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Nathalie Iannetta, de l’Elysée à l’UEFA

Connue du grand public pour avoir officié en tant que journaliste et animatrice sur les antennes de Canal + entre 1995 et 2014, Nathalie Iannetta oeuvre depuis lors loin des caméras, au coeur du pouvoir. Conseillère jeunesse et sport du président de la République François Hollande au cours des deux dernières années, elle a rejoint en octobre dernier la puissante UEFA en tant que conseillère spéciale du secrétaire général et du président. En exclusivité pour Women Sports, Nathalie Iannetta a répondu sans détour aux questions de Laurie Champin, avec qui elle partage de nombreux combats sur la place des femmes dans le sport.

ENTRETIEN EXCLUSIF RÉALISÉ PAR LAURIE CHAMPIN
Laurie Champin en bref
Laurie CHAMPIN Photo Isabelle AMAUDRYNée le 6 juin 1956, elle a suivi des études à l’Institut des Sciences et Techniques Humaines (ISTH) et à l’ Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale. Laurie Champin évolue depuis 2000 au sein de l’INSEP où elle est actuellement en charge du pilotage digital de l’information. En 2011, Laurie fut lauréate du meilleur projet d’entreprise (Eurl) de l’année, au Salon des Entrepreneurs. Auparavant, elle a occupé de multiples fonctions telle que directrice de la communication de la Fédération Française des Sports de Glace (Paris) puis du Comité d’Expansion Economique de Paris (CEEP) «Paris Développement».

NATHALIE, COMMENT SE PASSE TON INTÉGRATION À L’UEFA DEPUIS TON ARRIVÉE FIN OCTOBRE ?
L’institution a vécu des moments difficiles l’année dernière. Elle entre aujourd’hui dans une nouvelle phase après les récentes élections du président et secrétaire général. On est en train de mettre en place autour d’eux un nouveau mode de fonctionnement jusqu’en 2019. L’UEFA est à la fois un organisateur de compétitions mais aussi un acteur prépondérant auprès des 55 fédérations affiliées. Dans ce contexte, j’ai un rôle de conseillère et des fonctions très transversales. J’ai fait le tour de toutes les unités et rencontré les différentes personnalités pour faire un bilan de tout ce qui se fait en matière de responsabilité sociale et de relations gouvernementales. Maintenant que j’ai dressé cet état des lieux, on passe à une phase d’ajustements, de restructurations et de refonte sur laquelle il appartiendra au président et au secrétaire général de faire des arbitrages sur les propositions qui seront formulées.

DANS QUELS DOMAINES INTERVIENS-TU PLUS PRÉCISÉMENT ?
Tous les domaines qui relèvent notamment de la responsabilité sociale de l’UEFA. L’enjeu est de se servir du football comme un accélérateur de particules dans tout un tas de domaines comme l’inclusion sociale, la mixité, l’éducation… L’UEFA travaille pour 55 pays donc pour les 55 Associations Nationales qui la composent, et doit donc tenir compte de 55 identités différentes. L’Allemagne, l’Angleterre ou la France n’ont pas besoin de l’UEFA pour les mêmes raisons que le Kosovo, la Slovénie ou l’Islande par exemple. L’idée, c’est de se servir du football comme d’un levier de développement dans le monde, en s’adaptant aux besoins des uns et des autres. La responsabilité sociale va par exemple accompagner des petites fédérations en défi cit avec de l’équipement, alors qu’avec des fédérations plus importantes, on est davantage dans la valorisation de nouveaux domaines dont la mixité, où on intervient sur la place des femmes dans l’exécutif : le «women leadership». On a notamment mis en place un programme de formation de managers spécifi que pour les femmes. Je travaille également avec les équipes de la communication dans le cadre du rayonnement de l’UEFA qui est surtout perçue comme l’organisatrice de la Ligue des Champions et de l’Euro, alors qu’on sait moins ce qu’elle fait en matière de formation et d’accompagnement des entraîneurs et des managers.

