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Reconversion : Azza Besbes et Géraldine Yema Robert, des exemples à suivre

Reconversion : deux sportives de haut-niveau nous racontent comment elles ont anticipé la fin de leur carrière. Deux histoires différentes, deux parcours distincts, mais une même réussite !

Par Floriane Cantoro
Extrait du magazine WOMEN SPORTS N.16 d’avril-mai-juin 2020

Azza Besbes, 29 ans. Sportive encore en activité. Escrime (sport peu professionnel). Reconversion progressive pendant la carrière (double projet). Consultante chez EY.

Azza Besbes est une escrimeuse tunisienne spécialiste du sabre. Parmi ses plus beaux succès sportifs, on peut citer un titre de vice-championne du monde 2017, 12 titres africains et deux quarts-de-finale aux JO en 2008 et en 2016.

Son CV est lui aussi bien rempli : école d’ingénieur et école de commerce (ESCP Europe). Depuis l’obtention de son Master spécialisé en contrôle de gestion et finance d’entreprise en 2017, Azza Besbes travaille chez Ernst & Young (EY), un des plus grands cabinets d’audit et de conseil financier du monde. 

Le double projet : une priorité ! 

Née dans une famille de grands champions, Azza Besbes a eu conscience très tôt des risques liés à une carrière sportive de haut-niveau. Elle a toujours su qu’elle devait se construire un « bagage » à coté de l’escrime, et donc concilier sport et études. À l’école, elle s’arrangeait avec les administrations pour rattraper les cours ou déplacer des examens. Elle se dit également « bénie » d’avoir eu des parents qui l’ont aidée dans son double projet, « l’un comme aide aux devoirs, l’autre comme chauffeur ». 

Pour EY, les choses ont été plus faciles car c’est le cabinet lui-même qui est venu la démarcher, intéressé par son profil « atypique » de sportive de haut-niveau. L’entreprise accepte donc qu’elle soit libérée à certains moments pour se rendre aux entraînements, en stage ou en compétition. Elle avait pris un congés sans solde en janvier dernier pour préparer au mieux les Jeux Olympiques de Tokyo-2020 (ndlr, finalement déplacés en 2021 en raison de la pandémie du coronavirus). Elle avait déjà réservé 100% de son temps à l’escrime de 2014 à 2016, avant les Jeux de Rio, repoussant ainsi sa rentrée à l’ESCP Europe de deux ans (inscrite en 2014, rentrée en 2016). 

Le double projet : une sérénité !

En dehors de ces deux petites périodes de temps où elle a privilégié l’escrime, la championne a toujours voulu mener de front carrière sportive et carrière professionnelle. Un choix qu’elle revendique pour plusieurs raisons. D’abord, travailler chez EY lui permet de connaître des gens en dehors du milieu sportif ; cela créé « une diversité de milieux qui est très enrichissante » pour elle. Ensuite, cela lui apporte de la « sérénité » ; « je sais que le jour où je mettrai un terme à ma carrière sportive, la vie ne s’arrêtera pas ». 

D’ailleurs, pour l’anecdote, lorsqu’Azza Besbes décroche l’argent au Mondial-2017, elle vient tout juste d’être embauchée chez EY. « Je sortais d’une déception à Rio où je perds 15-14 en quarts-de-finale. J’avais repris mes études, pensant ma carrière terminée. Puis EY m’a contactée. Je me suis dit : « Tiens, j’ai trouvé un job et mon entreprise est partante en plus pour que je continue le haut-niveau ! » Dans la foulée, je fais la meilleure performance de toute ma carrière. Parce que tout simplement j’avais l’esprit léger, je savais que ma reconversion était assurée. » 

Elle poursuit : « Quand je finis l’entraînement, que je prends ma douche et que j’enfile mon tailleur pour aller au cabinet, je deviens « Azza la consultante ». J’oublie le stress des blessures, la pression des résultats… Et inversement quand je quitte le bureau. » C’est ainsi qu’elle trouve son équilibre. Et cela aurait été de même si elle avait évolué dans un sport plus professionnel que l’escrime tel que le tennis ou le football. « Ne faire que du sport ne [l]’intéresse pas ». Quand elle arrêtera le haut-niveau, elle devra aussi compenser ce « vide », sans doute en restant impliquée dans le milieu, soit au niveau des instances, soit au niveau du sponsoring. 

