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Gaëlle Hermet, en première ligne contre le Covid-19

Exemplaire comme à son habitude, la capitaine du XV de France féminin a mouillé le maillot dans la lutte contre la propagation du coronavirus. Ergothérapeute à côté du rugby, Gaëlle Hermet a enfilé sa tenue de professionnelle de la santé pour venir en aide aux soignants et protéger les plus vulnérables. Embauchée au sein d’un Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) près de Toulouse, la jeune femme de 24 ans s’est retrouvée en première ligne dans la lutte contre le virus. Elle nous raconte cette expérience loin des pelouses, au nerf de la guerre.

Par Floriane Cantoro
Extrait du magazine WOMEN SPORTS N°17 de juillet-août-septembre 2020.

« Tout s’est passé si vite » que Gaëlle Hermet n’a « presque pas eu le temps de comprendre ce qui arrivait ». En mars dernier, lorsque les premiers cas de Covid-19 sont apparus en Europe, la capitaine du XV de France féminin était en plein Tournoi des VI Nations, un événement phare de la saison rugby. « Quand on part sur des grosses compétitions comme celle-ci, on est un peu dans notre bulle, focus à 100% sur notre objectif sportif. On parlait un peu du virus entre nous, mais on était loin d’imaginer un tel scénario ! » Tout a basculé le vendredi 6 mars, avec le report du match contre l’Écosse (initialement programmé pour le lendemain à Glasgow), en raison de la contamination d’une joueuse adverse. Les Bleues ont été rapatriées en France. Quelques jours plus tard, le Gouvernement annonçait la mise en place d’un confinement national et la suspension de toutes les compétitions sportives. Comme beaucoup de Français, c’est à ce moment-là que Gaëlle Hermet a pris conscience de l’importance de ce virus et de la crise que nous étions en train de traverser.

Ergothérapeute à côté du rugby, Gaëlle Hermet a enfilé sa tenue de professionnelle de la santé au printemps pour lutter contre la propagation du Covid-19.

(Photo by Icon Sport)

Exit le maillot de rugby pour quelques temps, la jeune femme de 24 ans s’est tout de suite tournée vers son « second métier » : l’ergothérapie. Une profession qu’elle exerce avec passion depuis janvier au sein d’un Ehpad à Cadours, en Haute-Garonne (voir encadré ci-dessous). « Il s’agit d’aider les personnes souffrant d’un handicap à retrouver l’autonomie nécessaire à leur vie quotidienne », résume la troisième ligne aile des Bleues et du Stade Toulousain. Mais dans ce contexte particulier de crise sanitaire, et avec l’interdiction pour les familles de rendre visite à leurs aînés (considérés comme des personnes à risques), le but était aussi et surtout de « maintenir du lien social ». « La présence et l’écoute sont hyper importantes dans ces moments-là », explique la jeune femme.

RUGBYWOMAN SEMI-PRO

Depuis novembre 2018, Gaëlle Hermet est sous contrat avec la Fédération française de rugby (FFR). Il s’agit d’un mi-temps renouvelé chaque année qui lui assure une rémunération à 50%. En instaurant ce type de contrat pour 24, puis 26 joueuses du XV de France féminin, la FFR a fait un pas de plus vers la professionnalisation du rugby féminin, après des actions déjà menées en faveur de l’équipe de France à VII depuis 2014. Pour les joueuses, qui avaient pour habitude de travailler à temps plein à côté du rugby, ce statut de « semi-professionnelles » est un confort de vie. Cela leur permet de se préparer plus sereinement aux compétitions internationales et aux exigences du haut-niveau. Pour autant, le rugby ne peut suffire et beaucoup exercent un second métier à côté. Pour Gaëlle, c’est l’ergothérapie. Une activité dont elle est diplômée depuis septembre 2019, et qu’elle exerce un jour par semaine dans un Ehpad en Haute-Garonne.

Trois fois plus présente au sein de l’Ehpad

Pour prêter main forte à ses collègues soignants et aider au maximum, Gaëlle Hermet n’a « pas hésité une seule seconde » à gonfler son temps de travail. Déchargée de ses entraînements de rugby, la jeune ergothérapeute est passée d’un contrat de 20% (un jour par semaine à l’Ehpad en temps normal) à 60% (trois jours hebdomadaires de mi-mars à fin juin). Une présence accrue qui a facilité sa relation avec les résidents. D’autant que certains pensionnaires sont plutôt bons amateurs de rugby ! « C’est marrant parce que certains m’ont suivie pendant le Tournoi des VI Nations, et quand je les ai retrouvés en mars, ils m’ont fait un débrief des matchs », se souvient Gaëlle. Cela fait partie du métier : écouter, discuter, épauler. Essayer de faire oublier le contexte de crise sanitaire aussi, limiter l’anxiété, ne pas succomber à la peur. « On y pense forcément, parce que c’est un sujet grave qui nous touche de plein fouet, reconnaît-elle. Mais le plus important dans ces moments-là, c’est d’être solidaire, de se soutenir les uns les autres, de faire preuve d’empathie et de disponibilité. Ces valeurs d’humanité communes au rugby et à l’ergothérapie. Finalement, j’ai essayé de retranscrire dans ma profession, auprès des autres soignants et des résidents, ce que je peux vivre toute l’année sur un terrain avec mes coéquipières. »

Ergothérapeute à côté du rugby, Gaëlle Hermet a enfilé sa tenue de professionnelle de la santé au printemps pour lutter contre la propagation du Covid-19.

