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Le journalisme sportif, un milieu fermé aux femmes ?

Réponses des principales intéressées

Les femmes représenteraient 10 à 15% des journalistes sportifs. Si ce chiffre semble faible, il reflète en réalité une belle augmentation de la présence féminine dans les rédactions sportives en France ces dernières années, notamment à la télévision. Aujourd’hui, chaque chaîne à sa « caution féminine » : Isabelle Ithurburu sur Canal+, Carine Galli sur La Chaîne L’Équipe, Anne-Laure Bonnet sur beIN Sports… Mais, si elles gagnent en visibilité à l’antenne, qu’en est-il réellement derrière les caméras ? Qui pourrait mieux analyser la situation des femmes en journalisme sportif que les journalistes sportives elles-mêmes ! Women Sports vous propose un florilège de témoignages recueillis dans les médias. Aperçu.

« J’ai longtemps été numéro 2, sur le banc. Les titulaires, c’étaient Thierry Gilardi, Michel Denisot, Charles Bietry. Il a fallu que j’attende dix ans passés au service des sports pour décrocher enfin une émission à moi, comme seule présentatrice et comme rédactrice en chef. J’ai plutôt un parcours à la Antoine Griezmann qu’à la Kylian Mbappé ! »Nathalie Iannetta (Canal+, puis TF1) dans L’Express. (à lire également notre interview de Nathalie Iannetta lorsqu’elle était à l’UEFA).

« Alors déjà, on peut commencer à être optimiste puisque c’est 10-15% [de femmes parmi les journalistes sportifs], ce n’était pas le cas il y a quelques années. Pour changer les choses, je pense qu’il faut continuer, juste continuer à laisser le mouvement se faire. Alors je sais que dans d’autres secteurs, on impose des quotas, des choses comme ça. Je ne suis pas forcément pour ce genre de choses dans le sport et dans la couverture du sport. Je pense qu’il faut être un tout petit peu patient. Les choses sont en train de changer, il y a des femmes qui nous montrent le chemin. On y va, on y arrive, on est presque là. »Anne-Laure Bonnet (beIN Sports) dans Terrafeminina.

« Aujourd’hui, la porte s’ouvre sans doute plus vite pour une femme, mais elle peut aussi se refermer très vite […]. Une femme doit toujours prouver deux fois plus. […] La première année où je suivais le rugby depuis le bord du terrain, le club d’Oyonnax est monté pour la première fois de son histoire dans l’élite. J’ai beau avoir une vraie connaissance du rugby, je ne maîtrisais pas l’intégralité de la composition de l’équipe sur le bout des doigts. Je me suis trompée sur un nom, dont j’ai mal prononcé une syllabe : je me suis fait étriller sur les réseaux sociaux. La semaine d’après, un collègue masculin a fait la même erreur : tout le monde a ri de manière bon enfant. Quand c’est un homme, c’est simplement une erreur d’élocution. Quand c’est une femme, on met d’abord en doute sa connaissance du sujet. »Isabelle Ithurburu (Canal+) dans Télérama.

« Continuer à faire du terrain lorsqu’on présente des émissions, ça crédibilise beaucoup. » Astrid Bard (Canal+) dans Télérama.

« Le fait d’avoir soi-même mouillé le maillot éveille un respect chez les collègues. »Céline Géraud (France Télévisions) dans Télérama. (Découvrez comment Céline Géraud s’est démenée pour être journaliste sportive lorsqu’elle était judokate à l’INSEP dans notre dossier sur la reconversion).

« Je trouve que les femmes ne sont pas en reste en ce qui concerne le sport. […] Nous n’avons pas le sentiment que la chaîne ait choisi de mettre des femmes à l’antenne pour mettre des femmes. Nous occupons ces postes car son nous compétentes, aux yeux de la direction en tout cas. »Marie Portolano (Canal+) dans Women Sports.

« Une question qui m’étonnera toujours, et je vous remercie de ne pas me l’avoir posée, c’est «Est-il difficile de s’imposer en tant que femme dans le monde du journalisme sportif ?». Cela n’a pas de sens ! Pourquoi ce préjugé ? […] Qu’on arrête de considérer qu’il y a des jobs pour les hommes ou pour les femmes. D’ailleurs, j’aimerais que l’on dise que je suis «journaliste sportif» sans accorder l’adjectif au féminin. »Estelle Denis (La Chaîne L’Équipe) dans Women Sports.

« Il peut y avoir des petites remarques de temps en temps. Uns fois, lors d’un débat, un monsieur m’a lancé avant la prise d’antenne : «Mais vous, vous allez parler de quoi?» Je lu ai répondu « de cuisine ». Une fois à l’antenne, je lu ai montré que je maîtrisais le sujet. Personnellement, je n’ai jamais eu aucune réflexion dans mon environnement professionnel, je collabore avec des personnes très respectueuses. »Charlotte Namura (TF1) dans L’Express.

« J’ai grandi entourée de garçons et cela m’a toujours semblé naturel de travail avec des hommes. Alors oui, ils ont tendance à rendre le leadership. À nous de nous imposer et à nos directions de nous donner plus de responsabilités, à nous faire davantage confiance pour qu’on arrête enfin de dire que le foot est un milieu d’hommes ! »Marina Lorenzo (Canal+) dans L’Express.