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Pas assez de médailles féminines aux JO !

Les médailles remportées par des femmes ne représentent qu’à peine plus d’un quart de l’ensemble des 42 médailles glanées par les athlètes français à Rio, alors que la délégation comportait presque autant de femmes que d’hommes. Il n’y a donc pas eu assez de médailles féminines lors de ces JO 2016 au goût du secrétaire d’Etat aux sports Thierry Braillard ! Problème conjoncturel ou structurel ? Nous avons enquêté sur le vrai bilan des françaises aux Jeux Olympiques d’été à travers Rio et depuis 1952.
PAR DJEDJIGA KACHENOURA, PRÉSIDENTE DE SPORT UNIVERS’ELLE

Les athlètes féminines françaises sont moins compétitives que nos athlètes masculins. A l’opposé, certains pays brillent davantage grâce à leurs délégations féminines : c’est le cas des Etats-Unis, du Canada, des Pays-Bas, de la Norvège, de l’Australie mais également de la Chine dont les femmes sont particulièrement performantes depuis plusieurs olympiades. Les relativement moins bonnes performances des athlètes françaises par rapport à leurs homologues masculins ne datent pas d’hier : le constat est assez éloquent avec 308 médailles masculines aux JO d’été pour seulement 97 féminines depuis 1952 (les médailles par équipes sont comptabilisées sans doublons) et 127 masculines pour 61 féminines depuis Sydney 2000, date à partir de laquelle le nombre des épreuves féminines et masculines s’est équilibré. Avant 1992, les femmes gagnaient très peu de médailles : une ou deux en général avec un maximum de trois en 1984. Lors des jeux olympiques suivants, elles en ont rapportées davantage avec un maximum de 16 récompenses en 1996 et 2004. Pendant plusieurs olympiades, il n’y avait pas de parité, ni au niveau des disciplines olympiques ouvertes aux femmes ni au sein de la délégation française. Ce n’est que depuis les JO 2000 à Sydney qu’un peu plus de 40% des épreuves sont féminines aux JO. Cette même année, la délégation française comptait 38% de femmes contre seulement 10% en 1952, pour ensuite se stabiliser entre 40 et 44% lors des olympiades suivantes.

L’année 2016 n’apparaît pas si mauvaise pour les françaises en nombre de médailles. Si on inclut Aurélie Muller, non officiellement médaillée, mais dont la performance le méritait, cela fait 11 athlètes différentes sur le podium en individuel auxquelles s’ajoutent les handballeuses. En prenant en compte le nombre d’athlètes engagés, le bilan des femmes par rapport à celui des hommes n’est pas bon en 2016 même si celui de 2008 était pire Le ratio entre le nombre de médailles par sportives engagées rapporté au nombre de médailles par athlète masculin permet de mieux appréhender le phénomène en gommant les différences de parts des femmes au sein de la délégation française aux différents jeux olympiques. Ainsi en 2008, les hommes ont remporté trois fois plus de médailles que les femmes, rapporté au nombre d’athlètes engagés par sexe. Les jeux de Rio 2016 sont également assez déséquilibrés avec un rapport de deux. Enfin, les JO de 1996, 2004 et 2012 sont légèrement en faveur des femmes. D’une part la délégation masculine a été moins performante qu’en 2008 et 2016 mais ce sont surtout des JO marqués par les exploits d’athlètes d’exception comme Marie-José Pérec, Jeannie Longo, Félicia Ballanger, Laura Flessel, Laure Manaudou et Camille Muffat. Les quatre premières ont «sauvé» le bilan féminin des jeux de 1996 et de 2000. Laure Manaudou a rééquilibré celui de 2004 et la regrettée Camille Muffat celui de 2012. Entre 1996 et 2012, ces six athlètes ont remporté à elles seules près d’une médaille française sur trois (29%). Chez les hommes, il n y’a pas un noyau d’athlètes qui cannibalise une part aussi importante de médailles. Ainsi malgré leurs performances extraordinaires, Teddy Riner, Tony Estanguet, Alain Bernard et Florian Rousseau ne pèsent pas autant sur le bilan des hommes aux jeux, lequel est donc moins tributaire de la performance de quelques d’athlètes.

