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Handballeuses et bachelières : la fin d’année studieuse de l’équipe de France U19

La Fédération française de handball (FFHB) a toujours fait rimer réussite sportive et scolaire. Pas d’équipe de France sans résultats à l’école ! Alors, pour aider ses jeunes sportifs à s’épanouir sur tous les terrains, elle s’est entourée d’un partenaire éducatif de renom, Acadomia, sponsor des équipes de France juniors. En juin dernier, ce partenariat n’a d’ailleurs jamais été aussi fort puisque la structure française d’accompagnement scolaire a aidé des handballeuses tricolores en classe de terminale à préparer l’examen du baccalauréat… tandis que la FFHB les a préparées au Championnat d’Europe des moins de 19 ans. Ambiance studieuse à la Maison du Handball. 

Par Floriane Cantoro – Photos : Baptiste Fernandez / Icon Sport 
Extrait du magazine WOMEN SPORTS N.13 de juillet-août-septembre 2019

Acadomia a aidé des handballeuses tricolores à préparer le baccalauréat... tandis que la FFHB les a préparées au Championnat d’Europe des moins de 19 ans.

Extrait du magazine WOMEN SPORTS N.13 (juillet-aout-septembre 2019).

Cette année, le calendrier n’a pas épargné Éric Baradat. Le responsable des équipes féminines juniors de la Fédération française de handball (FFHB) est face à un vrai casse-tête. L’entraîneur béarnais, ancien adjoint d’Olivier Krumbholz chez les Bleues, doit amener une délégation de 16 ou 17 joueuses tricolores en Hongrie cet été pour disputer le Championnat d’Europe des moins de 19 ans (11-21 juillet). Pour préparer la compétition, un stage a été organisé à la Maison du Handball de Créteil du 27 mai au 8 juin. Jusque là, rien de plus normal.

Acadomia a aidé des handballeuses tricolores à préparer le baccalauréat... tandis que la FFHB les a préparées au Championnat d’Europe des moins de 19 ans.

Les Bleuettes, 10emes au Mondial U18 l’an dernier, sont attendues en Hongrie du 11 au 21 juillet pour l’Euro U19 ! DR/.

Cependant voilà, une échéance de taille sépare ces deux événements pour 11 jeunes handballeuses sélectionnables pour cet Euro… le baccalauréat ! Avec des épreuves écrites organisées du 17 au 24 juin, des résultats annoncés le 5 juillet (soit en plein tournoi de préparation des Bleuettes au Portugal !), des repêchages programmés les 8, 9 et 10 juillet pour un départ de la France en Hongrie prévu le 9 juillet et un coup d’envoi de la compétition donné le 11 ; on comprend mieux pourquoi, cette année, le plus célèbre examen de France donne du fil à retordre à Éric Baradat. « Si certaines filles sont aux rattrapages, elles pourraient manquer la fin de la préparation et le début de l’Euro. J’ai même imaginé commencer la compétition avec 14 joueuses avant de compléter l’équipe », anticipe le sélectionneur tricolore. 

Pour éviter ce scénario catastrophe, la FFHB et son partenaire éducatif Acadomia ont mis en place un programme sur-mesure pour cette équipe de France U19. 

Un stage mêlant handball et révisions

Réunies à la Maison du Handball du 27 mai au 8 juin, les joueuses françaises ne seront pas pleinement disponibles pour travailler combinaisons offensives, placements défensifs et autres techniques de tirs. En effet, le matin, des enseignants Acadomia dispenseront des cours particuliers dans des matières ciblées aux 11 joueuses qui passent le bac en juin. Ce n’est que l’après-midi qu’elles pourront bel et bien jouer au handball et s’entraîner en vue de l’Euro.

Initialement, le partenariat entre la FFHB et Acadomia concerne les « espoirs fédéraux », c’est-à-dire les jeunes internationaux susceptibles de devenir demain les cadres des équipes de France majeures. Eux, ont la possibilité d’être suivis toute l’année par Acadomia. C’est le cas par exemple d’Audrey Dembélé, arrière-gauche au Fleury Loiret Handball (à Metz l’an prochain). Depuis septembre, la lycéenne de 18 ans, élève en classe de terminale économique et sociale (ES), suit des cours en « live » avec Acadomia. Elle apprécie que son travail avec la structure française d’accompagnement scolaire se poursuive pendant le stage en équipe de France, et a choisi de répartir ses dernières heures de soutien entre mathématiques et histoire. 

