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Frédérique Jossinet : « TF1 et France Télévisions qui achètent les droits des événements féminins, c’est juste emblématique ! »

Le football a franchi cette année le cap des 100 000 licenciées. L’ex-judoka, triple championne d’Europe, quadruple championne de France, vice-championne olympique, Frédérique Jossinet est aujourd’hui coordonnatrice du plan fédéral de féminisation pour la Fédération française de football. Elle fait pour Women Sports le point sur le football au féminin et revient notamment sur la récente acquisition des deux prochaines grandes compétitions féminines de football, l’Euro 2017 et le Mondial 2019, par les deux grandes chaînes nationales. Un vrai symbole à ses yeux. 

Propos recueillis par Camille Journet

 

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Tout d’abord un mot sur votre parcours atypique. Vous avez été judoka, championne à plusieurs reprises, et aujourd’hui vous êtes impliquée dans la féminisation du football. Pourquoi ce cheminement ?
Le judo, j’y ai passé 20 ans. En équipe de France, j’ai vécu des moments extraordinaires. Pour moi, le sport de haut niveau, ça a été un parcours de jeune fille pour devenir une femme, pour me faire prendre des responsabilités, me faire grandir, me forger un caractère et une personnalité. Je pense que si je n’avais pas été athlète, je n’en serais pas là aujourd’hui. Le judo m’a permis de vivre des émotions extraordinaires, mais j’ai commencé par le football. Mon grand-père était footballeur et j’ai évolué à ses côtés. Je parlais énormément de l’épopée 84 avec mes grands-parents, et même si j’ai grandi dans le judo dès que j’avais un moment, je partais jouer au football. J’ai toujours gardé une certaine affinité avec le football en le pratiquant et en étant supportrice. La vie est faite de rencontres. Maintenant je suis à la FFF et j’en suis très fière.

Quelle est votre mission au sein de la FFF ?
Je suis en charge du plan fédéral de féminisation du football. Nous avions un certain retard par rapport à certains pays en Europe, notamment l’Allemagne. Nous sommes en train de le combler sous l’impulsion du président le Graët, qui voulait mettre l’accent sur le développement du secteur féminin. Je travaille avec toutes les directions au sein de la fédération. Je travaille énormément avec la ligue du football amateur, parce que c’est mon relais pour aller m’appuyer sur les ligues, les districts et les clubs, qui font tout le boulot sur le terrain. Aujourd’hui,  si l’on est à 105 000 licenciées, c’est que derrière il y a eu un gros travail de la part des districts et des clubs. Nous avons également des objectifs sur le plan de féminisation qui sont de valoriser toutes les femmes et dans toutes les familles du football. L’année prochaine, il y  a des élections et l’on espère qu’il y aura de plus en plus de femmes dans les comités directeurs. Nous voulons aussi féminiser le corps arbitral. Aujourd’hui on a un exemple : Stéphanie Frappart, qui arbitre en pro chez les garçons. Pour l’instant il n’y en a qu’une, mais c’est toujours un bon début. Il faut toujours qu’il y ait quelqu’un qui endosse un peu le rôle de modèle, pour déclencher des vocations chez les plus jeunes. Notre objectif final, c’est d’avoir de plus en plus d’éducatrices et d’animatrices, afin d’avoir des entraîneurs féminins à plus haut niveau. Pour cela, on met en place via les districts des formations 100% féminines, avec des bons de formation gratuits.

Qu’en est-il du développement de la base du secteur féminin ?
Quand on pense qu’il y a 5 ans, on était à 50 000 licences et que, maintenant, on est à 100 000 c’est exceptionnel. On ne va pas s’arrêter là. Il faut que les clubs  soient prêts à accueillir les féminines, et pour cela, il faut qu’on les accompagne pour les demandes d’infrastructures. Grâce à l’organisation de l’Euro 2016, on a pu donner une enveloppe aux clubs qui avaient besoin de nouvelles infrastructures, financées à 50% par la fédération. Les féminines vont en bénéficier aussi. Il n’y a pas si longtemps, 1 club sur 2 seulement accueillait des féminines. On espère que cette belle Coupe du monde qui arrive en 2019 (ndlr : la France organise le Mondial féminin 2019), va permettre à ce que tous les clubs puissent accueillir des féminines, quels que soient leurs âges.

