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Elisabeth Revol, rescapée de l’Himalaya

L’alpiniste française Elisabeth Revol, bloquée depuis jeudi soir sur le mont Nanga Parbat au Pakistan, a été retrouvée dans la nuit de samedi à dimanche au cours d’une opération de sauvetage sans précédant. Son compagnon de cordée, le Polonais Tomek Mackiewicz, avec lequel elle venait de réussir la seconde ascension hivernale de ce sommet himalayen de 8.126 mètres, est malheureusement resté prisonnier de la « Montagne tueuse ».

Elisabeth Revol est sauve. Après quatre jours restée coincée sur les pentes du Nanga Parbat, 9e sommet le plus haut du monde situé au coeur de l’Himalaya pakistanais, l’alpiniste française a pu être sauvée par un équipage polonais dans la nuit de samedi à dimanche, au terme d’une expédition contre-la-montre sans précédent. Elle est actuellement hospitalisée à Islamabad où elle soigne de graves gelures aux orteils et aux mains. Mais, si son coprs est physiquement présent en des lieux sûrs et chauds de la capitale pakistanaise, son esprit, lui, est resté dans la montagne où son compagnon de cordée, le Polonais Tomek Mackiewicz, demeurera prisonnier à vie. Ensemble, ils venaient de réussir la seconde ascension hivernale du très technique Nanga Parbat, l’un des 14 sommets himalayens de plus de 8.000 mètres (8.126 m) lorsque les choses se sont gâtées.

Ils sont en train de redescendre jeudi lorsque’Elisabeth donne l’alerte : Tomek est dans un mauvais état, souffrant de graves gelures et d’un début de cécité des neiges (trouble de la vision provoqué par la forte luminosité en haute montagne). Elle réussit à descendre son compagnon de plusieurs centaines de mètres, pour s’établir à 7.200 mètres d’altitude, et parvient à l’abriter sous une tente. Le lendemain, Elisabeth donne de mauvaises nouvelles à Ludovic Giambiasi, son routeur-logisticien depuis la France : l’état de son coéquipier se dégrade, il semble développer des oedèmes pulmonaire et cérébral. « Pour Tomek, je pense qu’il n’y a plus beaucoup d’espoir. C’est une tragédie. », écrit-elle.

Une opération de sauvetage extraordinaire

Mais Elisabeth n’a pas le choix : elle doit descendre. Elle ne peut malheureusement plus aider Tomek et est elle-même en train de s’affaiblir à une telle altitude. En tant qu’alpiniste chevronnée [ndlr : elle est notamment la première femme à avoir réaliser le triplé Broad Peak (8.051 m) – Gasherbrum I (8.068 m) – Gasherbrum II (8.035 m) en solitaire et sans oxygène], elle le sait : elle doit continuer seule. Les grimpeurs de sa trempe doivent accepter ce genre de décision. Elle passe la journée du vendredi à rebrousser chemin, sans tente, sans nourriture et sans aucune certitude de succès.

Au même moment en France, ses proches tentent d’organiser une opération de secours héliportée. Une levée de fonds est lancée en ligne par son amie Masha Gordon, alpiniste britannique, afin de financer le sauvetage. En quelques heures seulement, la somme nécessaire de 50.000€ est récoltée. Une expédition polonaise qui se trouve alors sur le K2, un autre sommet pakistanais situé au Nord-Ouest du pays, propose d’intervenir. Quatre alpinistes sont déposés en hélicoptère le plus haut possible du Nanga Parbat, soit à 5.200 mètres. Ils décident de commencer l’ascension à la nuit tombante, sans corde fixe : deux grimpeurs, Denis Urubko et Adam Bielecki, partent en tête pour retrouver Elisabeth et Tomek, tandis que les deux autres suivent derrière avec le matériel de secours. Ils réalisent une ascension extraordinaire : en à peine 8 heures, les deux premiers alpinistes gravissent 1.200 mètres. Du jamais-vu dans l’histoire de l’alpinisme ! « La plupart des gens mettent deux ou trois jours pour le faire et ils ont mis huit heures dans l’obscurité », a expliqué à l’AFP Karar Haideri, le porte-parole du club alpin du Pakistan. Dimanche, vers 2 heures du matin, ils retrouvent Elisabeth et lui prodiguent les premiers secours. Elle a de gelures aux orteils mais est lucide.

La « Montagne tueuse » fait une nouvelle victime

Malheureusement, les sauveteurs polonais ne pourront rien faire pour leur compatriote resté plus haut dans la montagne. « Urubko et Bielecki vont redescendre avec Elisabeth. Le sauvetage de Tomek est malheureusement impossible, les conditions météorologiques et l’altitude mettraient la vie des sauveteurs dans un danger extrême. C’est une décision terrible et douloureuse. Notre tristesse est immense. Toutes nos pensées vont à la famille de Tomek et à ses amis », a communiqué Ludovic Giambasi sur Facebook dimanche matin.

Quelques heures plus tard, Elisabeth et ses sauveteurs atteignent une altitude suffisamment basse pour être évacués par hélicoptère. La Française de 38 ans est transportée dans un hôpital de la capitale. Sur les images tournées par la télévision pakistanaise, elle marche mais semble affaiblie.

Au même moment, une tempête se déclenche en haut du Nanga Parbat, ne laissant plus aucune chance de survie à Tomek Mackiewicz, resté prisonnier de la « montagne tueuse ». Le sommet himalayen, le 9e plus haut du monde, a déjà laissé périr des dizaines d’alpinistes, dont deux en juin dernier. En 2016, Tomek Mackiewicz avait déjà tenté l’ascension du Nanga Parbat avec Elisabeth Revol, mais ils avaient dû renoncer à 7.500 mètres à cause de températures qui descendaient en dessous de -50°C. Il aura cette fois-ci atteint le plus redoutable des sommets himalayens, avant que celui-ci ne l’ensevelisse à jamais.