 

Géraldine Yema Robert, 39 ans. Sportive récemment retraitée. Basketball (un des sports les plus professionnels pour les femmes en France). Reconversion anticipée en fin de carrière (reprise des études). Coordinatrice nationale du Championnat scolaire et universitaire (Gabon). 

Géraldine Yema Robert est une ancienne basketteuse professionnelle franco-gabonaise. Elle a remporté de nombreux titres pendant sa carrière dont celui de championne de France 2014 avec Montpellier. Sélectionnée quelques fois en équipe de France, l’ailière d’1m84 a été une illustre capitaine des « Panthères » du Gabon avant de prendre sa retraite en décembre dernier. Elle est depuis Coordinatrice nationale du Championnat sportif scolaire et universitaire gabonais. 

Une carrière sur les parquets inattendue ! 

Pour comprendre la reconversion de Géraldine Yema Robert, il faut d’abord connaître son histoire. Contrairement à la majorité des basketteuses professionnelles, elle n’est pas issue d’un centre de formation ; elle a été repérée sur les playgrounds londoniens, alors qu’elle jouait avec des amis. « À la base, je ne pensais pas du tout avoir ce genre de carrière », confie-t-elle. À l’époque, elle venait de terminer une licence en informatique pour devenir analyste-programmeur et vivait de petits boulots en Angleterre tout en élevant son fils. Lorsqu’elle signe son premier contrat pro en 2004, elle a déjà 24 ans. 

S’en suivent quinze années à arpenter les parquets du monde entier ! Une carrière enrichissante qui fait évoluer ses envies professionnelles. L’informatique est rapidement abandonné. « Je me voyais bien continuer dans le sport et plus précisément dans le management sportif ». Géraldine Yema Robert s’est donc inscrite à l’Université de Montpellier, section Management et Marketing Territorial du Sport (diplômée en 2018). 

La bonne préparation, la bonne opportunité 

« Je songeais à ma reconversion depuis deux ou trois ans déjà », explique-t-elle pour justifier cette reprise des études. Cela faisait quelques années aussi que le chef de l’État gabonais et son ministre des Sports la sollicitaient pour venir développer le sport dans son pays natal. « Je me sentais encore capable de jouer en pro, alors j’ai continué », sourit-elle. Puis, en décembre, on lui a proposé de remettre sur pied un projet pour les jeunes : le Championnat sportif scolaire et universitaire. Elle s’est dit que c’était une « belle opportunité » et le « moment idéal » pour sa retraite. 

La transition des parquets vers ce poste très administratif s’est bien passée. Outre son diplôme anticipé, l’ancienne basketteuse peut s’appuyer sur son expérience du haut-niveau dans ses nouvelles fonctions : gestion du stress, travail d’équipe, confiance… Elle connaît tout cela par cœur ! C’est pourquoi, selon Azza Besbes, les sportifs devraient avoir plus de chances avec les entreprises (voir ci-dessous).

Le coup de gueule d’Azza Besbes : « Les athlètes de haut-niveau n’ont pas leur chance avec les entreprises, alors qu’ils sont pourtant bourrés de qualités et qu’elles devraient se les arracher ! L’histoire de la judokate Émilie Andéol m’a beaucoup touchée (ndlr, la championne olympique avait déclaré être au chômage en fin d’année dernière, dans les colonnes du Parisien). Un athlète, même s’il n’a pas fait d’études, a tellement vécu dans sa carrière qu’il pourrait s’adapter et devenir très vite performant à n’importe quel poste ! Ses qualités valent plus qu’un diplôme parfois. Il a donné beaucoup d’émotions à son pays, beaucoup d’exposition en faisant résonner la Marseillaise partout dans le monde… C’est une expérience qui devrait être valorisée, pas sanctionnée. La France profite du rayonnement de ses athlètes, elle devrait être généreuse avec eux en retour. »