EN MATIÈRE DE MIXITÉ, LA FFF EST-ELLE LA MEILLEURE ÉLÈVE DE LA CLASSE DES FÉDÉRATIONS OLYMPIQUES ?
La France est en pointe et il faut s’en féliciter. Noël le Graët a valorisé un certain nombre de femmes à l’intérieur de la fédération. Toutefois, le premier à avoir mis l’accent sur le football féminin; c’est Aimé Jacquet en faisant un pari très tôt, dès 1998. Aimé Jacquet pense que « la femme est l’avenir du football ». Michel Platini a ensuite appuyé sa démarche et il a, ils ont ensemble enclenché un mouvement de fond. Des présidents de club ont pris le relais, comme Jean-Michel Aulas qui est un pionnier en la matière. Il a engagé des femmes sur des postes à responsabilités. Aujourd’hui, des femmes occupent des postes clés dans le monde du football français. Je pense notamment à Florence Hardouin, directrice générale de la FFF, qui vient d’être élue au comité exécutif de l’UEFA. Et je précise bien «élue» et non pas nommée, parce qu’auparavant, les femmes avaient un poste «réservé» à l’UEFA, mais c’était une nomination lorsque aujourd’hui, c’est une élection, au même titre que les autres membres du COMEX. L’année dernière, la FFF est passée à la vitesse supérieure avec Brigitte Henriques et Frédérique Jossinet. Enfi n, très récemment, on a vu l’avènement de Nathalie Boy de la Tour, élue présidente de la LFP. Donc oui, la France est un très bon élève en matière de mixité. Si cet exemple pouvait donner des idées à d’autres fédérations, ce serait formidable. La mixité, ce n’est pas seulement faire émerger des femmes à des postes de responsabilités, c’est travailler ensemble ! Moi depuis toujours, je veux travailler avec des garçons et pas qu’avec des fi lles à leur place. L’enjeu, c’est une mixité bienveillante et positive dans laquelle les femmes et les hommes sont complémentaires. On ne peut pas faire de mixité à l’envers.

QUELLES SONT TES RELATIONS AVEC NATHALIE BOY DE LA TOUR RÉCEMMENT ÉLUE PRÉSIDENTEDE LA LFP ?
Nous nous sommes rencontrées à la Fondation du Football quand son président Jacques Bungert m’a demandée de participer une année à un jury. Avec Nathalie, nous nous sommes trouvées plein de points communs. Je la connais très bien, je l’apprécie. Elle fait preuve de beaucoup de courage en travaillant avec délicatesse, mais avec une détermination totale. Sans doute serons nous amenées à travailler directement ensemble à l’avenir.

UN MOT SUR LA COUPE DU MONDE DE FOOTBALL FÉMININE 2019 ORGANISÉE EN FRANCE ?
Cette Coupe du monde est un enjeu majeur pour la France. Le nombre de licenciées a beaucoup augmenté ces dernières années et, post Coupe du monde, il devrait encore s’amplifi er. On pourrait se rapprocher des pays nordiques dans la professionnalisation, la médiatisation et le taux de pratiquantes. Et puis l’équipe de France a une belle carte à jouer. Les fi lles savent que c’est important d’un point de vue sportif et médiatique. Elles ont pris une réelle dimension ces deux dernières années jusqu’à récemment où il y a eu cet immense regret de Rio, un échec sur lequel je suis sûre qu’elles sauront rebondir pour être au sommet en 2019 avec, dans l’intervalle, un bel Euro 2017 à disputer.

TU AS VÉCU À L’ELYSÉE LA GENÈSE DE LA CANDIDATURE DE PARIS 2024. TON REGARD SUR CELLE-CI ?
Pour avoir vécu le tout début de ce qui est devenu aujourd’hui le Comité d’Organisation du GIP, on a tiré les bons enseignements des échecs précédents. Il était difficile, notamment depuis 2014, de convaincre la Maire de Paris, Anne Hidalgo, que c’était une belle opportunité, car elle avait vécu la désillusion de Singapour. Nous avons été forcés de peser tout le «POUR» et tout le «CONTRE» et pousser l’analyse très loin. On sait maintenant que tous les gens qui y sont, y vont réellement convaincus. L’évolution de Tony Estanguet illustre ce changement de paradigme. Tony est en train d’endosser une dimension majeure dans le monde du sport, mais aussi sur un plan politique. Il est devenu «LA» bonne personne avec une vraie vision de ce qu’est un événement sportif. L’attitude de Bernard Lapasset est également très intelligente : il a compris qu’il fallait qu’ils soient co-présidents l’un à côté de l’autre en partageant ce rôle. Ils sont complémentaires tous les deux d’un point de vue générationnel, et même sportif ; l’un dans les sports collectifs (ndlr : Bernard Lapasset a présidé les fédérations française et internationale de rugby), l’autre dans les sports individuels (ndlr : Tony Estanguet fut le plus grand champion de canoë monoplace slalom de sa génération). Ils ont l’un et l’autre une vraie vision très forte du sport à l’international. Bernard avec son expérience de président de Fédération internationale et Tony par son rôle au CIO. Ils ont compris qu’il fallait faire passer les sportifs sur le devant de la scène et ça, ça change tout. Je pense que ce Paris 2024 que j’ai laissé en quittant l’Elysée mais que je continue de suivre d’un coin de l’oeil, travaille comme il faut le faire. Après… c’est une élection… il y a des aléas, rien n’est jamais acquis.

