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[RENCONTRE] Max Boublil : « Le MLF était contre le foot féminin ! »

Le comédien Max Boublil est la tête d’affiche du film « Comme des garçons », sorti en 2018, qui raconte l’histoire vraie de la naissance de la première équipe de football féminin en France, à Reims, en 1968. L’humoriste y joue le rôle (romancé) de Pierre Geoffroy, un journaliste devenu malgré lui la figure de proue du combat pour la liberté des femmes à jouer au football. Un personnage et une histoire incroyables… mais pourtant bien réels !

Propos recueillis par David Tomaszek
Extrait du magazine WOMEN SPORTS N.12 d’avril-mai-juin 2019

WOMEN SPORTS : Dans « Comme des garçons », vous incarnez un personnage inspiré de Pierre Geoffroy, journaliste à L’Union de Reims, qui créé en 1968 presque par hasard la première équipe féminine de football en France. Racontez-nous cette histoire étonnante.

Max Boublil : Le réalisateur s’est librement inspiré de cette histoire qui est effectivement bien réelle et assez dingue. Ce journaliste recherche une animation originale pour la kermesse de fin d’année de son journal. Il a l’idée d’organiser un match de football féminin. Ses intentions ne sont pas louables du tout : il veut voir des jeunes filles en short ! Il passe une annonce et reçoit, à sa grande surprise, de nombreuses réponses. Il découvre que les femmes qui aiment jouer au foot sont nombreuses. Il organise son match exhibition et décide d’aller plus loin en créant la première équipe féminine de football en France, puis le premier championnat de France (dont son équipe de Reims remporte les quatre premières éditions, ndlr), et même, dans la foulée, la première équipe de France féminine ! Il devient entraîneur, manager et même sélectionneur national, alors qu’il n’est que journaliste. Surtout, il devient malgré lui la figure de proue du combat pour le droit des femmes à jouer au football, se heurtant aux institutions, notamment la fédération qui refuse à l’époque de délivrer des licences à des femmes.

Ce film est une comédie, mais les éléments de contexte historiques sont bien réels. On réalise à quel point la société était machiste à l’époque et certains faits son édifiants !

Absolument. Il faut se souvenir que jusque dans les années 1960, une femme devait obtenir une autorisation de son mari pour ouvrir un compte en banque ou signer un contrat de travail. Alors pour jouer au football, vous imaginez ! Les filles voulaient juste jouer. Elles n’en faisaient pas un combat politique. Mais tout le monde était contre elles ! Même le MLF (Mouvement de libération des femmes) était contre le foot féminin, au motif que les joueuses s’exhibaient en short, ce qui était considéré comme un spectacle dégradant.

Le personnage n’a rien d’un militant mais il est l’homme qui a le plus fait pour la cause du foot féminin en France !

Ce journaliste était tout sauf un militant, il était même plutôt coureur de jupons. Sur les photos de l’époque, on le voit habillé plutôt « mode ». C’était l’époque du Drugstore, tous les gars étaient un peu « minet » et voulaient ressembler à Alain Delon. Au départ, ce type voulait mettre un coup de pied dans la fourmilière. Il s’est retrouvé embarqué malgré lui dans un combat politique « joyeux », organisant des matches sans autorisation pour faire avancer la cause et faire plier les institutions. Je partage les valeurs de ce personnage. Le militantisme qui vise à forcer les choses, ce n’est pas trop mon truc. Il faut que les choses se fassent naturellement, par l’exemple. J’ai deux petites filles, j’ai envie qu’elles aient une place dans la société. Je suis sensible à toutes ces questions d’égalité et de mixité. Mais sans en passer par un féminisme militant et punitif.

Ironie du sort, vous êtes l’auteur de la chanson parodique « Ce soir tu vas prendre », dont les paroles grivoises sont un hymne macho (au 2e degré). Comment assumez-vous ce paradoxe ?


C’est une chanson paillarde, pleine de métaphores, qu’on fredonne pour rigoler. Dans mes one man shows, les filles la reprenaient à tue-tête ! La caricature est tellement grosse que le deuxième degré ne fait pas débat. Le message c’est « aimez-vous les uns les autres » !

« Comme des garçons », un film de Julien Hallard avec Max Boublil et Vanessa Guide, sorti le 25 avril 2018

Le comédien Max Boublil, tête d’affiche du film « Comme des garçons », rejoint le club « We Men Sports » des hommes qui soutiennent le sport au féminin !

Comme des garçons. Un film de Julien Hallard.

Extrait du magazine WOMEN SPORTS N.12 d’avril-mai-juin 2019