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Anne-Flore Marxer, une championne engagée pour l’égalité

Dans deux interviews parues récemment, la championne du monde de snowboard freeride Anne-Flore Marxer dénonce la sexualisation dont sont victimes les femmes dans le milieu du sport et évoque, en parallèle, son combat pour une égalité financière et de traitement des genres.

Mi-décembre, c’est une Anne-Flore Marxer en mode Femen qu’on découvrait en «Une» du site neufdixieme.com, seins nus barrés de l’inscription «World champ VS boobs» et bâillon rouge sur la bouche. Ce cliché, intitulé « Libérez la sa parole », est venu illustrer un long entretien datant de janvier 2017, dans lequel la championne du monde de snowboard freeride revenait sur un article publié sur Adrénaline, la rubrique dédiée aux sports extrêmes de L’Équipe.

Dans ce papier titré « Elles ont fait le charme de 2016 », le quotidien sportif français mettait en avant la plastique et le physique de championnes de l’année, au lieu de les montrer en action, sur les lieux de leurs succès et victoires. Une manière choquante de « réduire d’immenses championnes de skate, de VTT, de surf, de ski freeride ou de snowboard à un vulgaire catalogue de filles en bikini [alors] qu’il y avait vraiment de quoi promouvoir le sport féminin, donner de beaux exemples de courage, de force, montrer des images à couper le souffle », déplore Anne-Flore Marxer. « Imagine-t-on un seul instant que le journal L’Équipe choisisse 10 photos en slip des dix meilleurs sportifs de l’année tous sports confondus pour résumer un an de performances au niveau mondial », interroge alors la championne.

« Sommes-nous toutes réduites à une paire de seins ? »

Fatiguée d’être présentée comme « le plus beau sourire du snowboard français » et non comme la multi-championne qu’elle est, la rideuse franco-suisse a voulu frapper un grand coup avec cette photo : « Puisque les mots ne suffisent pas, j’ai choisi d’y aller cash en interpellant par une image forte, provocante, qui dénonce la sexualisation des femmes dans le sport », explique-t-elle.

Une sexualisation dont elle a été victime dès ses débuts dans le monde professionnel, comme en témoignent les clichés sexy d’elle plus jeune [ndlr : publiés des années après le shooting et sans son accord d’ailleurs]. « Lorsque ces photos ont été prises, je devais avoir 19 ans, je l’ai vécu comme un piège et j’ai eu l’impression d’être violée sur place par les 16 personnes qui ont lourdement insisté pour me présenter ainsi, car ce n’est qu’une fois sur place que j’ai réalisé ce qu’ils avaient en tête », se souvient Anne-Flore, 33 ans aujourd’hui, déplorant au passage qu’il faille scroller très bas dans la banque d’images Google pour trouver une photo d’elle en action sur son snowboard, sur la neige ou dans les airs.

À l’époque, malgré le malaise, elle n’avait pas eu son mot à dire. Aujourd’hui, elle compte bien se faire entendre : « Alors oui, je suis nue, et voici mon message et cette question : que voyez-vous quand vous êtes en face d’une femme ? Voyez-vous ce qu’elle a accompli, ce qu’elle représente, ce pourquoi elle se bat ? Ou sommes-nous toutes réduites à une paire de seins ? Et maintenant que vous les avez vus, mes seins, oui ce ne sont que des seins comme ceux de toutes les femmes de la terre, vous allez l’enlever ce bâillon et écouter ce que j’ai à dire ? ».

De belles victoires en faveur de l’égalité signées « Marxer »

Outre cette sexualisation des sportives, Anne-Flore Marxer s’est également toujours battue pour l’égalité des hommes et des femmes. Dans l’entretien accordé au site neufdixieme.com, la rideuse se souvient d’une de ses toutes premières compétitions : elle avait gagné avec un rodéoback 540, soit juste un demi-tour de moins que le vainqueur de l’épreuve masculine sacré avec un rodéoback 720. Pourtant, il avait gagné un voyage à Hawaï et elle… un T-shirt. « J’ai tout de suite trouvé ça scandaleux ».

Et elle ne s’est pas privée pour le faire savoir tout au long de sa carrière, que ce soit en snowboard freestyle à ses débuts, ou en freeride par la suite. Parmi les avancées qu’elle a permis dans le milieu, on compte notamment l’ouverture des épreuves de slopestyle aux filles et une équivalence des «prize money» pour les hommes et les femmes pour chaque place du classement (même s’il est distribué jusqu’à la 20e place pour les hommes quand il s’arrête encore au 12e rang chez les femmes).

Aujourd’hui, Anne-Flore Marxer avoue être un peu fatiguée de « passer pour la rabat-joie de service ». « Les murs ont été poussés aussi loin que possible, mais la rigidité de la structure est telle que ça coince et qu’il me semble temps de m’en affranchir ». La championne envisage désormais de faire évoluer son discours « vers quelque chose de plus positif », notamment à travers la réalisation de documentaires et de films qui valorisent l’image de la femme et sa place dans le sport. « Ma parole a construit ma force, je vais continuer à la prendre, mais d’une autre manière, en changeant de point de vue », conclut-elle.