux olympiques de PyeongChang 2018. © Leonard Zhukovsky – Shutterstock



▶︎ 3 février-17 mars

Tournoi des VI Nations. Le XV de France termine à une décevante quatrième place avec un constat malheureusement implacable : les Bleus régressent.

« La professionnalisation du rugby en France s’est faite extrêmement vite notamment en allant chercher les animateurs du championnat à l’extérieur. Aujourd’hui, les équipes du Top 14 et de Pro D2 sont composées de nombreux rugbymen étrangers qui n’ont pas été formés en France. Ce qui fait qu’on a arrêté de former des joueurs français à certains postes. Nos jeunes n’ont pas de place dans les clubs. Et, forcément, quand on ne joue pas au plus haut-niveau, on ne risque pas de composer une équipe de France de plus haut-niveau.

Mais les choses sont en train de changer avec la limitation du nombre d’étrangers dans le championnat. Pour la formation des jeunes, je pense qu’on pourrait s’inspirer d’expériences qui ont été réalisées à l’étranger, comme par exemple le fait d’arrêter de faire se rencontrer les joueurs de fonction de leur date de naissance mais plutôt en fonction de leur catégorie de poids. C’est une idée. »



▶︎ Mars

Paris 2024. Un rapport de l’inspection générale des finances préconise un redimensionnement de certains projets annoncés dans le cadre de la candidature.

« J’ai bon espoir que les Jeux de Paris 2024 vont permettre un grand développement de la région parisienne. Maintenant, je reste vigilante et ne mâcherai pas mes mots si je vois que c’est encore une fois un coup d’épée dans l’eau. Quand on a obtenu la Coupe du Monde de football en 1998, on avait promis aux habitants de Seine-Saint-Denis que l’événement permettrait de créer des emplois, de construire des logements sociaux, de redynamiser ce territoire oublié de la France. Alors certes, quelques logements sociaux ont été créés, mais les emplois n’ont pas été pour les Séquano-Dionysiens.

J’espère sincèrement que cette candidature va tenir toutes ses promesses et que le Comité d’organisation ne va pas simplement nous parler de « la grande fête du sport ». J’espère que ces Jeux vont s’inscrire dans une réalité économique et permettre de désenclaver la Seine-Saint-Denis qui est le département le plus pauvre de France sur le plan sportif, et un de ceux qui connaissent le plus fort taux de chômage. »

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Paris accueillera les Jeux olympiques d’été en 2024. © Petr Kovalenkov – Shutterstock



▶︎ Avril

Hyperandrogénie. La Fédération internationale d’athlétisme dévoile ses nouvelles règles : les athlètes féminines qui produisent naturellement trop de testostérone devront faire baisser artificiellement ce taux (via des traitements médicaux) afin de pouvoir s’aligner sur les courses dont la distance est comprise entre 400 m et un mile (1.609 m).

« C’est un sujet qui m’a toujours beaucoup choquée. Un homme, on ne va jamais lui dire qu’il est trop masculin et trop puissant. Alors qu’une femme qui a des taux d’hormones plus élevés que les autres et qui démontre une certaine puissance – amplifiée par le simple qu’elle fasse du sport d’ailleurs, puisque la pratique sportive entraîne la sécrétion d’hormones qui augmentent la puissance, qui changent le corps – cela dérange. On dit tout de suite que c’est une « sur-femme » et qu’elle ne devrait pas concourir avec les autres. Est-ce que, parce qu’il bat tous ses adversaires, Teddy Riner est considéré comme un « sur-homme » qui devrait concourir dans une catégorie à part ? Non. On ne s’est jamais posé la question. Est-ce que c’est lassant de le voir gagner en permanence ? Certains diront oui, moi personnellement, je ne trouve pas. »

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Caster Semenya est née avec un taux de testostérone élevé. L’athlète sud-africaine est directement concernée par les règles de la Fédération internationale qu’elle conteste vivement devant les tribunaux sportifs. © CP DC Press – Shutterstock



▶︎ 27 mai-17 juin

Roland-Garros. La combinaison intégrale de Serena Williams fait couler beaucoup (trop!) d’encre. Quelques mois plus tard, le président de la Fédération française de tennis, Bernard Giudicelli, déclare dans les colonnes de Tennis Magazine que cette tenue « ne serait plus acceptée » aux Internationaux de France.

« En l’honneur de quoi on décide qu’une combinaison intégrale en tennis c’est totalement insupportable alors qu’une mini-jupe c’est totalement supportable ?! Dans la mesure où Serena Williams ne portait pas quelque chose qui l’avantageait (comme cela avait été le cas des combinaisons de natation qui favorisaient une certaine flottaison), je ne vois pas où est le problème. En 1980, personne n’a dit à André Agassi que c’était honteux de porter les cheveux longs sur un court de tennis, ou de porter un short en jeans, déchiré en plus ! Ce sont toujours des hommes qui s’expriment sur ce que les femmes peuvent ou ne peuvent pas faire. »

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Serena Williams portait une combinaison intégrale à Roland-Garros 2018 pour une question de santé (circulation sanguine). © Dana Gardner – Shutterstock



▶︎ 14 juin-15 juillet

Coupe du monde 2018. Les Bleus sont champions du monde de football.

