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Nike, victime collatérale de l’affaire Weinstein

Onze dirigeants de chez Nike ont quitté l’entreprise depuis le mois de mars. L’équipementier, numéro 1 mondial, est confronté à une crise de management. Cette fuite des cerveaux est la conséquence d’une ambiance délétère, marqué par des discriminations et du harcèlement.

Depuis le mois de mars, l’image lisse de Nike est sérieusement écornée par les annonces successives de départs – voulus ou suggérés – d’une dizaine de dirigeants. Dans le sillage du mouvement #MeToo, né du scandale Harvey Weinstein, la parole s’est libérée dans l’entreprise américaine. Avec le lancement d’une enquête interne, des témoignages d’employés, en majorité des femmes, dénoncent un environnement «toxique» marqué par les discriminations, le harcèlement moral et sexuel. Certains, repris dans le New York Times, font état de sorties de bureau entre collègues se terminant dans des clubs de strip-tease, de managers hommes se vantant d’avoir des préservatifs dans leur sac, de commentaires sur les seins d’une salariée écrits dans un courriel adressé à l’intéressée… Une autre employée a affirmé que son supérieur hiérarchique l’avait traité de «salope stupide». Malgré sa plainte à la DRH, son chef n’avait pas été sanctionné.

Au moins onze hauts dirigeants ont quitté l’entreprise depuis mars. Y compris Trevor Edwards, le président de la marque Nike considéré comme le dauphin de Mark Parker, l’actuel PDG du groupe.

Attaqué par le passé pour son recours à des sous-traitants asiatiques peu regardant sur les conditions de travail de leur main-d’oeuvre, Nike se retrouve confronté à un défi inédit. Les révélations sont en contradiction avec l’image d’une entreprise qui se veut respectueuse des valeurs sportives, de l’intégration, de la différence. Pour l’heure, malgré une campagne contre la marque sur les réseaux sociaux, le cours résiste à la Bourse. Il y a peu, Mark Parker a rappelé à l’ordre ses troupes : «Nous avons tous une obligation (non négociable) de créer un environnement et une culture de respect.»

Le groupe, qui compte seulement 38 % de femmes dans les équipes dirigeantes, cherche à reprendre la main avec différentes initiatives : deux femmes ont été promues dont Kellie Leonard, qui s’est vue confier la responsabilité de la diversité et de l’intégration. Le groupe basé à Beaverton, dans l’Oregon, a aussi promis de revoir les formations des managers, de modifier ses procédures d’embauche et d’instaurer des entretiens d’évaluation individuels de façon régulière.