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Transat Jacques Vabre 2017 : la lettre de Servane Escoffier à Women Sports

Il y a 10 jours, Servane Escoffier et son compagnon Louis Burton prenaient le départ de la Transat Jacques Vabre 2017 au Havre, direction Salvador de Bahia au Brésil. Entre deux houles, la navigatrice de Saint-Malo a écrit une belle lettre à la rédaction de Women Sports. Elle nous livre ses impressions à bord de leur nouveau bateau Bureau Vallée 2 (catégorie Imoca) et nous raconte ses premiers jours de course.

La lettre de Servane envoyée à Women Sports : 

Bonjour Women Sports,

Je ne vous ai pas écrit plus tôt, veuillez m’en excuser. Seulement, vous allez comprendre pourquoi.

Les premiers jours de course ont été très rapides, avec des moyennes avoisinant les 19 noeuds, des pointes de 30 noeuds. Bureau Vallée 2, notre Imoca à foils, est une fabuleuse machine dans ces conditions : il monte sur son foil pour presque s’envoler tel un oiseau. Mais lorsqu’il retombe dans les vagues, la violence est inouïe ! Au point que lorsque nous sommes allongés sur le fond de coque, nous avons l’impression de nous casser les côtes à chaque redescente de vague.

Nous ne voyons pas devant. Des tonnes d’eau de mer passent sur le pont. La nuit, nous ne pouvons pas regarder les étoiles, c’est un sous-marin sous la casquette, alors nous regardons les crêtes blanches venir finir leur course dans le cockpit. Filmer est quasi impossible car descendre chercher une caméra dans le bateau est un risque supplémentaire de se blesser.

Durant ces cinq premiers jours de course, nous nous transformons un peu en animaux : nous nous déplaçons à quatre pattes, nous passons de quart en quart Louis et moi, en se donnant les infos mais sans traîner, sans vraiment se parler, si ce n’est du classement, de la route, des réglages des voiles…

Et chaque journée à son ennui à gérer : panne génératrice, avarie dans le gréement, pource retourné….

Notre motivation à toujours attaquer ? Le classement. Qui tombe à heure fixe, 24 heures/24 et ce depuis maintenant 7 jours. Nous l’attendons, nous l’appréhendons. Nous sommes actuellement quatrièmes à couteaux tirés avec le troisième et fiers de notre position, c’est notre première grande course avec nouveau bateau et nous tenons la cadence.

Le Jour 8, malchance ou erreur que nous n’avons pas encore comprise au moment où j’écris ces quelques lignes : une zone sans vent non lisible sur les fichiers de vent. Nous nous rongeons les nerfs, regardant le plan d’eau – enfin, l’Atlantique à perte de vue – et les nuages qui devraient nous guider. Le blues et rage montent. Nous voyons notre concurrent direct depuis le départ filer et, pire encore, nos trois poursuivants nous rattraper, classement après classement, heure après heure. L’un deux nous a même dépassé à cette heure.

Il est terriblement frustrant de vivre ces derniers jours de course, avec tous les efforts données mais… Mais la ligne d’arrivée est encore à de longues encablures de mer, de vagues, de risées, de molles, à plus de 1500 milles nautiques.

Louis est sur le pont, à régler. Je vous vous laisser et aller le rejoindre. À tous les deux et avec votre soutien à tous, nous allons nous accrocher.

Merci.

Servane

Désormais à plus de la moitié de la traversée, Servane et Louis sont actuellement cinquièmes de la catégorie Imoca, sur 13 équipages engagés dans la course. Ils ne devraient pas arriver au Brésil avant samedi ou dimanche.

Suivez la Transat Jacques Vabre de Servane Escoffier sur les réseaux sociaux Women Sports avec les hashtags : #SagaWS et #TransatJV .

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