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Alice Arutkin : ça ressemble à quoi, la vie de windsurfeuse professionnelle ?

Alice Arutkin a 25 ans. Elle a commencé la planche à voile à l’âge de 10 ans. Depuis, elle sillonne les mers du monde entier en qualité de windsurfeuse professionnelle, notamment pour le compte de l’Equipe de France. Eclairage.

Propos recueillis par Claire Dautrement

Le funboard, c’est un métier ou une passion ?

« Le windsurf est avant tout une passion depuis ma première session à 10 ans. Puis, c’est devenu très vite mon métier suite à un cursus de sport-étude, mes performances prometteuses en compétition ainsi qu’aux différents sponsors qui décidèrent de me soutenir dans mon projet de carrière sportive et professionnelle. »

Vous parvenez à en vivre aujourd’hui ? Vous êtes windsurfeuse professionnelle ?

« Aux yeux de tous, je suis considérée comme une professionnelle oui. Plutôt rassurant devant l’engagement demandé par la discipline ! Comme tout sport de haut niveau, il est nécessaire de suivre un programme sportif, physique, nutritionnel et psychologique. Sans parler des heures d’entraînements sur l’eau, visionnage de vidéos, etc. pour améliorer le style et la technique. Néanmoins, ce serait mentir que d’affirmer être satisfaite par ma situation. Je gagne assez d’argent pour faire mes voyages et m’engager en compétitions durant l’année mais pas assez pour m’assurer un avenir. »

Quelles qualités essentielles faut-il pour réaliser des figures aussi impressionnantes que celles que vous exécutez sur votre planche ?

« Le windsurf est un sport ingrat. Son apprentissage est extrêmement difficile. Volonté et motivation sont les premières qualités nécessaires aux futures windsurfeuses. Il s’en passe du temps avant de vivre ses premières sensations de glisse et de vitesse ! Croyez-moi. Par ailleurs, le windsurf à un coût financier qui n’est pas négligeable. Il est nécessaire de changer de matériel tout au long de sa progression pour toujours disposer d’un équipement adapté à son poids et son niveau. Ajoutez à cela les moyens de transport humains et logistiques pour accéder aux spots d’entraînement. La note est salée. Il est primordial d’être bien équipé et bien encadré si vous voulez percer. »

Décrivez-nous votre quotidien ?

« Mon quotidien est rythmé par les grilles météo. Les entraînements sur l’eau étant la priorité, c’est en fonction de ceux-ci que j’organise le reste de mon programme. Comme tout sport de haut niveau, pour atteindre ses objectifs sportifs, il est nécessaire de s’imposer une bonne hygiène de vie. Concrètement : une bonne alimentation, une préparation physique personnalisée et un mental d’acier à se forger (confiance en soi ; gérer le stress, les émotions ; dépassement de soi, etc.). Il est aussi très important de savoir décompresser : stretching, du yoga et… petits plaisirs. Mes autres passions (voyages, musique, cinéma, mode) prennent ainsi une place importante dans mon quotidien. »

Quel est votre meilleur souvenir ?

« En 2015, lorsque je monte pour la première fois sur le podium de la Coupe du monde de Vagues. Ce moment restera à jamais gravé dans ma mémoire. Une finale à Hawaï devant toutes les légendes du windsurf. Bien qu’il y ait eu 11h de décalage horaire avec la France, ma famille avait suivi le déroulement de mes « heats » (ndlr : manches) devant l’ordinateur. Plus qu’une satisfaction personnelle, j’étais heureuse de pouvoir remercier mes parents et tous ceux qui m’avaient soutenue (amis, sponsors…) jusqu’alors pour atteindre mes objectifs sportifs. »

Selon Alice Arutkin, volonté et motivation sont les premières qualités nécessaires aux futures windsurfeuses. Photo : © JohnCarter

Selon Alice Arutkin, volonté et motivation sont les premières qualités nécessaires aux futures windsurfeuses. Photo : © JohnCarter

À l’inverse, votre pire souvenir ?

« C’était il y a deux ans. Je devais partir à Sylt pour une épreuve de Coupe du monde… Il se trouve que j’avais fait l’erreur de partir le matin du 1er jour de l’épreuve. La météo étant mauvaise, je pensais que l’organisation allait se contenter d’établir les inscriptions et démarrerait certains heats de qualification uniquement pour les hommes. Mon avion fut retardé, puis annulé pour des raisons techniques. J’ai dû m’enregistrer sur un autre vol. J’ai raté ma correspondance, dû attendre la suivante, programmée en soirée. Grosse erreur d’appréciation de ma part ! La compétition démarra le jour même pour les filles, après les inscriptions. Je me suis retrouvée à Hambourg… à regarder les premiers heats des femmes, avec une pression qui augmentait un peu plus au fur et à mesure que l’épreuve avançait. Par chance, les conditions se dégradèrent et la compétition fut annulée. Dorénavant, je ne prends plus jamais de vol à la dernière minute. »

Est-ce plus compliqué pour une femme ou un homme de réussir dans ce milieu ?

« Dans tous les sports en général, les femmes ne sont jamais sollicitées médiatiquement, ni rémunérées à la même échelle que celle des hommes. Les femmes étant moins nombreuses dans les sports extrêmes, ce phénomène s’observe d’autant plus. Forcément, les marques ont tendance à miser sur l’impact que peut leur rapporter une figure masculine plutôt que féminine. »

Avez-vous été confrontée à des situations particulièrement embarrassantes…machistes ?

« Je ne me suis jamais sentie embarrassée par une situation car, en général, je ne me laisse pas faire ! Si une remarque me dérange, je le signale immédiatement. Je ne laisse rien passer. Mais il est vrai que j’entends ou lis régulièrement des propos très machistes concernant « le niveau des filles sur l’eau en comparaison à celui des hommes », ou désobligeants à l’égard des jeunes femmes sportives qui jouent de leur image et sont bien dans leur peau… Je ne comprends pas ces critiques gratuites. A mon sens, cela révèle un manque de confiance en soi. Une jalousie refoulée. Descendre ouvertement quelqu’un revient souvent à l’envier. « La critique est plus facile que la pratique » disait George Sand… Je n’ai rien inventé ! »

Votre physique vous a-t-il permis d’attirer des sponsors ?

« Mon physique ne m’a pas permis d’attirer d’autres sponsors que ceux du sport. Je ne suis pas mannequin. Mes partenaires soutiennent « la windsurfeuse » et m’aident à accomplir mon projet sportif. La plupart d’entre-eux m’accompagnent déjà depuis pas mal d’années. A l’époque, je n’étais encore qu’une jeune fille et mon physique était loin d’être un critère de sélection. »

Trois mots qui vous définissent ?

« Difficile de se juger soi-même, je vais donc essayer d’être objective. Je pense être une personne souriante, impulsive et sensible. »

Qu’attendez-vous de l’avenir ?

« Je rêve d’une vie heureuse, pleine d’aventures, et baignée d’amour ! »

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