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Les femmes ont dû se battre pour faire du sport

Christiane Tetet, Docteure en linguistique, sémiotique, communication, de l’Université de Franche-Comté ; longtemps Ingénieure linguiste au CNRS ; médaillée de la Jeunesse et des Sports, vient de sortir un ouvrage passionnant baptisé «Le Dictionnaire du sport au féminin». Une approche originale de l’histoire du sport au féminin, à partir de sa réalisation langagière dans le discours sportif. Un plaisir de lecture rare, que nous nous devions de vous faire partager. Entretien.

Christiane Tetet, pouvez-vous présenter pour nos lecteurs votre «Dictionnaire du sport au féminin» ?

C’est un dictionnaire des termes qui désignent la femme lorsqu’elle pratique une activité sportive, avec recherche de la première attestation du terme au féminin dans les textes et de son installation dans la langue au cours d’un siècle.

C’est une histoire du sport au féminin vu par «le petit bout de la lorgnette linguistique» : un terme apparaît à partir du moment où un sport est pratiqué par la femme (cf. par ex. marathonienne) ; à partir du moment où le terme s’installe dans la langue, on peut considérer que le sport est accepté par le milieu sportif… masculin. (une exception : le mot footballeuse créé par P. de Coubertin, Voir l’encadré le Saviez-vous ?, page 2).

Ne pas oublier que les femmes ont dû se «battre» pour faire du sport et se faire accepter. Le vocabulaire reflète cette évolution. C’est un ouvrage qui devrait permettre aux lexicographes de dictionnaires de langue généraux d’actualiser leurs informations : reconnaissance de l’existence du terme, date de sa première attestation, citations incluant le féminin. Dans le milieu sportif, il y a encore des féminins qui ne «passent» pas. Cet ouvrage devrait permettre de lever des hésitations.

Comment vous est venue l’idée d’un tel ouvrage ?

Dans mon laboratoire (Institut National de la langue française – CNRS), j’étais devenue la spécialiste des vocabulaires sportifs, plus particulièrement de leur histoire à travers la recherche de la première attestation des termes. (Thèse dont le corpus était constitué par le vocabulaire de l’alpinisme et de l’escalade ; puis volumes de datations du vocabulaire de l’alpinisme, de l’escalade et du ski – soit plus de 4000 nouvelles datations- ; ensuite élargissement à tous les vocabulaires sportifs avec l’écriture du chapitre «histoire des vocabulaires sportifs» dans Histoire de la langue française de 1945 à 2000, Ed. du CNRS, 2000) ; puis divers articles sur la place des femmes sportives dans les dictionnaires). En 1997-1998, je ne sais plus exactement la date précise, à la demande du gouvernement d’alors (Lionel Jospin, NDLR.), notre laboratoire a publié un Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions (Femme, j’écris ton nom…, La Documentation française, 1999). Ces deux thématiques sont à l’origine de cet ouvrage.

Pourquoi la femme sportive est-elle si souvent ignorée des lexicologues ?

J’insiste plus sur le fait qu’elle est ignorée des lexicographes que des lexicologues : le lexicographe diffuse ses informations à travers les dictionnaires qui sont un outil de connaissances et de travail pour tous (le lexicologue travaille sur les mots mais l’objet de son travail reste limité au milieu des linguistes ; ceci dit, le lexicologue ignore aussi la femme sportive, plus généralement, rares sont les lexicologues qui se sont intéressés au sport, discipline «mineure»).

Les féminins qui désignent la femme lorsqu’elle pratique une activité pratiquée aussi par les hommes, n’est pas mieux traitée que la femme sportive ; en les oubliant ou en les traitant de façon marginale, les lexicographes perpétuent une tradition qui remonte au 17e siècle… D’autre part, le vocabulaire est un reflet de la place des femmes dans la société aujourd’hui : elle a beaucoup évolué, mais il y a encore des freins.

A quelles difficultés majeures avez-vous été confrontée lors de la réalisation de l’ouvrage ?

A l’accès aux premiers numéros des revues des fédérations : certaines fédérations n’avaient pas archivé leur documentation ; une fédération n’a pas voulu me donner accès à sa documentation, même pas m’ouvrir sa porte ! Mais je dois dire que dans l’ensemble, j’ai été très bien reçue aux sièges des fédérations. Difficultés de consultation à l’INSEP aussi. A cela s’ajoutent les atermoiements des éditions du CNRS, qui avaient d’abord accepté cette publication, puis qui n’a pas donné suite ; ainsi qu’aux coupes draconiennes que j’ai dû effectuer pour passer de 600 pages à 300 lorsque nous avons décidé que ce serait publié par le mouvement sportif. J’ai dû supprimer toutes les citations dans lesquelles le terme était employé au masculin alors que le référent était féminin, ce qui était significatif des mentalités à un certain moment. Un crève-cœur…

Quel est votre terme «favori» au regard de sa définition dans votre dictionnaire ?

Je n’en ai pas. Ce que j’apprécie dans cet ouvrage, ce sont les nombreux textes que l’on pourrait considérer comme scandaleux, mais que je préfère considérer comme «savoureux».

Où peut-on se procurer le dictionnaire ?

Au Comité Régional olympique et sportif de Franche-Comté (Adresse ci-dessous). La totalité du produit des ventes est affectée à un fonds de soutien au sport au féminin.

Adresse à laquelle l’on peut commander l’ouvrage
Comité Régional olympique et sportif de Franche-Comté
Maison des sports
3 Avenue des Montboucons
25000 Besançon
Coût : 35,00 euros + 4,50 euros de frais de port
Source: Sport