AVEC AUJOURD’HUI UN TAUX DE PRÈS DE 60 %, LES FRANÇAIS SONT FAVORABLES À LA CANDIDATURE DE PARIS 2024. UN PREMIER PARI DE GAGNÉ ?
Absolument. Le comité fait très bien son travail. Notamment en donnant la parole aux sportifs. Ce sont les sportifs qui mènent cette campagne en faisant rêver les gosses. Les performances de Rio nous ont aussi beaucoup aidés car contrairement à ce que tout le monde pense, le sport ce n’est pas du business, ce n’est pas de la politique : c’est d’abord de l’émotion ! Je souhaite évidemment de tout mon coeur que le 13 septembre prochain dans l’enveloppe qu’ouvrira Thomas Bach, ce soit Paris ! En tout cas, pour le moment, le comité fait un «sans faute».

PARLONS E-SPORT. COMMENT ANALYSES-TU L’IRRUPTION DE CE PHÉNOMÈNE ET SON IMPACT SUR LES MODES DE CONSOMMATION MÉDIAS ?
Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas sûre que ce soit un sujet. Certaines audiences TV sont en baisse, mais l’audience globale ne baisse pas si on met bout à bout tous les autres supports audiovisuels numériques à disposition des consommateurs. Il y a d’une part, les chaînes de télévision qui restent un média de consommation de masse, et d’autre part, l’e-sport qui est tout à fait autre chose. Pour l’instant, les deux univers ne se réunissent que du seul point de vue générationnel. Alors bien sûr dans l’e-sport, il y a d’un côté le jeu vidéo et de l’autre, les compétitions vidéo sportives. Mais je crois surtout que la vraie innovation apportée par le second écran aujourd’hui, c’est d’entrer dans le stade. Et ça, c’est un formidable outil de développement pour les broadcasters, qui vont devoir réinventer une nouvelle manière de filmer.

MAIS VENONS-EN À TOI. QUELS SONT TES CONSEILS DE FEMME DANS ET POUR LE SPORT FÉMININ ?
Je suis un très mauvais exemple car je ne fais pas de sport du tout ! Mon père, mon mari et mes enfants font du sport et je n’ai pas d’excuses. Chacune ses priorités. Beaucoup de mes copines sont dans le «physical care». Pour l’heure, ce n’est pas ma préoccupation. J’ai 44 ans, peut-être que cela va le devenir très vite…

SI CE N’EST DANS LE SPORT, QUELS SONT TES PETITS SECRETS DE BEAUTÉ ?
Je souris beaucoup (…) ! C’est vrai que je ne me suis jamais vraiment occupée de moi. D’abord parce que ce n’est pas trop mon truc, et ensuite parce que pendant 20 ans à la télé, je n’avais pas à me soucier de prendre rendez-vous chez le coiffeur ou ailleurs, car on est très assistée. On me coupait les cheveux et me maquillait régulièrement, me prêtait des fringues pour les émissions… J’aime les vêtements et les accessoires. Avec peu de chose, on peut avoir beaucoup d’allure. Ma grand-mère qui était couturière m’a toujours dit : « Être élégant, c’est une forme de politesse ».

LES FEMMES QUI ONT INSPIRÉ TA VIE ?
La première femme qui a inspiré ma vie c’était ma grand-mère, personnalité hors norme par son charisme, sa force et la manière dont elle a toujours su gérer son mari et sa famille en imposant ses convictions, et qui a été pour moi une fi gure très inspirante et forte. J’ai aussi des copines qui sont des fi gures combattantes et on est sur le même moule. Et bien sûr des personnalités extérieures qui sont celles que nous toutes avons eues pour modèles avec Simone Veil, ainsi que des femmes d’envergure comme Anne Sinclair et Christine Ockrent dans le monde du journalisme et bien d’autres encore. Je crois beaucoup aux vertus de l’exemple.