« J’ai du mal à dissocier le rugby de l’ergothérapie en termes de valeurs humaines. »

« C’est arrivé tellement vite qu’on a dû être réactif et faire avec les moyens du bord pour répondre aux besoins. »

Gaëlle se souviendra sans doute toujours de son premier jour à l’Ehpad dans sa configuration Covid-19 : « Nos conditions de travail étaient chamboulées parce qu’il y avait beaucoup de protections et de précautions à mettre en place d’un coup. La priorité était de savoir comment se protéger nous, en tant que soignants, et surtout comment protéger nos résidents du mieux possible. C’est arrivé tellement vite qu’on a dû être réactif et faire avec les moyens du bord pour répondre aux besoins. » Heureusement, dans cette période inédite et troublante, de beaux élans de solidarité se sont organisés à l’attention des personnes vulnérables et de ceux qui étaient en première ligne contre le virus. Dans le lot, Gaëlle et ses collègues de Cadours n’ont pas été oubliées. Plateaux-repas livrés par les restaurateurs du coin, dons de bandeaux pour tenir les cheveux (et donc éviter de les toucher avec les mains)… les initiatives n’ont pas manqué à leur égard. De quoi redonner le sourire aux équipes médicales et, par ricochet, aux résidents.

Ergothérapeute à côté du rugby, Gaëlle Hermet a enfilé sa tenue de professionnelle de la santé au printemps pour lutter contre la propagation du Covid-19.

« En tant que toute nouvelle ergothérapeute, j’ai beaucoup appris durant ces quelques semaines ! » (Photo DR/.)

Faire en sorte que ce soit « le moins difficile possible » pour les résidents

Ce qui a permis de maintenir une ambiance positive au sein de l’Ehpad haut-garonnais de 60 lits, c’est aussi le maintien à distance du virus. « Aucun cas n’a été recensé dans l’établissement », se réjouit Gaëlle Hermet. Un quasi-miracle, « même si la crise n’est pas terminée », quand on sait les ravages que le Covid-19 a infligé dans certaines régions de France, notamment au sein des maisons de retraite. Malgré tout, « la période n’a pas été facile. En tant que soignants, nous avons tenu notre rôle de relais auprès des résidents de façon encore plus prononcée que d’habitude, car nous étions leur seul contact durant toutes ces semaines ». Ils ont vraiment fait en sorte que « ce confinement soit le moins difficile possible pour eux », en les aidant par exemple à utiliser le visio pour donner des nouvelles à leurs proches. Pour Gaëlle, très fusionnelle avec sa famille et ses amis, cette relation soignant/résidents s’est avérée tout aussi importante car, finalement, ils sont les seules personnes qu’elle a côtoyées elle aussi pendant près de deux mois ! Un isolement social difficile pour la jeune femme, malgré des journées de travail bien remplies, ponctuées d’entraînements sportifs. « J’ai ressenti un gros manque vis-à-vis de ma famille et du rugby. Il y a des soirs où je me suis demandée ce que j’allais bien pouvoir faire toute seule, dans mon appartement (rires) ! ».

« J’ai ressenti un gros manque vis-à-vis de ma famille et du rugby. »

Pour autant, Gaëlle ne retient que du positif de cette période si particulière. Professionnellement parlant, elle y a vu « une opportunité d’acquérir de l’expérience sur le terrain », quelques mois seulement après l’obtention de son diplôme (en septembre 2019). « Quand on sort de l’école, le premier emploi est toujours un peu particulier. On a peur de mal faire, on se pose beaucoup de questions, on est anxieux… (…) Aujourd’hui, je commence à vraiment bien prendre mes marques dans ce métier. En tant que toute nouvelle ergothérapeute, j’ai beaucoup appris durant ces quelques semaines ! » Si elle tient énormément à ce double projet rugby/ergothérapie, Gaëlle Hermet a choisi de ne pas renouveler son contrat avec Cadours, expiré le 30 juin dernier. En cause : un objectif sportif dans le viseur, celui de la Coupe du monde féminine qui aura lieu à l’automne 2021. « J’ai envie de me consacrer pleinement au rugby ces prochains mois ». La capitaine des Bleues ne range pas sa blouse blanche indéfiniment. Espérons juste que lorsqu’elle la ressortira, ce sera avec un titre de championne du monde dans la poche.

Ergothérapeute à côté du rugby, Gaëlle Hermet a enfilé sa tenue de professionnelle de la santé au printemps pour lutter contre la propagation du Covid-19.

(Photo by Manuel Blondeau / Icon Sport)

DES BLEUES SOLIDAIRES !

Le saviez-vous ? Gaëlle Hermet n’est pas la seule joueuse du XV de France féminin à avoir contribué à la lutte contre la propagation du Covid-19 ces derniers mois. La talonneuse Agathe Sochat et la centre Camille Boudaud, ergothérapeutes comme leur capitaine, ont elle aussi été mobilisées pour renforcer le travail des soignants pendant la période de confinement ; l’une au CHU de Montpellier, et l’autre dans une clinique du sport à Toulouse. De même pour la troisième ligne Émeline Gros, infirmière dans un Ehpad près de Grenoble, ou encore la deuxième ligne toulousaine Amandine Loubet, installée en libérale en Haute-Garonne.