« C’était l’événement phare de l’année, qui a d’ailleurs éclipsé un peu tous les autres. Je suis très nationaliste, donc j’ai suivi ce mondial avec plaisir, même si le football est loin d’être mon sport préféré. Ce que j’aime, dans le sport, ce sont les parcours d’hommes (ndlr, voir son interview ici). J’ai trouvé que cette équipe de France était fort sympathique. On s’identifiait aux joueurs, on avait envie qu’ils aillent le plus loin possible, d’où cet élan populaire. »

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Vingt ans après les Bleus de 98, l’équipe de France a remporté une deuxième fois la Coupe du monde de football en Russie en 2018. © Fifg – Shutterstock



▶︎ 27 août-9 septembre

US Open : la Française Alizé Cornet reçoit un avertissement pour avoir retiré son t-shirt sur le court [sanction par la suite annulée].

« Elle enlève son t-shirt sur le court sous lequel elle porte une brassière qui n’a absolument rien d’indécent et on considère que c’est quelque chose qui ne doit pas être fait alors que des hommes qui enlèvent leur t-shirt sur le court, il y en a des dizaines ! Encore une fois c’est un jugement de ce que les femmes peuvent ou ne peuvent pas faire avec leur corps et leur façon de se comporter. »

Comment éviter cette différence de traitements hommes-femmes ?

« Avec les réseaux sociaux, on peut dénoncer ce genre de choses. Le problème, c’est qu’une polémique ne dure que 24 heures : tout le monde s’en émeut, ça fait le buzz et puis les gens passent à autre chose. Je pense qu’il faut des voix fortes qui en parlent et plus de femmes dirigeantes dans les instances. Ce n’est pas nécessairement une question de parité mais c’est simplement pour faire entendre la voix des femmes et faire comprendre qu’il y a des choses qui nous semblent normales quand elles vont sembler anormales aux hommes, et vice-versa. Je pense qu’il faut échanger, faire porter un regard plus féminin sur ces questions. »

Cela veut-il dire que vous êtes favorable à la politique des quotas ?

« Pourquoi pas oui, dans un premier temps, pour forcer la main et faire bouger les lignes dans le bon sens. Après, on pourra laisser faire les choses. »

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Avertie par l’arbitre pour avoir enlevé son t-shirt sur le court de Flushing Meadows à New York, la Française Alizé Cornet a ensuite été relaxée de cette sanction. © Bukharev Oleg – Shutterstock



▶︎ 16 septembre

Décastar de Talence. Le Français Kevin Mayer bat le record du monde du décathlon avec 9.126 points.

« C’est vrai que son échec en longueur aux Championnats d’Europe l’été dernier laissait présager qu’il allait se passer quelque chose de grand. Kevin Mayer est un garçon qui a du charisme, qui est intelligent, beau et sympathique et qui, en plus, est absolument phénoménal parce qu’il a encore une marge de progression incroyable. Il y a un an, on se disait qu’Ashton Eaton avait mis son record a un tel niveau stratosphérique [ndlr, 9.045 points] qu’il faudrait peut-être attendre 20 ou 30 ans avant de le battre. Aujourd’hui, Kevin Mayer prouve qu’il est capable d’aller bien plus haut encore.

Cependant, contrairement à la plupart de mes collègues présentateurs ou consultants en athlétisme, je ne suis pas vraiment intéressée par les records. Moi, ce qui m’importait à Talence, c’était de voir la réaction de Kevin Mayer par rapport aux Championnats d’Europe, comment il allait s’en relever. Et puis il a une appréhension de son sport qui est atypique. Ce n’est pas un décathlonien, c’est un spécialiste de toutes les épreuves qu’il présente. C’est très impressionnant. Il a complètement éclipsé l’heptathlon des filles, mais on pardonne. »

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Selon Maryse Éwanjé-Épée, Kevin Mayer en a encore sous le pied pour battre son propre record du monde du décathlon. © CP DC Press – Shutterstock



▶︎ 19 octobre

Budget des sports en baisse et suppression de postes. Plus de 350 sportifs français adressent une lettre ouverte à Emmanuel Macron, lui demandant le maintien des moyens financiers et d’un encadrement public dans le sport.

« La France pense qu’elle est sportive parce qu’elle a beaucoup de bons résultats au niveau international (championne du monde en football, en handball, médaillée olympique en basketball,…). Mais elle ne fait absolument rien pour que ses athlètes atteignent le haut-niveau. Supprimer des postes, faire des coupes budgétaires en permanence, exiger des diplômes qualifiant pour des entraîneurs et des éducateurs bénévoles dans le sport…, c’est tout simplement aberrant. On ne parle pas du statut du sportif de haut-niveau, du fait que nos champions n’aient pas de retraite ni de chômage, mais on continue de dire qu’il faut 80 médailles aux JO. Ce discours me mets hors de moi !

Je le dis depuis longtemps : nous avons un ministère des Sports confettis en France. Au fil du temps, on n’a pas su quoi en faire. La moyenne d’un ministre à la tête des sports c’est un an, à peine. Qu’est-ce qu’on change en si peu de temps ? À l’heure actuelle, le ministre des Sports c’est quelqu’un qui va serrer des paluches et remettre des médailles. Même une femme de terrain comme Roxana Maracineanu, que j’estime et que j’adore – qui est une immense championne avant d’être quelqu’un de très engagé -, je lui souhaite bon courage pour aller défendre son budget devant des Enarques qui n’ont pas la moindre petite idée de ce qu’est le sport. Autant dire au mouvement sportif de s’occuper lui-même des questions qui le concernent. »

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Pour Maryse Éwanjé-Épée, le ministère des Sports français est un « ministère des sports confettis ». © École polytechnique – J.Barande



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