QUE RETIRES-TU DE TON PASSAGE À L’ELYSÉE AUPRÈS DE FRANÇOIS HOLLANDE ?
Iannetta 2 DRCe fut une aventure humaine assez prodigieuse avec, à titre personnel, l’idée que je me jetais dans le vide après ces 20 ans à Canal + qui étaient alors, ma seule expérience professionnelle. Ce challenge a bousculé la stabilité de la vie dans laquelle je me trouvais. Mais avec ce grand saut dans le vide, je me suis dit : «Putain, je peux le faire !». J’ai rencontré des gens très différents de moi avec bien sûr, la fi gure tutélaire du Président, mais aussi des personnalités fortes dans le cabinet, dans les fédérations sportives, les instances gouvernementales. J’ai beaucoup appris à leur contact. J’ai vécu des moments uniques. Historiques même à certains égards. Jamais je n’aurais imaginé travailler avec de telles personnalités et vivre de tels événements.

EN CES MOMENTS DE CAMPAGNE ÉLECTORALE, TOUJOURS AVOCATE DE FRANÇOIS HOLLANDE ?
Toujours ! Ce n’est pas seulement une question de fi délité mais aussi de convictions, vraiment. Moi, j’étais sa conseillère sport et jeunesse, et ça a été plus de 24 mois d’intense travail et collaboration, ainsi qu’une formidable aventure professionnelle et humaine.

A NOUVELLES FONCTIONS NOUVELLE VIE. L’UEFA BASÉE EN SUISSE, COMMENT GÈRES-TU TON AGENDA, TES ENFANTS, TON MARI ?
J’ai la chance d’avoir un mari formidable (ndlr : le journaliste sportif Jean- Charles Sabattier, qui offi cie désormais sur BeIN Sports). Il a toujours soutenu mes challenges en me disant : «si c’est ça que tu veux faire, fais le, on s’adaptera ». Cela se passe bien pour le moment. Mais c’est vrai qu’il reste dans la société un petit fond de sexisme et lorsqu’on demande à un homme comment ça va fonctionner, personne ne se soucie de savoir quel en sera l’impact sur sa famille. On présuppose que cela va bien se passer alors qu’avec une femme, on va lui dire : «Houlala…, vous allez vous organiser comment ?» Mais tout cela va évoluer avec les générations futures et on ne se posera bientôt plus ce type de questions. Concernant l’agenda et selon l’importance du calendrier et des réunions, je passe trois à quatre jours par semaine en Suisse et tout ce que je peux faire en télétravail (réfl exion, notes, suggestions….), je le fais à la maison.

DANS LA VIE, DIRAIS-TU QUE TU JOUES ATTAQUANTE ET QUE TU N’AIMES PAS LES MATCHES NULS ?
C’est marrant parce que moi, je me vois davantage comme un gardien de but, en fait ! C’est parce que je suis fi lle et mère de gardien de but que j’ai une fascination pour ce poste. Le gardien est forcément original dans un collectif. Il ne peut pas jouer tout seul mais à contrario, on ne peut pas jouer sans lui! Comme j’étais un peu «LA» fi lle dans un monde de garçons, mon originalité était là. Le gardien, c’est le dernier rempart et le premier relanceur ! Je laisse le côté offensif glamour et brillant aux attaquants et à ceux qui marquent des buts. Moi mon but dans la vie, c’est de tenir la baraque et de faire en sorte que mon équipe gagne ! D’ailleurs, j’ai développé une certaine culture du compromis. La vie ce n’est pas «je gagne, je perds». C’est ne jamais aller au-delà de ce que ton éthique personnelle et ta conviction profonde te dictent. Attention, j’aime à répéter que compromis ne signifie pas compromission !

L’EUROPE DANS TON ADN ? LE FOOT, TA COUR DE RÉCRÉATION PRÉFÉRÉE ?
Quand j’étais à Canal, j’adorais le football Européen, voir les plus beaux matchs, les plus belles équipes, les plus grandes stars. Et la culture se manifeste aussi dans les stades. Aller voir un match en Allemagne, ce n’est pas la même chose que de le voir en Angleterre, en Italie ou en Pologne. J’ai toujours pensé que les supporters de foot étaient ceux qui connaissaient le mieux l’Europe car ils voyagent dans des conditions parfois très précaires. Ils connaissent parfois mieux l’Europe que les politiques qui en parlent. C’est vrai que c’était ma cour de récréation préférée, lorsque je présentais l’Equipe du Dimanche ou les soirées Ligue des Champions. L’Europe c’est aussi de belles histoires et c’est dans mon ADN. Je suis mariée à quelqu’un qui a une culture allemande totale et absolue. Alors aujourd’hui, travailler pour l’Europe, dans le football… je ne sais pas franchement, si on m’avait dit ça il y a 20 ans, ce que j’aurais répondu. J’aurais beaucoup ri. Au même titre plus tard que de travailler avec le Président de la République. Je n’ai jamais rien programmé. J’ai juste travaillé. Les rencontres ont tout changé. Je dois beaucoup à ceux qui m’ont donné ma chance, ceux qui ont vu en moi des qualités que moi même j’ignorais. Ça a commencé au lycée, avec des professeurs qui m’ont poussée, puis à Canal, l’Elysée, et maintenant l’UEFA. Je sais tout ce que je dois à ceux qui m’ont tendu la main. Travailler et réussir c’est pour moi une obligation : c’est dire merci à ma chance.