Les Bleues sont-elles une locomotive pour ce développement ?
Très clairement je pense qu’il y a eu un avant et un après 2011 (ndlr : les Bleues avaient alors atteint à la surprise générale la demi-finale de la Coupe du monde). Cette demi-finale est passée à la télé et a fait presque trois millions de téléspectateurs ! C’était totalement inattendu. Un élan populaire s’est créé autour de cette équipe de France.  C’est super, vraiment super. Mais pour en tirer des bénéfices concrets il faut continuer de structurer les clubs et avoir une attention particulière sur le développement de la base.

TF1 a obtenu les droits de retransmission de la Coupe du monde 2019 qui sera organisée en France et France Télévisions ceux de l’Euro 2017. Deux bonnes nouvelles, évidemment ?
TF1, c’est le diffuseur emblématique de l’équipe de France masculine depuis des années. Le fait que la chaîne récupère les droits de diffusion de la Coupe du monde, j’en ai discuté avec des filles de l’équipe de France, c’est juste emblématique. Par ailleurs, France Télévisions a acquis les droits de l’Euro 2017 au Pays-Bas, l’année prochaine. Donc cela démontre aussi qu’il y a une vraie bataille et  un réel engouement de la part des diffuseurs. C’est bon signe pour la suite, car je pense que les chaînes vont créer une histoire avec cette équipe de France. Et je trouve que depuis que TF1 a acheté les droits, on parle de plus en plus football au féminin sur la chaîne.

Plus globalement, comment estimez-vous la place des femmes dans le sport ?
Depuis quatre ans, les choses se sont accélérées. Il y a eu deux détonateurs. Le premier, c’est l’obligation des plans fédéraux de féminisation via le ministère des Sports. C’est l’ancienne ministre Valérie Fourneyron qui a rendu ces plans fédéraux obligatoires et il y a eu un vrai suivi de la part du ministère. Le deuxième, c’est la création des « 24h du sport féminin » imposé par le CSA, qui a permis de rendre visible pendant tout un week-end le sport féminin et pas seulement le sport de compétition. On est passé de 7% à presque 20% de sport féminin montré sur différentes chaînes toute l’année. Il y a de plus en plus de femmes dans les instances dirigeantes. A la FFF, notre directrice générale Florence Hardouin vient d’être élue à l’UEFA. Dans différentes fédérations, il y a des élues féminines comme au rugby et dans des sports connotés masculins.  Je veux voir le côté positif, même s’il va falloir un peu de temps. C’est en train de bien avancer. Et surtout il y a quelque chose de très important et on n’en parle pas assez: il y a des hommes qui s’engagent pour le sport au féminin. On a besoin d’eux. L’enjeu, c’est la mixité.

Que diriez-vous aux jeunes filles qui font face à des réticences dans leur choix sportif ?
Il y a certainement encore des freins, dans des sports de contact notamment. Mais je retourne la question: c’est comme un garçon qui veut faire du patinage artistique ou de la natation synchronisée. On est en 2016, il  faut arrêter avec cela. Honnêtement les filles peuvent faire le sport qu’elles ont envie de faire à partir du moment où elles trouvent un club où elles peuvent pratiquer. Le sport, c’est un super outil pour s’exprimer dans la vie de tous les jours. Ce qu’il faut, c’est qu’il y ait une prise de conscience générale de la société pour qu’une fille qui a envie de pratiquer un sport puisse le faire. Et cela, c’est le rôle des fédérations.


 

FRÉDÉRIQUE  JOSSINET EN BREF

40 ans, née à Rosny sous-bois. Frédérique Jossinet s’impose très vite dans le judo. Vice-championne olympique en 2004, quatre médailles mondiales, triple championne d’Europe de judo et quadruple championne de France, elle s’est constituée un palmarès à en faire pâlir plus d’un! Elle laisse de côté le tatami pour les crampons, sa deuxième passion, en 2013, en intégrant le club VGA Saint-Maur. Le football est une histoire de famille, pour Frédérique Jossinet, dont le grand-père a été semi-pro. Détentrice d’un master en sport, management et stratégies d’entreprise, elle poursuit sa passion du football en intégrant la FFF en 2014. Chargée du plan fédéral de féminisation, elle agit maintenant pour la place des femmes dans le football.