« Pour avancer dans le sport de haut-niveau, il faut aussi être bon à l’école. » – Adja Ouattara

Mais à situation exceptionnelle, partenariat exceptionnel ! Aussi, pour ces quinze jours de rassemblement national à la Maison du Handball, ce sont toutes les joueuses de l’équipe de France U19 qui passent le baccalauréat cette année qui pourront bénéficier des enseignants Acadomia. « Se préoccuper uniquement des deux bras et des deux jambes qui jouent au handball serait trop réducteur, explique Eric Baradat. L’approche doit être globale car l’aspect socio-professionnel est aussi facteur de performance. »

Acadomia a aidé des handballeuses tricolores à préparer le baccalauréat... tandis que la FFHB les a préparées au Championnat d’Europe des moins de 19 ans.

Audrey Dembélé (à gauche) et Adja Ouattara (à droite) ont passé leur baccalauréat cette année, tout en préparant l’Euro. DR/.

« On ne peut pas laisser tomber les cours sous prétexte qu’on est tout le temps sur les terrains de handball : pour avancer dans le sport de haut-niveau, il faut aussi être bon à l’école », surenchérit Adja Ouattara, pivot au Paris 92. La jeune femme, élève en classe de terminale ST2S (sciences et technologies de la santé et du social) ne cache cependant pas la difficulté de mener à bien ce double projet, surtout en dernière année de lycée. « On s’absente parfois plusieurs jours pour les matchs et les compétitions. Ce n’est pas toujours facile de comprendre les leçons et suivre le programme dans ces conditions », explique-t-elle, précisant toutefois bénéficier d’horaires aménagés et d’un certain suivi scolaire dans son CREPS d’Ile-de-France (tutorat). Tout comme Audrey qu’elle a rencontrée lors de tournois départementaux étant plus jeune, elle flatte les mérites de ce stage studieux organisé par la FFHB : « Le fait d’avoir un professeur particulier par joueuse permet d’être plus efficace ». 

Euro et bac, interdépendants ? 

Cela rassure aussi beaucoup les joueuses. « Tout est mis en place pour qu’on réussisse l’examen », positive Audrey Dembélé qui poursuivra son double projet l’année prochaine en faculté de psychologie pour devenir préparatrice mentale. 

Lorsqu’il réunit son équipe pour la première fois du stage ce lundi 27 mai, Éric Baradat prend la température. « Comment te sens-tu physiquement, mentalement et comment abordes-tu ce stage ? », questionne-t-il ses joueuses, les unes après les autres. Par chance (ou par ruse !), la réponse majoritaire est : « bien, bien et motivée ». « Je ne vais pas mentir, j’ai un peu de pression, avoue de son côté Adja Ouattara. Je n’ai pas le droit à l’erreur car je ne voudrais surtout pas pénaliser mon équipe en allant aux rattrapages », explique-t-elle. 

Acadomia a aidé des handballeuses tricolores à préparer le baccalauréat... tandis que la FFHB les a préparées au Championnat d’Europe des moins de 19 ans.

Éric Baradat prend la température de ses joueuses à quelques jours de l’Euro et du bac. DR/.

« C’est comme un mikado : si vous retirez ou rajoutez ne serait-ce qu’une seule allumette, vous changez tous les équilibres. » – Éric Baradat

Alors c’est vrai qu’entre la compétition (que les Bleuettes ont a coeur de réussir, déçues par leur 10e place au Mondial 2018 l’an dernier), le bac, le stress des unes et les blessures des autres, la sélection s’annonce compliquée pour Éric Baradat. D’autant que, « dans un groupe de handball féminin, les équilibres sont extrêmement ténus ». Le sélectionneur tricolore s’explique : « C’est comme un mikado : si vous retirez ou rajoutez ne serait-ce qu’une seule allumette, vous changez tous les équilibres. Dans le secteur masculin, les positions établies sont beaucoup plus pérennes. Chez les filles, les équilibres sont plus fragiles : ce n’est pas une faiblesse, c’est simplement qu’il y a une plus forte sensibilité à la présence ou à l’absence d’un individu dans le groupe. » 

C’est dire si le bac peut être déterminant pour l’Euro ! Même s’il a déjà une petite idée de l’équipe qu’il aimerait amener en Hongrie, le coach français devra composer avec l’obtention ou non de l’examen de certaines de ses joueuses, et les conséquences que cela pourrait avoir sur tout le groupe. « Il y a quelque chose qu’on apprend avec les poils blancs dans ce métier c’est qu’on ne prend pas toutes les décisions ; il y a parfois des décisions qui s’imposent à vous. », souffle-t-il, malgré tout confiant de l’efficacité de ce stage au double objectif. Le tout, c’est de prendre les décisions au fur et à mesure des événements. « A chaque jour suffit sa peine. »

Les Bleuettes, 10emes au Mondial U18 l’an dernier, sont attendues en Hongrie du 11 au 21 juillet pour l’Euro U19 !

Éric Baradat, ancien adjoint d’Olivier Krumbholz chez les Bleues, doit amener une délégation de 16 ou 17 joueuses tricolores en Hongrie cet été pour disputer le Championnat d’Europe des moins de 19 ans (11-21 juillet). DR/.