CHARLES BIÉTRY A DIT DE TOI QUE TU N’AVAIS AUCUN EGO, QUE TU ÉTAIS UNE CITOYENNE QUI SE POSE BEAUCOUP DE QUESTIONS ET A ENVIE DE SE SENTIR UTILE. AVEC LE TEMPS, TE RECONNAIS-TU AUJOURD’HUI ENCORE DANS CES PROPOS ?
Charles a toujours raison! (Rires). Non, plus sérieusement quand il dit que je n’avais pas d’ego et que je me posais beaucoup de questions, je comprends ce qu’il veut dire. Il me connaît. Il sait que pour moi, tout ça était tellement incroyable que j’ai cherché quel sens donner à cette chance. Si c’est juste pour que cela me serve à moi, à mon petit confort perso et à mon ego, je m’en contrefous, ça ne sert à rien. C’est comme d’avoir été la première. A la vérité, si t’es la première et que tu restes la seule, ça n’a aucun intérêt. Je veux bien être la première si derrière il y en a 250… !

ON TERMINE AVEC UNE NOTE PROSPECTIVE ? COMMENT VOISTU L’AVENIR ?
Avec beaucoup d’optimisme. Je refuse de voir le pire qui n’est jamais à venir et j’ai une confi ance totale et absolue dans le genre humain, qui aspire à vivre dans un monde bienveillant. On est dans une zone de turbulences, c’est vrai. Mais parfois, les crises, c’est justement ce qui permet de tout recommencer, de faire table rase de ce qui ne va plus pour réinventer le monde. C’est notre responsabilité vis à vis des générations futures, et c’est à mon sens une évidence comme une nécessité. On n’a pas d’autre choix que d’avancer et d’avancer bien. Il faut avoir des objectifs sur les valeurs qui sont les nôtres et s’interroger sur ce que l’on peut faire pour s’en rapprocher le plus possible.

UN DERNIER MOT NATHALIE, JE NE VAIS PAS TE LAISSER PARTIR COMME ÇA ! TON HISTOIRE INSPIRANTE EST UN VRAI CONTE DE FÉE. ALORS IL Y A FORCÉMENT UNE FAILLE QUELQUE PART, DES DÉFAUTS ?
Oui plein. Je suis très angoissée, très protectrice et parfois cela peut laisser l’impression que je veux tout maîtriser tout le temps. Je manque de fantaisie, de romantisme, de toutes ces choses un peu légères qui sont le sel de la vie. Je suis parfois impatiente. Je pardonne assez bien mais je n’oublie pas. Il m’arrive de faire des fi xettes sur des choses qui ne sont pas si importantes que cela et qui ne le méritent pas. Je suis hyperactive ce qui peut être pesant pour mon entourage. Je peux aussi donner ce sentiment de quelqu’un de tout à fait sûr de lui alors que c’est totalement l’inverse. D’ailleurs, j’en fais parfois un peu trop pour être bien sûre que je suis à ma place alors qu’en fait, je suis rongée par le doute. Je ne lâche pas grand-chose et parfois je peux être fatigante voire usante. Mon renoncement est assez minime. Quand j’essuie un échec, j’essaie toujours de le transformer le plus rapidement possible en expérience mais j’avoue que parfois, j’aurais dû m’arrêter avant. Par orgueil ou détermination, je le confesse. La bonne nouvelle ? En vieillissant, je m’améliore en devenant, je crois, plus conciliante !

Merci pour cet entretien. Nous te souhaitons un bel épanouissement personnel dans tes nouvelles fonctions au sein de l’UEFA ainsi que le plein succès des actions que tu y conduiras pour l’avenir du football européen.
LAURIE CHAMPIN

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