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Applaudissements pour le cabaret des Filles de Joie

Affirmer son corps oui, mais avec style. Avec ses représentations burlesques pimentées, le collectif Surprise Party l’entend bien ainsi. Seulement, pour monter sur scène, il faut de la préparation, au-delà des exercices de fatales showgirls. C’est là qu’entrent en jeu les cours de Bimbo Commando et de Barbie GI’s by Juliette Dragon ! Elle et son gang de nanas sportives, en mode flashy-fluo, débarquent. Et quand les championnes de fitness décomplexées préparent une performance, attention les yeux. Par Léa Borie

 

QUI EST L’INVENTRICE DU CONCEPT, JULIETTE DRAGON ?

Juliette Dragon a un parcours « spectaculeux ». Sexy, libre, fougueuse et bienveillante, elle n’est pas juste coach de gym pour fessier rebondi et ventre plat. La pétulante Juliette est performer, artiste de cabaret depuis 1993, danseuse, comédienne, chanteuse, productrice, metteur en scène et directrice artistique : le mot « slasher » aurait presque été inventé pour elle. Ayant grandi à Montpellier dans un corps qu’elle jugeait masculin, Juliette a longtemps eu du mal à s’accepter et s’est construite dans un milieu underground. Le goût du risque dans le sang, elle s’initie aux arts du cirque, du théâtre de rue et passe son diplôme d’artificière professionnelle.
Dans son CV, elle peut également se vanter de détenir le titre de championne de France de combat 2002 en Viet Vo Dao (art martial vietnamien, ndlr) mais aussi d’avoir défilé en tant que modèle pour Maison Martin Margiela et Jean-Paul Gaultier !

Depuis 2008, le coffectif Surprise Party, association à but non-lucratif fondée par Miss Dragon en 2003 afin de promouvoir la culture de cabaret, propose stages, cours d’initiation et préparations aux spectacles sous le nom de l’Ecole des Filles de Joie pour amateurs et artistes professionnels, soit la première école de cabaret new burlesque en France !

Une féminité vue d’un prisme
Avec un tel parcours, Juliette s’est forgée une vision très personnelle de la féminité. Et c’est pour partager sa philosophie qu’elle a ouvert son école…

Ici, on n’apprend pas à être une courtisane mais à rester en forme et à aimer son corps. Prendre conscience de ses atouts, jouer avec les codes de la féminité et du glamour va aussi avec le fait d’entretenir son corps, sa musculature et sa souplesse afin de développer tonus et grâce. « Grâce aux techniques de scène, elles apprennent à être sexy sans vulgarité, à se libérer de leurs complexes pour éveiller la pin-up qui sommeille en elles. On s’amuse beaucoup, on apprend sur soi, on se soigne… C’est de l’art-thérapie ! »

« Pourquoi être artiste si ce n’est pour ne rien dire ? »
Les mises en scène de Juliette interrogent la représentation de l’Eternel Féminin et son pouvoir de séduction. Ce côté revendicatif, à l’humour corrosif, un brin dérangeant parfois, montre un engagement certain. Juliette veut défendre un féminisme qu’elle juge libertaire. Elle invite les femmes à montrer que le strip-tease peut être féministe, que célébrer plaisir et amour est une “vertu d’utilité publique”. Ses revues passent souvent à Mains d’œuvres à Saint-Ouen, classées en pôle art et société, rangées dans la branche féministe. Ses spectacles militants, au public majoritairement féminin, sont perçus comme une forme d’activisme qui émancipe les femmes. Mais face à ses difficultés à trouver des salles de représentation, Juliette Dragon s’étouffe encore du rapport à la nudité qu’entretiennent de grandes institutions françaises, trouvant ça « dingue qu’en 2016, on soit aussi pudibond ! »