Le judo, les sports aquatiques, l’escrime et le cyclisme, sont les sports dans lesquels les sportives ont rapporté le plus de médailles à la France. Les sports qui n’ont pas raté deux olympiades d’affilé depuis 1996 et qui traduit une continuité intergénérationnelle de la performance sont le judo, les sports aquatiques, le cyclisme, le canoë/kayak et le taekwondo. Bien qu’il ne devienne sport olympique féminin qu’en 1992, le judo est le sport dans lequel les sportives françaises excellent le plus : 19 médailles depuis 1952 soit 20% des médailles remportées par des Françaises. De plus, l’apport de médaille est systématique à chaque olympiade et pour des athlètes différentes. Une concentration des médaillées sur des athlètes d’exception dans certains sports : des réussites en trompe l’oeil ? Les sports aquatiques sont également un grand pourvoyeur de médailles (15 depuis 1952 et même virtuellement 16 si on considère que sportivement Aurélie Muller méritait sa médaille à Rio). Mais à l’inverse du judo, la natation a été très dépendante de deux athlètes d’exception que sont Laure Manaudou et Camille Muffat avec 3 médailles chacune en 2004 et 2012, en individuel et relais. L’escrime qui totalise 15 médailles n’est plus aussi brillante depuis que Laura Flessel a arrêté sa carrière. Elle comptabilise à elle seule un tiers des médailles de l’escrime féminin. Félicia Balanget et Jeannie Longo représentent quant à elles presque 50% des médailles du cyclisme (six des treize médailles). Mais ces sports sont-ils aussi ceux qui rapportent le plus de médailles chez les hommes, témoignant d’une spécialisation française dans certaines disciplines indépendamment du sexe ? Des différences de performance entre les hommes et les femmes dans l’aviron, l’escrime, l’athlétisme, la gymnastique et le taekwondo Si depuis 2000, le cyclisme, l’escrime et les sports aquatiques sont également les sports dans lesquels on comptabilise le plus de médailles chez les hommes avec plus du tiers des podiums olympiques, le judo est légèrement en retrait derrière l’athlétisme.

En fait, certains sports sont plus pourvoyeurs de médailles pour les hommes que pour les femmes et vice versa. Le cas le plus flagrant est l’aviron avec 8% des médailles masculines depuis 2000 et aucune médaille féminine. L’escrime, l’athlétisme et la gymnastique sont aussi déséquilibrés à l’avantage de la délégation masculine. A l’opposé, le judo ne représente que 8% des médailles masculines contre 23% des médailles des Françaises. L’autre sport marquant est le taekwondo, très largement en déséquilibre en faveur des femmes.

Une des autres particularités des athlètes françaises est la concentration des médailles dans les sports individuels. Ainsi, chez les hommes, les épreuves par équipes (handball, relais en natation ou athlétisme, escrime, aviron, cyclisme…) représentent souvent autour de 25% des médailles et même 30% en 2016. Chez les femmes le ratio se situe plutôt entre 10% et 15% avec une exception en 2008 (2 médailles en tir à l’arc par équipe et en K2 500 en Canoë/ kayak sur les 7 médailles féminines). Est-ce que cela traduit un manque de densité de niveau chez les athlètes féminines qui compliquerait la formation d’équipes de très haut niveau ? Il est difficile de confirmer ou d’infirmer cette hypothèse.

Les athlètes françaises sont donc généralement en retrait en termes de performance aux jeux olympiques par rapport à leurs homologues masculins. Seules certaines sportives d’exception qui gagnent de multiples médailles parviennent à rééquilibrer le bilan des femmes lors de certaines olympiades. Alors que les 6 hommes les plus médaillés ne représentent qu’environ 10% des podiums masculins depuis 2000, Marie-José Pérec, Jeannie Longo, Félicia Ballanger, Laura Flessel, Laure Manaudou et Camille Muffat détiennent à elles seules 30% des médailles féminines. Enfin, si les françaises ne brillent pas dans les sports collectifs, il est remarquable de constater qu’elles réussissent dans des sports qui ne sont pas forcément les plus pratiqués par les femmes comme le judo ou l’escrime par exemple. Cela pourrait traduire que les fédérations concernées savent mettre ces sportives relativement atypiques dans les meilleures dispositions pour réussir. Par ailleurs, il y a souvent une disparité entre la représentativité d’athlètes féminines en loisir et leur proportion beaucoup moins dense en haut niveau. Il est par contre regrettable que dans certaines disciplines comme l’athlétisme, la gymnastique, ou pire l’aviron, les femmes gagnent aussi peu de médailles. Problème de détection, manque de densité de sportives de haut niveau, inégalité de conditions d’entraînement et de prise en charge par les fédérations, les raisons peuvent être multiples et mériteraient d’être étudiées de façon plus approfondie.

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